INTRODUCTION
Rappelons les grands traits essentiels de la vie de Jeanne d'Arc, non pour l'instruction du lecteur, qui n'en a pas besoin, mais pour la justification de l'auteur, qui tient à constater sa fidélité historique, en ce qui touche, du moins, le caractère des personnages principaux.
Les éléments du récit qui va suivre sont empruntés à M. Lebrun de Charmettes, à 31. de Laverdy, à M. Guido Goerras, et à l'illustre auteur de l'histoire des ducs de Bourgogne.
Charles VI était mort, en 1422, après un long et lamentable règne. Charles YII avait été reconnu roi à Poitiers, n'ayant pu recevoir la Sainte Ampoule à Rheims, qui n'était pas en sa puissance.
En effet, la Champagne, l'île de France, la Picardie, la Normandie, le Maine et le Poitou presque entiers, toute la Guienne, y compris la Gascogne, obéissaient immédiatement au Roi Anglais, le jeune Henri VI, représenté par son oncle, le duc de Bedfort. L'alliance avec Philippe-le-Bon, lui soumettait, en même temps que l'Artois et la Flandre, les riches et nombreux domaines de la maison de Bourgogne. Le duc de Bretagne, entraîné par l'exemple, avait embrassé le même parti ; ce Duc était le frère du Connétable de Richement, lequel gâtait beaucoup de mérite par une extrême hauteur et une excessive jalousie d'autorité. La mère de Charles VII, Isabelle, fille d'Etienne II, duc de la Haute-Bavière, princesse dissolue et
VI i>'Tr.on!:r.Tiox.
cruelle, sV'Iait également rangt'e snns les drapeaux des Anglais.. Elle assista au sacre de Henri VI à l'aris. Une chronique du temps, rendant compte des cérémonies, rapporte que lorsque ce prince enfant et son cortège firent leur entrée dans la capitale, « Isabelle estoit aux fenestres, avecques elle dames et « damoiselles, quant elle vit, ajoute la chronique, le jeune roi « Henry, fds de sa fille : à l'endroit d'elle il osta tantost son « chapperon, et la salua ; et tantost elle s'inclina vers lui moult « humblement. »
Les Anglais, ainsi soutenus, faisaient des efforts incroyables pour expulser Charles VII des parties du territoire qui étaient encore sous sa domination. Les chevaliers fidèles se battaient généreusement : il y eut, sur plusieurs points du royaume, de vaillants coups d'épée, des villes et des forteresses tantôt prises, tantôt perdues. Mais les forces étaient trop inégales, et les partisans de Charles finissaient toujours par succomber sous la supériorité numérique des Anglais et des Bourguignons. Une seule cité importante restait à ce malheureux prince. C'était Orléans. Depuis que Paris était tombé au pouvoir des Anglais, Orléans se trouvait être, en quelque sorte, la capitale des provinces regardées encore comme françaises. Les Anglais en commencèrent le siège le 12 octobre 1428. Orléans pris, c'en était fait de la monarchie.
Les meilleurs chefs de guerre se rencontrèrent sous ses murailles ; du côté des Anglais, Salisbury, leur plus grand capitaine, qui y trouva la mort, Suffolck, Glacidas et le célèbre Talbot qui, plus tard, tomba au pouvoir des Français; du côté des Français, Jean de Boussac, seigneur de Sainte-Sévère, maréchal de France, et Poton de Xaintrailles , qui y furent blessés l'un et l'autre, La Hire, chevalier gascon, et le bâtard d'Orléans, devenu si fameux sous le nom de comte de Dunois. Le siège, pendant lequel les Orléanais avaient envoyé à Charles plusieurs messagers pour lui exposer leurs périls et implorer des secours, durait depuis six mois, lorsque, le 18 avril 1429, un combat fatal vint leur ôter tout espoir.
imi'.oi)i;<;tio?(. vu
Ce combat avuil épuisé les dernières foi'ces d'une ville livrée à tous les besoins, affaiblie par des pertes immenses, éprouvée par les calamités les plus cruelles, et qui seule avait retardé jusque-là l'asservissement complet du royaume.
Charles, que les Anglais par raillerie , nommaient le roi de Bourges ou le comte de Ponthieu, s'était retiré à Chinon ; c'était un prince faible de caractère avec des élans de courage, amoureux des plaisirs, et incertain dans ses résolutions, passant tour à tour d'un abattement extrême à une confiance aveugle.
Doux pour ceux qui l'entouraient, d'un abord affable et caressant, il était chéri des siens et surtout de Tannegui Duchatel, qui lui avait voué une amitié de père et sauvé la vie durant les troubles de Paris. Accablé par tant de revers, Charles, dont Agnès Sorel cherchait, dit-on, à relever le courage ', désespérait de sa fortune. Il voyait les arrêts du ciel dans ses disgrâces et se faisait scrupule de prolonger une guerre sanglante et désormais sans chance favorable. Que pouvait-il faire? Il fallait bien qu'il se retirât en fugitif dans les provinces du midi qui lui étaient restées fidèles ^
Tout à coup , les choses changèrent miraculeusement. Il s'était propagé une prophétie annonçant que la France, perdue par une femme, serait sauvée par une femme. Il paraissait bien,
' On connaît les vers que François I", cinquante ans après, écrivait au bas d'un portrait de la maîtresse de Charles VII :
Gentille Agnès, plus d'honneur tu mérite» , la cause étant de France recouvrer, Que ce que peut dedans un cloître ouvrer, Clause nonatn, ou bien dévot hermite.
* Les écrits contemporains représentent Charles \ II dans un état déplorable de dénuement et de misère. Martial de Paris, Vigiles du roi Charles septième, dit dans un langage plus expressif qu'élégant :
Xja jour que La Hire et Poton Le vindrent veoir, pour festoyemcnt N'avoit qu'une queue de mouton £t deux poulets tant seulement.