‹ Jeanne d'Arc écuyèreChapitre 43 sur 127 · Marquis de Puodan, /. c, p. o, noté · texte numérisé non relu

Marquis de Puodan, /. c, p. o, noté

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mention, alors que tous rappellent le bidet acheté par Durand Laxart.

On savait déjà, dans Vaucouleurs, le bienveillant accueil que Jeanne avait reçu à la cour de Lorraine; aussi la rentrée de nos voyageurs, le dimanche des Bures, fut-elle triomphale. Baudricourt, en bon politique, est devenu presque souriant. Et Jeanne radieuse ne sait comment remercier les braves femmes de Vaucouleurs qui luî apportent, chez Catherine Le Royer, tout finis, bien solides en même temps que presque élégants, les habits tant désirés. Durand Laxart s'est décidé, et un paysan de Montigny lui a enfin livré le cheval que Jeanne ne quittera plus qu'à Ghinon. Le départ est proche; quelques jours restent à peine, temps consacré par les compagnons à faire leurs derniers adieux.

Profitons nous-même de ce répit pour essayer de dépeindre sous son costume d'homme d'armes notre jeune paysanne de Domremy.

Jeanne n'a guère plus de dix-sept ans' et cependant, au dire des nombreux contempo-

I . Pour le portrait de Jeanae d'Arc et les citations qui y soat incluses^ se reporter aux dépositions du Procès. Cf. aussi SiMÉON LucE^ /. c, notes de la p. CLXXII et suiv.

rains qui en ont déposé, elle est déjà ce que nous appelons a une superbe créature »• a Grande et moult belle », son corps tout entier respire force, santé, vigueur, que seuls peuvent apport ter à cet âge la vie et les travaux des champs. Son teint bistré, ses cheveux noirs, lui donne* raient Pair un peu dur, s'ils n'étaient accompagnés de grands yeux beaucoup plus doux que perçants, si en même temps la voix n'était d'une suavité toute féminine. Et puis, force et vigueur s'allient à l'élégance, à la gracilité qu'une jeune fille possède à dix-sept ans, et cet ensemble, encore indécis, inspire autour d'elle le respect et l'admiration. Pour une autre que Jeanne, il inspirerait la passion.

Il ne nous est resté aucun portrait contemporain de l'héroïne'; sans doute, elle n'eut jamais le loisir de poser devant un peintre et les fresques qui, sur sa maison de Domremy, la représentaient encore au xvi* siècle, si l'on en croit Montaigne", ont été complètement ef-

1. Nous devons dire cependant qu'un portrait de Jeanne est attribué à René d'Anjou^ mais sans aucune preuve d'authenticité.

2. Journal de voyage de Michel de Montaigne en i58o et i58i, Rome^ ^774* ï^ i7«

facées par le temps. Quel beau tableau cependant pour un artiste que celui de Jeanne après ses premiers succès, à cheval avec son étendard, donnant des ordres aux capitaines les plus célèbres, alors que dans les nuages, on verrait apparaître la basilique de Reims, le terme souhaité ! Bornons-nous à déplorer que, du vivant de Jeanne, il ne se soit pas trouvé un Bonnat pour le « portrait », un Détaille pour (c le rêve ».

Mais, sî la peinture fait défaut, nous devons nous en rapporter aux témoignages qui, chose très rare, concordent tous malgré leur nombre et leur diversité d'origine.

Jeanne était belle; trop d'écrivains ont exploité sa beauté, et cette beauté même fut un des griefs que mirent en avant les juges du premier procès.

Jeanne était forte, toto corpore prœvalida ; ses seins étaient développés et ce détail un peu intime nous est révélé par son plus fidèle ami, le duc d'Alençon qui, malgré le respect, ne put s'empêcher de jeter des regards indiscrets, et aliqaando videbat ejas mammas qaœ pul" cherrimœ erant.

VAUCOULELRS. 69

Jeanne était brune de teînt; elle avait plutôt le visage bronzé de ceux qui vivent au grand air, ce visage que possèdent à la fois les ouvriers de la terre et les soldats au retour d^une longue excursion de manœuvres ou de guerre.

Le terme qui Pexprime en contient lui-même Pexplication, rusticanâ facie, c'est-à-dire la face de quelque qui vit sous le ciel de la campagne.

Jeanne avait les cheveux noirs, nigro capillo. Les contemporains suffisaient pour nous Taffîrmer. Sur ce point, un témoignage plus moderne est venu nous donner une certitude plus absolue.

En 1844» le président Tailhand' découvrait, dans les archives de la ville de Riom, une missive que Jeanne adressait de Moulins pour demander aux habitants des secours en matériel de guerre".

Jeanne d'Arc ne savait pas écrire ; maïs elle

1. Puisque ce nom de Tailhand se trouve évoqué par notre plume^ nous ne pouvons nous empêcher d'envoyer à celui qui l'amène^ au trisaïeul de nos enfants un souvenir filial^ en même temps qu'à ses descendants moins éloignés un tendre et reconnaissant hommage.

2. QuiCHERAT, t. V^pp. i47-i4S> et bibliothèque de l'École des Chartes, i844> p- 5 19.

■JO JEANNE d'arc ÉCUYÈRE.

savait signer; elle connaissait aussi Pusage du sceau, A ce moment (9 novembre 1429), elle n'avait garde de manquer aux coutumes et n^ oubliait pas de fixer, dans la cire chaude, un de ses courts cheveux. Le cheveu de la lettre de Riom était noir.

En résumé, notre héroïne se trouve de par la nature, plutôt de par la Providence, belle dans tout son être, forte dans tout son corps, et, comme don suprême, sans lequel le reste n'est rien, sa personne respire Pélégance, compe^ ientis elegantiœy mérite si précieux qu'il est impossible de l'acquérir.

Nous avons décrit la femme, la jeune fille; elle paraîtra mince et petite, habillée en homme, au milieu des chevaliers, des soldats, et cette comparaison forcée nous vaut seule la description de son arrivée à la cour de Charles VIL... K brevi quidem staturâ ».

Les habitants de Vaucouleurs ne s'amusent pas à discuter ses mérites ; ils la savent bonne, ils l'aiment et voient en elle une sainte du paradis, un archange plutôt, quand, vêtue de ses nouveaux habits, elle fait sur son nouveau cheval le tour des remparts.

Le costume lui sied à merveille, car c'est le costume des hommes d'armes et Ton peut remarquer que les uniformes, ou pour être moins moderne, les habits de guerre sont toujours brillants quand ils recouvrent Taisance de la jeunesse.

Nous venons de prononcer le mot oc d'uniforme 7> ; il nous procurera du moins l'occasion d'expliquer qu'au xv* siècle rien n'eût pu le justifier. Le cavalier s'habillait suivant sa for^ tune, son pays et son goût. Tout au plus, s'efforçait-il de se conformer à l'usage, et de très loin, à ce que nous appellerions aujourd'hui « la mode ».

Nous laissons ici de côté l'armure que nous aurons plus tard l'occasion de décrire, nous ne parlons que du costume de tous les jours qui sert aussi pour le voyage. Depuis longtemps déjà, la soutanelle, la robe presque traînante des chevaliers du xm* siècle, s'est singulièrement raccourcie', elle n'est plus qu'un pourpoint qui ne dépasse pas la ceinture du hautde-chausses. Des houseaux enserrent le bas

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