ACTE PREMIER. — SCÈJiE III
11 est bien lourd, c'est vrai, Jacques; mais cette armure De tout front courageux est la digne parure. Or, nous connaissons Jeanne et son grand cœur. Les loups Bien souvent dans nos bois sont tombés sous ses coups. A quelque preux guerrier que ce heaume appartienne, Sa vertu n'aura rien de plus fier que la sienne.
JACQUES, M Bertrand.
Quels récits d'Orléans vous furent apportés ,
Et quels nouveaux malheurs sont encor redoutés?
BERTRAND
Que Dieu prenne en pitié son royaume de France! De Dieu seul peut venir, hélas! sa délivrance. L'Anglais vient de gagner deux batailles. Partout Sa bannière, en deçà de la Loire, est debout. Orléans seul résiste encor; mais ses murailles Avant peu crouleront sous le feu des batailles.
JACQUES
Mais où donc étaient-ils nos guerriers valeureux ? Xaintrailles, Duchâtel, La Hire, tous ces preux Que faisaient-ils ? Dunois, le bâtard héroïque , Dunois céderait-il à la terreur publique? Et le Roi Charles est-il endormi sans retour?
lîERTRAiVD.
Le Roi Charles, sans troupe, à Chinon tient sa cour.
14 JEANME d'arc.
Sans troupe !
BERTRAND
Un chevalier plein de vertus guerrières Se rend vers lui, pourtant, avec seize bannières. Est-ce vrai ? Je ne sais; du moins le bruit en court.
JEANNE, vivement, après avoir écoute' avec attention.
Ce Seigneur, quel est-il? son nom?
BERTRAND
De Baudricourt.
Un fort parti d'Anglais le poursuit hors d'haleine.
JEANNE
Est-il loin de ces lieux ?
BERTRAND
D'une journée à peine.
JACQUES, à Jeanne.
Eh ! que t'importe à toi !
BERTRAND
Quand ceux de Vaucouleurs Ont vu que débordait le torrent des malheurs ; Ils se sont résolus enfin à reconnaître Philippe de Valois pour seigneur et pour maître.