Procès, déposition du frère Pasquerel
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de Jeanne ce proverbe populaire bien connu des cavaliers, que oc tout homme à cheval est un homme à Pagonie )).
Cette rencontre avait lieu à la porte même du château, qui enfin s'ouvrait devant Théroïne.
Et c'est au cheval que Jeanne doit de voir cesser les hésitations du Dauphin. « Jeanne d'Arc écuyère » force l'entrée du château royal qui serait restée fermée à Jeanne la bergère, à Jeanne l'inspirée, à Jeanne promettant de sauver la France.
Jean de Metz et Bertrand de Poulangy ont été appelés. Simplement, ils ont raconté ' l'odyssée, fait le récit des étapes. Charles VII et ceux qui l'entourent, froids et sceptiques, fussent restés sourds à la a vox populi », si on leur eût parlé de mission providentielle, d'inspiration céleste. Ils sont cavaliers avant tout ; une jeune fille a fait dans les conditions les plus pénibles et les plus dangereuses i5o lieues à cheval pour venir à Chinon. Voilà le miracle
I. Chronique de la Pucelle. Cf. aussi Vallet de Viriville, Chapoy^ Wallon, etc.
pour eux, voilà la preuve tangible de qualités d'énergie, d'endurance qui ne sont point humaines.
Jeanne, par sa première chevauchée, a fait s'ouvrir les portes du château de Ghinon, pour elle plus infranchissables que ne le seront les ponts-levis d'Orléans.
Un cavalier qui ne galope plus, un soldat à cheval qui ne s'exerce plus au maniement des armes, s'aperçoit, souvent trop tard, qu'il a perdu toute adresse et toute force. Pendant quelque temps il vit sur son passé, il se fait illusion à lui-même jusqu'à ce qu'aux prises avec l'ennemi ou simplement avec le cheval, (c qui est la meilleure leçon des princes parce qu'il ne les flatte pas », il ne soit obligé ,de constater à ses dépens son irrémédiable déchéance.
Les hommes de cheval savent tous à quoi s'en tenir sur la ce forme » et la « condition » ; aussi l'oisiveté, l'inaction sonfr-elles combattues par eux, quelque pénibles que puissent être les circonstances et quelque noir que paraisse l'avenîr.
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A la guerre de Crimée, les officiers, entre deux batailles, couraient des steeple-chases, et pendant que nous écrivons ces lignes, les assiégés de Ladysmith s'entraînent au jeu cavalier du (c polo ».
Au moyen âge, steeple-chases et polo étaient remplacés par les tournois et les courses de lances. Trop pauvres pour organiser des tournois, les hommes d'armes de Ghinon s'adonnaient avec passion ce à courir la lance ». C'était du reste une distraction pour la cour et l'on sait l'empressement que les femmes ont toujours apporté à venir applaudir les cavaliers.
La prairie du château de Chinon se prétait merveilleusement à ces exercices et par les premiers beaux jours, après le dîner du roi, elle servait de lieu de réunion à ceux-là de sa suite qui briguaient de montrer leur adresse.
Jeanne va-t-elle se contenter d'admirer les jeunes seigneurs? Non, elle sait trop qu'il faut payer d'exemple. Avant même qu'on ne l'ait priée, elle pique des deux, la lance en arrêt'.
I. Chapoy, Les Compagnons de Jeanne d'Arc. — De Cougny, Jeanne d'Arc à Chinon.
devant la cour quelque peu stupéfaite'. Cet exercice, nous le savons, n'est pas nouveau pour elle ; comme épreuve à Nancy, devant le duc de Lorraine, elle avait dû déjà s'exécuter* A Ghinon, elle est moins novice, sa « passade » est plus régulière et la ce demi-pirouette » qui la termine est plus savante. C'est qu'elle est en « pleine condition de cheval », qu'elle a vu galoper les seigneurs et sait mieux ce qui doit être fait.
En tout cas, elle s'en tire à son honneur, car le duc d'Alençon lui fait cadeau d'un cheval ''. Dieu sait si, dans les circonstances où l'on se trouvait, un cheval était un précieux cadeau! Jeanne possède enfin un cheval de guerre, demi-coursier sans doute ; mais c'est son premier cheval digne de ce nom et elle, qui aimera tant son écurie, doit l'accepter avec reconnaissance. Et puis, si le cheval est beaucoup, plus encore sera le nouvel ami qu'elle vient de s'attacher.
1 . Le pape Pie II dans ses Mémoires raconte ainsi cette scène : « Allata sunt arma^ adducti equi ; Puella ferociorem ascendit et ardens in armis... »
2. Wallon, Histoire de Jeanne (fArc, — Procès, déposition du duc d'Alençon.
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Souvent, elle avait entendu prononcer le nom du duc d'Alençon, mais pour la première fois, elle l'a rencontré chez le roi. Lui-même avait quitté sa femme et sa mère à Saint-FIorent-lez- Saumur % curieux de voir cette miraculeuse pucelle dont on commençait à parler,
(c Vous, soyez le très bien venu. Tant mieux s'ils sont nombreux ensemble, ceux qui sont du sang de France*! »
C'était la phrase aimable qu'avec tact Jeanne savait placer à propos. L'accueil avait été bon, mais ce sera par le galop de la course que se cimentera une inaltérable amitié.
Le duc d'Alençon sera pour Jeanne le compagnon dévoué, le défenseur attitré contre les intrigues de la cour, le lieutenant toujours fidèle sur les champs de bataille.
C'est qu'il aime bien les chevaux, le duc d'Alençon. Le titre qu'il porte l'indiquerait déjà en rappelant le nom de la contrée la plus célèbre peut-être de l'Europe, comme pays d'élevage. Le prince est né à Argentan, proche des
1. Chapoy, /. c, p. 162. — Procès, déposition du duc d'Alençon.