‹ Jeanne d'ArcChapitre 93 sur 95 · VINGT-QUATRIÈME INTERROGATOIRE · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIÈME INTERROGATOIRE

{Le mercredy onziesme de may, en la grosse tour du chasteau de Bouen.)

Ladite Jehanne fut amenée en la présence de ses juges , et avec eux maistres Jehan de Chastillon , Guillaume Hecton , André Marguerie , Nicolas des Veudères, Aubert Morel, Nicolas Loyseleur et messire Jehan Massieu , doyen de la chrestienté de Rouen. Après les munitions et exhortations faites à icelle Jehanne , par les juges et assesseurs , respondil : « Vrayment se vous me debvez distraire les membres , et faire » partir l'ame du corps , si ne vous en dirai-je autre chose ; et après » vous dirois-je que le nie auriez fait dire par force. » Dit outre que; à la Sainte-Croix , elle eut confort de saint Gabriel , et que ses voix lui avoient dit que c'estoit saint Gabriel. Kt dit outre, se elle debvoit soubmettre à l'église, pour ce que les gens d'église la pressoient fort de ce faire , et lui ont dit que se elle vent que Noslre-Seigneur lui ayde : qu'elle se attend à Nostre-Seigncur de tous ces faits.

Item, dit: qu'elle sçait l)ien que Nosire-Seigneur a esté tousjours maistre de ses faits , et que l'ennemy ne avoit oncques eu puissance sur ses faits.

Itam , dit: qu'elle a demandé à saint Michel et ses autres voix , se elle sera arse , et que lesdites voix lui ont respondu qu'elle se attende à Nostre-Seigneur, ei il lui aydera.

Item , du signe de la couronne qu'elle dit avoir esté baillée à l'archevesque de Reims , interrogée se elle s'en veut rapporter à lui , rcspoiul : « Faites-le ci venir, et moi lui parler, et despuis je vous res- » pondray. Il ne me oseroit dire le contraire de ce que je vous en ay » dict. »

DÉLIBÉRATION DES JUGFS.

{Le douziesme jour de may, en la maison de mondit seigneur tévesque de Beauvais , heure de vespres.)

Les juges assemblés, en la présence du vicaire de l'inquisiteur de la foi et maistre Raoul Roussel, thrésorier de l'église de Rouen ; Nicolas des Veudères, archidiacre; André Marguerie, Guilleime Erard, docteurs en théologie ; Robert Barbery, Denys Gaslinel, Aubert Morel, Thomas de Courcelles , Nicolas Couppe-Quesne , Jehan Le Doux , Isandjerl de la Pierre, Nicolas Loyseleur, juristes, ajirès que on leur eut exposé ce qui avoit esté fait le mercredy de devant, leur fut demandé ce qui estoii à faire au d(mieurant, et se il estoit expédient meltie ladite Jehanne à la torture, rospondirent ce qui s'ensuit :

DES DÔCLMEINTS SLR LA PLCELLE. 443

Premièrement , niaistrc Raoul Roussel ilit ; que nun , atin que le procès qui avoit esté fait ne peusl cstre caloinuié.

^Nlaistre Nitolle des Veiulc.rc;; dit : qu'il n'esloit point expédient la mettre en la torture pour l'heure.

Maistre André >Jarj;ucrie dit : qu'il n'esloit expédient pour l'Iicure.

Waislre Guillelme Érard dit : que pour néant die seroit mise en la torture , et que la matière esloit assez claire sans torture.

Maistre Robert Barbery dit comme les dessusdits , mais que on la doibt admonester dtrcchel" une fois ])our toutes, et que se elle ne se veut soubmetire )\ l'église, que on procède outre.

Maistre Denys (iaslinel dit : qu'il n'est point expédient de la mettre es tortures, alin de sravoir la vrrilé de ses menteries.

iNIaistre Thomas de (Joiirrelles dit : qu'il lui semble que on la doibt mettre es tortures et qu'on la doibt interroger, sçavoir se elle se voudra soubmetire au jugement de l'église.

Maistre Nicolle Coup[)e-Quesne dit : qu'il n'est point expédient qu'on la mette es tortures; que de reclief ou la doit admonester de se soubmettre à la détermination de l'église.

Maistre Jehan Le Doux dit comme ledit Couppe-Quesue.

Frère Isambert de la Pierre, comme dessus, mais que on la doibt encore admonester de soy soubmetire à l'église mililante.

Maistre Nicolle Loyseleur dit : qu'il lui semble bon, pour la médecine de soy, la mettre es tourments ; toutesfois s'en rapporte aux opinions des précédents.

Maistre Guillelme Hecton , lequel survint là , fut d'opinion qu'on ne la dein oit point mettre es tortures.

Maistre Jehan Magistri , vicaire de l'inquisiteur, fut d'advis que on la debvoit derechef interroger , sçavoir se elle se vouloit soumettre à l'église militante.

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