‹ Jeanne d'Arc devant l'opinion alle-Chapitre 19 sur 23 · LE PROTESTANTISME ALLEMAND ET JEANNE D'ARC · texte numérisé non relu

LE PROTESTANTISME ALLEMAND ET JEANNE D'ARC

Avec Guido Goerres, le catholicisme allemand avait rendu hommage à la Pucelle ; Charles Hase, en 1850, lui apporta Thommage du protestantisme. L'Église évangélique d'Allemagne honore comme une de ses illustrations ce professeur de l'université d'Iéna, mort nonagénaire en 1890; ses travaux de polémique religieuse sont demeurés classiques parmi ses coreligionnaires ; son histoire de rÉglise, traduite jadis en français, dessine avec une intelligente équité et un sens très profond de la vie les physionomies religieuses des siècles successifs ^ Au cours de ses travaux d'histoire générale, plusieurs personnalités d'élite l'avaient attiré ; c'étaient celles dans lesquelles il entrevoyait certains traits de prophétisme : François d'Assise, Catherine de Sienne, Jérôme Savonarole, Jeanne d'Arc. Quelques pages sur Jeanne d'Arc,

* Histoire de VEglise, trad. Flobert, Tonneins, 1860, 2 vol.

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rapides mais pénétrantes, qu'il lut en 1850 dans le cercle de la grande-duchesse de Weimar et qui furent imprimées en 1857, furent l'origine de Tétude plus approfondie qu'il publia en 1861 ^ . Hase est un admirateur passionné de Jeanne d'Arc: , il la répute une sainte, mais une sainte qui va , vers Dieu plutôt que Dieu ne va réellement vers elle, une sainte dont le mysticisme se projette dans l'au-delà plutôt que l'au-delà n'intervient effectivement dans sa vie. On ne peut demander à Hase de croire aux visions de Jeanne: Texplication physiologique qu'en apportait, en 1848, le D" Hecker% dans une conférence sur les hallucinations, est acceptée, sans scrupules, par l'esprit rationaliste du théologien ; et l'on pourrait définir son attitude à l'endroit de Jeanne en disant qu'il parle d'elle en dévot plutôt qu'en croyant. Guido Goerres avait installé, parmi les catholiques d'Allemagne, une sorte de religion de Jeanne d'Arc; Charles Hase, lui, créait, parmi les protestants d'Allemagne, la religiosité de Jeanne d'Arc; et son livre, ainsi considéré, marque, dans la « lit-

* Heilige iind Prophetetiy Zweiler Teil (3« édition, 1893, Leipzig, Brcitkopl et llacrtel).

* J. F. Hecker, Ueber Visionen (Berlin, 1848). — Une explication analogue fut donnée, la môme année, par Leubuscher: Der Wahn, sinji in den vier letzten Jarhunderten, lïalle, 1848. Voir Dahr, Slimmenatis Maria Laach, 1888, II, pp. 228-229.

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tore» concernant lu Pucellc, le dernier ternie de iaclion contre Tesprit voltairicn. L'incroyance, ; Charles Hase, a cessé d^ùtre railleuse, persise, ditFamatrice ; elle se prosterne, au conre, elle vénère; et Ton dirait qu'elle dispute a lise rhonneur de canoniser.

Q n^entre pas de plain pied dans la vie de me. L'historien qui Taborde est enveloppe de tère, d'un mystère qui le dépasse ; s'avouer lissant à tout y comprendre, c'est peut-être ndre digne d'y comprendre presque tout. Dans ^magne du milieu du siècle, deux écrivains e, ayant à saluer au passage la ligure de i héroïne, eurent celte contenance de savante iité; l'un était l'historien des Ilohenstaufeu, sseur à l'université de Berlin, Frédéric Hau- Tautre était l'historien du peuple anglais, aold Pauli. Raumer, en 184S, se riait discrèttt de ceux qui veulent, dans l'histoire de le, délimiter artificiellement la nature et la iture^; et Pauli, en 1800, conquis par cette le « si humainement belle, si magnifiquesublime^ », déclarait que « pour tous les

amer, liistorisches Taschenbuch, VI, i)p. 445-490 (Leipzig,

inhold Pauli, Bilcler aus Alt-England, p. 298 (Gotha, Per- 860).

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esprits impartiaux elle demeurait une énigme ». Dans la personne de Raumer et de Pauli, on voyait s'incliner devant Jeanne la modestie de la science, comme s'inclinait devant elle, dans la personne de Guido Goerres, la sécurité de la foi, et, dans la personne de Hase, Féblouissement de la piété.

JEANNE D'ARC AU UECAKD DES IIISTUllIENS ALLEMANDS CONTEMPOUALNS

De la publication de Quicherat dalc, en Allelagne comme en France, une sorte de renouveau ms la connaissance de Jeanne d'Arc. Sickel, Tun îs premiers érudits du siècle en matière de diploatique^ dessina en 1860, dans la revue historique 18 venait de fonder Sybel, un superbe portrait de léroïne : « Les générations successives, disait-il i terminant, ont en tons pays, dans le domaine I l'histoire, pris part à la glorification de la icelle, qui nous montre ce que peuvent la foi et patriotisme : entraîner une nation entière vers le lutte juste et victorieuse pour son indépennce * .» Quatre ans après Sickel, un professeur

Sickel, Hislorische ZeiLschrift, 1860. IV, p. 320. — Deux ans es Sickel, Henri Strass publia, sur Jeanne d'Arc, un bon petit 'e do vulgarisation (Berlin. Forster. 186:2).

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de gymnase, Georges-Frédéric Eysell, consacra à la Pucelle une monographie considérable, résultat d'une très consciencieuse étude de Toeuvre de Quicherat \ Sickel et Eysell appartiennent Tun et Tautre à cette école historique qui prétend exclure le surnaturel ; les témoignages les plus sûrement accrédités ne sauraient prévaloir, à leurs yeux, contre ce parti pris philosophique : on devine, dès lors, qu'ils font taire les voix de Jeanne, et qu'ils font parler, au contraire, tout comme faisait Hase, le médecin berlinois Hecker, spécialiste en hallucinations " ; on devine, aussi, qu'ils sont plutôt sévères pour Guido Goerres ^, coupable d'avoir de l'histoire une conception philosophique différente de la leur*. Guido Goerres considérait la mission de la Pucelle comme terminée à Reims ; en géné-

* Georg Friedrich Eysell. Johanna d*Arc, genannt die Jungfrau von Orléans, ilire Jugend, ihre Thaten und ihre Leiden^ ge- Ireu nach den Quellen, unter stetem Hinweis auf dieselbeUy und mit Benutzung dev beslen Hulfsmitlel dargestelll. Ratisbonne, Manz, 1864.

* Sickel, llistorische Zeitschrift, 1860, IV, pp. 280 et suiv.. — Eysell, op., cit., p. V.

^ Sickel, loc. cit., pp. 282-283, critique Guido Goerres comme trop épris des miracles et trop porté vers rédifîcation ; mais il reconnaît, cependant, qu'il a connu et bien utilisé les sources. — Eysell, op. cit., p. VI, est plus sévère.

* Le P. Duhr, jésuite, dans les Stimmen aus Maria Laach, septembre 1888, pp. 224-240, a examiné et discuté l'attitude des historiens allemands successifs à l'égard du surnaturel dans la vie

(le Jeanne d'Arc.

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