‹ Jeanne d'Arc écuyèreChapitre 42 sur 127 · Origines de l'école de cavalerie, t. I, p · texte numérisé non relu

Origines de l'école de cavalerie, t. I, p

qu'elle pût être, quand, essoufflée et rougissante, elle arrêta son coursier en sueur, puis sauta légèrement à terre, elle dut, certes, éprouver la satisfaction d'amour -propre,' la pointe d'orgueil qui, la prouesse accomplie, chatouille le cavalier.

Elle recueillait à cet instant le fruit de sa persévérance, de sa ténacité ; elle n'avait jamais perdu une occasion de monter à cheval, et peu à peu, sans qu'autour d'elle on s'en fût aperçu, elle avait appris l'équitation. Elle savait monter à cheval.

Pour la première fois, elle apparaissait vêtue en homme, la lance à la main, sur un vrai destrier, et devant une des cours les plus brillantes de l'Europe, elle était applaudie, recevait en quelque sorte son brevet, devenait pour toujours, aux yeux de tous, « Jeanne d'Arc l'écuyère ».

Le vieux duc était quelque peu ébahi. Tant de hardiesse et de bonne grâce au service d'une volonté aussi ferme l'avait de plus profondément ému. S'il ne put accorder à Jeanne le compagnon d'armes qu'elle lui demandait, son propre gendre, René de Bar et d'Anjou,

du moins voulut-il lui prouver le plaisir que lui avait procuré sa visite, peutrêtre aussi secrètement l'encourager pour Pavenir, Il lui donna quatre francs et, dit-on, un cheval noir'.

Les quatre francs passèrent vite dans la bourse de Durand Laxart et c'est sans doute à cause de ce remboursement anticipé qu'il dira plus tard n'avoir dépensé que douze francs à l'achat du cheval de Vaucouleurs*.

Quant au coursier noir, a pili nigri », fut-il réellement donné ou les contemporains ont-ils confondu le cheval monté par Jeanne à Nancy avec un cadeau que lui eût faît Charles II?

On ne saurait le préciser; mais nous ne trouvons plus tard aucune trace de ce cheval. Peut-être était-il tellement mauvais qu'il fallut s'en débarrasser, peut-être subit-il au retour quelque accident le rendant impropre au grand voyage, peut-être enfin servit-il à Jeanne de cheval de rechange. Il paraît cependant bien improbable que les nombreux témoins du départ n'en eussent, dans ce cas, fait aucune

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