‹ Jeanne d'Arc écuyèreChapitre 17 sur 127 · I. SiMÉON Luge, /. c, p · texte numérisé non relu

I. SiMÉON Luge, /. c, p

vaux étaient-ils enlevés par l'ennemi? Les laboureurs s'en procuraient d'autres, et se souvenant de ce que Ton recherchait avant tout en ouvrant les portes de leurs écuries, ils s'écartaient de plus en plus du cheval inspirant des convoitises, du cheval pouvant faire la guerre. Ils ont pleinement réussi et aujourd'hui encore, probablement par tradition, rebelles au présent, rebelles à toute amélioration, ils pourraient, au milieu d'une armée d'invasion, continuer paisiblement leurs travaux sans que ni cavaliers, ni artilleurs songeassent à dételer leurs charrues.

Tels sont à notre époque les chevaux de Domremy, tels étaient au xv* siècle ceux de Jacquot d'Arc, tels étaient ceux de ses voisins : petits chevaux à la croupe double, fortement ensellés, avec la grosse tête qui rend puissant le lent effort, le ventre qu'ont développé les grasses herbes des prairies de la Meuse, les jarrets clos, les grands pieds plats et allongés, ils tiennent le milieu entre les chevaux de la vieille Armorique et les ardennais plus puissants, dont, de temps en temps, un étalon sillonne le pays, semant pour quelques deniers.

de gagnage en gagnage, les espoirs de naissances absolument livrées au hasard.

Et pourtant Jeanne était fière quand elle poussait devant elle le troupeau communal qui lui revenait parfois d'après le roulement établi'; elle aimait les gambades des poulains et frappait des mains pour les faire galoper; elle aimait surtout le soir, recueillie et se signant à la cloche de TAngelus, à ramener bien intacte la fortune du village. Ses jupes retroussées, sur la plus vieille jument, elle entrait crânement, au bas de la ruelle de File, en face du château^, dans l'abreuvoir de la Meuse qu'autour d'elle agitaient en se jouant les animaux si divers et si nombreux confiés à sa garde.

Jeanne ne savait pas monter à cheval; mais elle montait depuis son plus jeune âge et son désir était d'apprendre l'art difficile et noble de la conduite des chevaux. Elle avait au cœur ce je ne sais quoi qu'on ne peut acquérir et que

1. Guide du Pèlerin à Domremy, p. 17. Procès, IL « Alîquotiens, secundum turnum patris^ animalia et pecus dicUe villae custodiebat. j»

2. Cf. Plan de Domremy. Abbé Mourût dans Domremy et le monument national.

Jeanne était fière quand, le soir, elle ramenait bien intact le troup<

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liage et le conduisait à l'abreuvoir au bas de la ruelle de l'Ile.

les historiens de sa vie se plaisent à lui reconnaître \

C^est donc sur un terrain singulièrement préparé que tombent les exhortations de Parchange; au fond les voix font vibrer la corde particulièrement sensible, en s^adressant au désir secret de Penfant, désir qu'elle n'ose pas s'avouer à elle-même, de suivre, au besoin de guider à la guerre ces hommes d'armes, ces bandes, dont le contact lui est devenu familier, dont aucun des méfaits, comme aucune des belles actions ne lui sont inconnus, grâce à la situation de Domremy, grâce aux nouvelles quotidiennes qui parviennent à ses oreilles.

Jeanne veut « apprendre à monter à cheval ».

En aura-t-elle à sa portée ressources et moyens ? Un but précis, une volonté ferme vont sans doute la guider, la soutenir, lui susciter les occasions et lui permettre d'oser en profiter, ce Ce que femme veut. Dieu le vetll... » Jeanne est fename ou va le devenir; plus que toute autre, elle est convaincue que « Dieu le veut ».

Et pourquoi ne demanderait-elle pas à ces

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