‹ Jeanne d'Arc écuyèreChapitre 53 sur 127 · I. E. Lavisse^ Conférences à V école de SainUCt/r · texte numérisé non relu

I. E. Lavisse^ Conférences à V école de SainUCt/r

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98 JEANNE d\rC ÉCUYèRE.

Et ces soins du cavalîer pour sa monture, ces mille riens qui prouvent tout, ce sens pratique en des circonstances si pénibles achèvent sans doute d'attacher pour jamais à l'héroïne ses premiers compagnons de route. Elle voyage à cheval, elle se repose comme un cavalier, c'est-à-dire après avoir songé au cheval, elle méprise la fatigue : c'est plus qu'il n'en faut pour ces vaillants dont la confiance en la providentielle mission ne pourra plus être ébranlée. Jeanne a prouvé cette nuit-là combien est vrai le vieux dicton resté très moderne : « Par le cheval on arrive à tout. »

Il est plus d'une heure de relevée et dans le lointain Jean de Metz aperçoit déjà le fanal du château d'Echenay. Certes, Jeanne d'Arc a déjà pardonné et la magistrale étude de sa première étape que lui a consacrée le propriétaire actuel, le marquis de Pimodan, servirait au besoin d'amende honorable ; il n'en est pas moins vrai qu'Echenay c'est l'ennemi' et que le pont du moulin de Taillesacq franchi, malgré la fatigue

I. Le château d'Echenay appartenait alors à la maison de Dainteville.

qui commence à peser, tous nos cavaliers doivent plus librement respirer,

Jeanne ne croit pas au danger. C'est pourtant avec joie, aux tout premiers rayons du jour, qu'elle adresse sa prière au Créateur, prière d'autant plus reconnaissante qu'elle aperçoit à ses pieds, en débouchant de la forêt de Saunoire l'admirable vallée de Poissons, Son cheval, fatigué comme elle, semble reprendre une nouvelle ardeur, et ce sera aux sons matutinaux de la cloche du monastère que la petite et vaillante troupe franchira la porte à jamais historique de l'abbaye de Saint-Urbain'.

L'arrivée au gîte n'est pas le repos du cavalier. C'est là qu'il faut affirmer « le cheval avant l'homme ». Et nous voyons d'ici Jeanne installant à l'écurie sa monture dont le pas est quelque peu alourdi, dont les membres sont raidis par la fatigue. Avec courage elle manie le bouchon de paille et, quand les servants lui offrent leurs services, elle ne consent à les accepter qu'alors seulement qu'elle est sûre que son ami, son cheval, ne manquera de rien.

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