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porte; elle est sûre d'elle-même, prête à subir répreuve, certaine de convaincre, et les sourires du duc de Lorraine, accentués par ceux de ses courtisans, ne l'intimideront pas un seul instant.
L'occasion était trop belle d'offrir une distraction au malade, la curiosité de tous se trouvait trop éveillée pour qu'on ne prît pas au mot la jeune fille hardie qui osait contredire le prince. Point n'était difficile de trouver sur-lechamp équipement, cheval et armes. Un page fournira le justaucorps, ajustera les éperons, et, sans plus tarder, la foule des jeunes seigneurs, vivement intéressés, accompagne Jeanne à l'écurie, située alors à l'endroit qui, depuis, s'est appelé « les Pieds-D/3schaulz ».
Simplement, sans hésiter, sans mettre le pied à l'étrier, Jeanne « dedans la selle se rua » du coursier qu'on venait de sortir pour elle. C'était un brillant début, et dans le cœur de ceux qui la suivirent jusqu'au perron du château, sa cause était presque gagnée.
Aussi quand, prenant la lance qu'on lui tend, elle exécute la course comme le meilleur des chevaliers, l'étonnement fait place à une véri-
table stupeur'. C'est qu'au moyen âge, courir la lance était le critérium du cavalier; là, s'affirmait la science de l'écuyer, aussi bien que la vigueur et l'adresse du soldat.
On courait les lances dans les tournois, et l'art suprême consistait à sortir l'adversaire de sa selle et de ses étriers, en évitant pour soimême le choc violent qui désarçonne. On courait les lances sur la quintaine ou le faquin; c'est à peu près l'exercice que nous avons conservé sous le nom de courses de tête; on courait enfin les lances dans le vide, prenant la position du choc et au bout de la piste, par une savante demi-pirouette, couvrant de nouveau le terrain parcouru. C'est la passade furieuse, si difficile à exécuter.
Jeanne n'avait pas d'armure. Sa façon de sauter à cheval nous le prouve"*. Ce fut donc dans le vide ou sur la quintaine qu'elle courut sa première lance. Si humble et si modeste
1. Voir le récit de cette scène dans Dom Calmet^ Histoire de Lorraine, t. III, p. 55 1 ; Chapoy, p. i35, /. c.
Un certain nombre d'historiens lorrains ont dans ces derniers temps émis des doutes sur la véracité du récit de Dom Calmet. Nous avons adopté la version jusqu'ici généralement admise.