SCÈNE m
BERTRAND entre avec un casque à la main, JACQUES D'ARC,^ RAYMOND, JEANNE.
RAYMOND
Silence ! c'est Bertrand. Qu'as-tu là, mon ami ? C'est un casque, il me semble. Est-ce sur l'ennemi Que tu l'as pris ?
(Jeanne qui, pendant les deux scènes précédentes, est restée à l'écart, devient attentive et s'approche.)
BERTRAND
Non pas, mes voisins ; et l'histoire De ce casque est étrange et malaisée à croire. J'étais à Vaucouleurs , sur la place, cherchant Un soc qui pût servir à labourer mon champ. Tout à coup du côté d'Orléans nous arrive De vieillards et d'enfans une foule plaintive ; La ville est en rumeur; partout terreur et cris. Et larmes sillonnant visages amaigris.
i2 JEANNE d'arc.
J'ouvre les rangs, voulant regagner le village;
Une femme s'avance et m'arrête au passage ;
C'est une bohémienne à l'œil dur, au teint noir;
Veux-tu, dit-elle, un heaume au merveilleux pouvoir?
Prends celui-ci. » — « Pourquoi femme ? Je n'ai que faire
De ce casque ; Bertrand n'est point homme de guerre. » —
Elle insiste, et mettant le casque dans ma main :
« Jamais, dit-elle , mur ne vaudra cet airain. »
Moi, j'admirais le casque; elle à travers la rue
Me suivait. Tout à coup elle échappe à ma vue
Et fuit, sans cette armure oubliée à mon bras.
JEANNE, ■portant la main sur le casque avec curiosité.
Donne-la moi, Bertrand.
BERTRAND
Jeanne tu ne pourras T'en servir.
Qui le sait?
BERTRAND
Et cet acier qui brille Accablerait bientôt ton front de jeune fille.
JEANNE, lai arrachant le casque.
Eh bien! il est à moi; je le veux.
JACQUES
Mon enfant.
Tu ris. Tu fléchirais sous son poids étouffant.