‹ Jeanne d'Arc devant l'opinion alle-Chapitre 17 sur 23 · UN ALLEMAND PRÉCURSEUR DE QUICHERAT · texte numérisé non relu

UN ALLEMAND PRÉCURSEUR DE QUICHERAT

Anglais seront en repos, car la mort Ta pris avant qu'il n'eût enlevé toutes les bastilles et tous les boulevards. Mais ses papiers contiennent do bons matériaux, et maintenant tous les charlatans les pillent et s'en font une parure. Malheureusement, ce n'est que dans les derniers jours que j'ai découvert cette mine, car le vieux bibliothécaire était mort il y a quelques semaines, et le nouveau no savait pas encore répondre âmes questions ^ »

Nous avons consulté sur cette lettre le commentateur qualifié de tous les documents Orléanais, le très regretté M. Herluison, et grâce à lui nous pouvons identifier les personnages dont parle ici Guido Goerres : la bile du jeune Allemand se décharge contre le bibliothécaire, M. Watson, qui ne lui avait pas tout de suite fait connaître les volumineux manuscrits du savant théologal Dubois. La Loire restait sèche, elle créait à Guido Goerres des loisirs qui lui eussent permis de s'attarder sur les volumes de Dubois. Mais, pressé de partir, il prit la route de terre, pour descendre enTouraine. 11 vit Chaumont, Blois, Tours, Angers, Solesmes^, où il rencontra son ami de Munich, le théologien

' Joseph von Goerres, op, cit., 1, p. 397.

■ Joseph von Goerres, op. cit., I, pp. 398-402.

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M Doeliingcr, qui, jeune encore, élaitdéjà uncillusm tratîon. Le 8 octobre, de retour à Paris, il adres- I sait u son père cette précieuse coniidcnce de ses ^ projets :

et J'ai encore, en particulier, un gros morceau de travail dans un manuscrit (le second procès de la Pucelle) dont j'avais, ici môme, pris copie à peu près jusqu'au tiers, et que j'ai fait copier, durant mon absence, par un scribe allemand. Je n'ai pas encore examiné, jusqu'ici, dans quelle mesure le copiste a été à la hauteur de sa tâche, qui n'est pas très facile. Avant de partir, je voudrais être rassuré sur le bon aloi de cette copie, car elle m'est presque indispensable comme source capitale de mon histoire, et avec l'aide de Dieu, je songe à la publier après mon retour en Allemagne, pour la honte de la France, dont c'eût été le devoir ^ Cette publication, ce me semble, ne rendra pas un médiocre service à rhistoire et à la justice, puisque ce procès contient environ cent cinquante dépositions prêtées sous serment, qui jusqu'ici n'étaient connues du public que par des extraits de façon incomplète, tandis que maintenant l'historien tient les actes eux-mêmes -. »

Zur Schande Frankreichs. dessen Pflichl es gewcsen. Joseph von Goerres, op. cil., l, p. 403.

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Octobre et novembre passèrent : Guido prolongeait son séjour parmi les manuscrits de la Bibliothèque Nationale ; il songeait vaguement à compléter ses recherches par d'autres fouilles à Bruxelles \ et faisait une fugue à Rouen, la ville du martyre". La marquise de Larochejaquelein, devant laquelle il avait, paraît-il, soutenu une opinion qui, au point de vue légitimiste, était une hérésie, lui disait, moitié souriante, moitié colère, qu'il était indigne d'écrire l'histoire de Jeanne d'Arc. Mais Guido se consolait de ce verdict : a Comme résultat de mon voyage, écrivait-il le 18 décembre, j'aurai des matériaux, comme à peine en a-t-on pour toute autre biographie d'un personnage historique. Ma nouvelle édition formera deux volumes ; puis un troisième, que je veux publier à part, contiendra le procès de réhabilitation, les rapports, chroniques, documents inédits^ ». L'hiver s'écoulait; il faisait très froid à la Bibliothèque Nationale ; Guido était constant à s'y rendre, et constant à s'en plaindre* ; il copiait, en janvier, toute la Récollection de Jean Bréhal ; il résumait les huit mémoires qui y

' Id., op. cit., III, p. 529.

* Id., op. cit., I, p. 405.

•' Jd., op. cit., I, p. 407.

^ Id., op. cit. y I, p. 410.

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ient joints *; et sa plume, essoufflée pur ce tra- \ de bibliothèque, expédiait de temps à autre

Feuilles historico-politiquesy de Munich, des clés sur la France*. En mars, il s'en reiourt en Allemagne, et c'était chose convenue avec

Bénédictins de Solesmcs, « pauvres comme souris d'église », qu'en même temps que s'imnerait à Munich l'ouvrage de Guido, ils en 3areraient, eux, la traduction fr€ançaise\ e voyage n'eut pas de lendemain; le journale actif rendit Guido Goerres infidèle à la elle, les Bénédictins n'eurent rien à traduire, 3t immense matériel qu'avait rapporté le jeune mand demeura dans ses cartons. La France a rien perdu, puisque, de 1841 à 1849, la lication qu'avait projetée (Juido Goerres nous donnée, d'une façon définitive, par Timpece érudition de Jules Quicherat; et c'est une ative française qui nous a fait connaître, en

intégralité, tous les actes concernant la Pu- 5. Mais l'entreprenante curiosité de Guido Tes mérite d'être retenue : il s'en fallut de que le texte du procès de réhabilitation de

!., op. cit.. pp. 414-41o '., op. cit. y 1, p. 411.

'., op. cit., 1. p. 407.

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