INTRODUCTION. XI
sieurs capitaines, parmi lesquels se trouvait le brave La Ilire qui la fâchait par ses continuels jurements; mais elle le corrigea de celte méchante habitude et le força même de se confesser. Il n'y avait rien alors de si déréglé que les gens de guerre. Le désordre était, au reste, partout, dans toutes les classes; chacun avait oublié tous les devoirs envers Dieu et envers le prochain.
Jeanne, à la tête d'un convoi, se dirigea vers Orléans. Elle y entra, en dépit des Anglais, le 1" mai. Elle leur avait, quelques jours auparavant, envoyé une sommation de rendre les clefs de toutes les villes qu'ils avaient prises et violées, et de quitter la France. « Allez-vous-en , de par Dieu , en vostre pays , disait-elle ; et se ainsi ne le faictes, attendez les nouvelles de la Pucelle, qui vous ira voir brefvement à vos biens grands dommages. » Elle renouvela cette injonction dès qu'elle fut arrivée à Orléans; mais ce second message exaspéra les Anglais qui l'injurièrent de la manière la plus violente, l'appelant ribaude et vachère. Alors elle dirigea des sorties, monta à l'assaut des retranchements ennemis, elle raffermit et enflamma tous les courages. Grâces à ces efforts merveilleux que secondèrent Dunois et La Hire, les Anglais se retirèrent le 7 mai, après avoir perdu six à huit mille combattants. C'est ainsi qu'Orléans, après un siège de sept mois, fut arraché en* sept jours à une perte certaine.
Jeanne, dont l'ascendant allait toujours grandissant, détermina le Roi à aller se faire sacrer à Rheims. Cependant, il n'y aurait eu nulle prudence à entreprendre ce voyage avant d'avoir chassé les Anglais des villes qu'ils occupaient entre la Loire et la Seine, sur les routes d'Orléans à Paris. Elle emporta la ville de Jargeau, après des luttes terribles où elle montra une grande habileté à diriger l'artillerie; elle s'empara du château de Baugenci, du pont de 3Ieung-sur-Loire, et gagna la fameuse bataille de Patai : à la tète d'une armée d'environ douze mille combattants, elle traversa un pays dont les villes, les forteresses, les châteaux étaient garnis d'Anglais et de Bourguignons. Elle
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s'empara successivement d'Auxerre, de Troyes, de Châlonssur-3rarne; et le roi fit avec elle son entrée solennelle dans Rheims, le 16 juillet 1429. Trois semaines auparavant, Jeanne avait fait parvenir par un héraut, au duc de Bourgogne, une première lettre pour l'engager à se détacher des Anglais et à se trouver au Sacre. Dès qu'elle fut à Rheims, elle lui adressa un second message. Elle devait avoir un vif désir de ramener au roi un prince de sa maison, elle qui ne pouvait, disait-elle, voir couler le sang de France, sans que les cheveux lui dressassent sur la tête. On savait, d'ailleurs, que Philippe-le-Bon avait à se plaindre de ses alliés qui le ménageaient peu, et qu'il ne restait parmi eux qu'en vue de venger la mort de Jean-sans-Peur, tué à Montereau par Duchatel, disait-on , d'après l'ordre de Charles VII. Plus tard, il signa une paix aussi honorable qu'avantageuse.
Il résulte d'une pièce conservée aux archives de Rheims, que le père de Jeanne d'Arc se trouvait dans cette ville à l'époque du couronnement. Il était accompagné d'un de ses parents. La cérémonie eut lieu à Saint-Rerai, le 17 juillet. Pendant qu'elle s'accomplissait, Jeanne se tint près de l'autel, portant son étendard ; et lorsqu'après le Sacre elle se jeta à genoux devant le roi, qu'elle lui baisa les pieds en pleurant, personne ne pouvait retenir ses larmes en écoutant les paroles qu'elle disait : « Gentil Roi, or est exécuté le plaisir de Dieu qui voulait que je levasse le siège d'Orléans et vous amenasse à Rheims recevoir votre digne Sacre, pour montrer que vous êtes vrai roi et celui auquel doit appartenir le royaume. »
Elle voulait se retirer, sa double tâche étant heureusement accomphe. « Dès ce moment, dit l'un de ses historiens, la position de la pauvre jeune fille fut tout autre qu'elle n'avait été auparavant. La puissance de Dieu s'était éloignée d'elle. Elle pouvait bien encore, il est vrai, combattre avec fidélité et courage ; elle pouvait monter sur le bûcher pour attester la vérité de sa mission précédemment divine; mais elle n'était plus sûre de la victoire. » « Jeanne, lui dit un jour Dunois, savez-vous