Vallet de Viriville, Histoire de Charles Vil, II, p. Oi
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fait a acceptée ». Si la sympathie des hommes d^armes lui est acquise, si presque tous lui ont donné leur foi, le roi a dû, par une prudence trop naturelle, réserver sa décision. Le voyage de Poitiers fixera l'avenir, en tranchant la question infiniment redoutable pour Phéroïne : (( Est-elle envoyée de Dieu ? ou bien n'est-elle pas une de ces sorcières qui, par les nuits sombres, se rendent au sabbat, galopant à travers Pespace sur un balai, un bouc ou un cheval ' ? »
Remarquons en passant combien, au moyen âge, quand il s'agit d'une force, d'une puissance même malfaisante, l'idée domine toujours de « vitesse », de « rapides chevauchées »• Le diable ne serait pas à craindre s'il n'était pas cavalier et ne mettait pas à la disposition de ses adeptes d'aussi invraisemblables montures.
Jeanne n'a pas été abandonnée par ses fidèles de Vaucouleurs. Jean de Metz et Bertrand
I. GHAPor, /. c, p. 172. Cf. Le monde enchanté et le grand sabbat des sorciers. Cf. aussi Légende du sabbat, gravure du xvi« siècle^ reproduisant un arrêt du tribunal d'Arras (xv« siècle). Cabinet des estampes B. N.
de Poulangy sont toujours à ses côtés, certainement aussi les servants que nous lui savons dévoués. Peut-être un personnage de la cour les accompagne-t-il, moite protecteur, moitié espion, qui, en même temps qu'il assurera le gîte et le respect, prendra note des possibles incidents et saura communiquer ses remarques.
Qu'importe à Jeanne, sûre de triompher, ne s'inquiétant guère des docteurs de Poitiers dont elle ignore d'ailleurs la raison d'être et les attributions? Elle chevauche avec plaisir^ à l'aise de son corps cette fois, sans préoccupations du lendemain. Elle a conservé son costume de Vaucouleurs; mais en ouvrière adroite, elle a su, chez (c la bonne femme » de Ghinon, réparer les injures de son pénible voyage; elle a quelque peu modifié la forme du justaucorps et cherché même à lui donner une pointe d'élégance.
Avant tout, elle est heureuse, parce qu'elle monte un bon cheval. Sans doute, elle a tenu à ne pas se séparer du cadeau princier de « son beau duc » ; peut-être aussi le roi lui a-t^il prêté une de ces haquenées spéciales aux voyages qui savaient allier la vitesse à l'agrément des allures?
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Adieu le cauchemar de la première chevauchée! Dans la belle vallée de la Vienne, fière de sentir sa monture répondre fraîchement aux sollicitations des éperons, Jeanne, pour la première fois, dut s'abandonner au plaisir de la route gaillardement parcourue, doucement bercée par le rythme de Pamble, enivrée un peu par la sensation nouvelle de pouvoir marcher vite sans éprouver la fatigue
La petite troupe précédait-elle ou suivait-elle le cortège de la cour, cortège que les rois les plus déchus s'efforcent de conserver imposant? Nous Pignorons ; mais nous connaissons assez notre héroïne pour affirmer que libre, elle eût volontiers, d'une seule traite, parcouru les vingt et quelques lieues qui séparent Ghinon de Poitiers. Il lui tardait tant d'aboutir! Elle aimait tant aussi chevaucher gaiement en admirant les beautés que le Créateur a su distribuer à profusion dans la nature !
Il est probable qu'il fallut gîter à Châtellerault, comme, de façon certaine, on le fit au retour" et le lendemain seulement, Jeanne, au