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le XVIII* siècle s'était efforcé d'en bannir. Voltaire avait diminué Jeanne ; Schiller a la prétention de Texalter et de la magnifier; et nous en gardons, comme témoignage, la courte poésie qu'écrivail Schiller lui-même, en 1802, sous ce titre : Lu Pucelle de Voltaire et la Vierge cTOrléans.
Le poète interpelle Jeanne :
« Pour flétrir la noble image de l'humanité, la moquerie Ta traînée dans la plus épaisse poussière ; Tesprit moqueur fait une guerre éternelle à la beauté ; il ne croit ni à lange, ni au Dieu; il veut ravir au cœur ses trésors ; il combat Fillusior et blesse la foi.
« Mais, issue comme toi-même d'une race candide, pieuse bergère comme toi, la poésie te tenc sa main divine ; elle s'élance avec toi vers les étoiles étemelles. Elle t'a entourée d'une auréole ; h cœur t'a créée, tu vivras immortelle.
« Le monde aime à noircir ce qui rayonne et a traîner le sublime dans la poussière. Mais soi; sans crainte ; il est encore de belles âmes qui s'en (lamment pour ce qui est élevé et grand. Qu<
II admirait le personnage de Jeanne : « La haute mission don aWi) a la conscience, écrivait-il. et qui impose le respect à toute qui l'approche, produit un effet extraordinaire et plein de grau (leur. » Mais il ajoutait : « On aurait pu laisser le miracle eu\ii r.îinunL de côté, puisque l'esprit sceptique de notre siècle s*opp( sait à ce qu'on le donnât pour réel. » (Cours de litlérature dranU tvjue.lU, pp. 309-310. Paris et Genève, Paschoud, 4814).
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Momus divertisse la halle bruyante : un noble
esprit aime de plus nobles figures \ »
Nous entendons, en ces trois strophes, Schiller
en personne nous définir la portée de son œuvre ; ellorsqu'en 1802 Charles-Frédéric Cramer ^ chassé de rUniversité de Kiel pour ses idées révolutionnaires, et devenu éditeur à Paris, traduisit en français La Pucelle^ le dramaturge Mercier ne se trompait point en présentant cotte pièce, dans une préface grandiloquente, comme une représaille contre le « délit anti-national » commis par la « plume obscure et diffamatoire » d'un « poète immoral et trop célèbre ^ ».
« L'esprit moqueur », versifiait tout à l'heure Schiller, « ne croit ni à Tange ni à la divinité ». Schiller, lui, au moins en tant que poète, se pique d'y croire... On sortait de cette période languissante, anémiante, durant laquelle un rationalisme très sec et très terne avait amputé les imaginations allemandes : on avait besoin d'un peu de foi
* Correspondance, II, p. 193.
* Ce Charles-Frédéric Cramer (1752-1807). qui traduisit en allemand les discours de Petion et souleva ainsi, à Kiel, des colères devant lesquelles il dut disparaître, demeure surtout connu, en Allemagne, comme le principal ouvrier de la gloire de Klopstock.
' Jeanne d'Arc ou la Pucelle d'Orléans, pp. III et XII (Paris, Cramer, 1812). — Cf. Schlegel, Cours de liltérature dramatique, ni, p. 310 : « La pièce allemande sera toujours une belle réparation d'honneur envers un nom avili par une raillerie licencieuse » .
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parce qu'on avait besoin de beaucoup de poési( et Ton avait besoin de beaucoup de poésie à caus de la disette de la foi ; art et religion recommer çaient de paraître solidaires. Chateaubriand e France et les Schlegel en Allemagne, — en atter dant qu'au delà des Alpes Manzoni leur succéda — mettaient en relief la fécondité esthétique d christianisme ; et Schiller, au môme instant, illuj trait ces thèses nouvelles en faisant descendre d ciel sur la terre la figure de la vierge d'Orléans On eût dit que la petite Vosgienne illettrée sou riait au romantisme prochain. C'est en replaçar ainsi dans le cadre de Tépoque la tentative dra matique de Schiller, que l'on est conduit à lui rcn dre vraiment justice.
Que d'ailleurs les dévots de Thistoire soier pleinement dans leur droit lorsqu'ils déplorer que Schiller fasse mourir la Pucelle au champ d bataille et non sur le bûcher; que les dévots d Jeanne, aussi, soient pleinement dans leur dro lorsqu'ils regrettent de trouver en elle quelqm minutes de dureté sanguinaire à Tendroit de Mon gomery, et puis, au contraire, en présence è Lionel, un soubresaut d'étrange tendresse : c'e ce que nous ne songeons point à contester. Schi 1er a diminué Jeanne en ne lui épargnant pi r « amoureuse faiblesse » ; cela est très vrai ; (