Chronique de la Pacelle
3. Perceval de Cagny, Chronique des ducs d'Alençon. « Dieu scail la joyc que la mère du duc d'Alençon et ladîtte fille d'Orléans^ sa femme, lui firent par trois ou quatre jours qu'elle fut audit lieu. »
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choisi la route de la vallée, plus facile et se prêtant mieux à la vitesse. Jeanne est toute joyeuse de pouvoir chevaucher sans contrainte. Son (c beau duc » galope à ses côtés. Ce ne doit pas être sans une curiosité émue, qu'au tournant même du donjon de Monlsoreau, l'héroïne retrouve le fleuve de Loire. Elle se dit que ces eaux viennent d'Orléans, qu'elles ont traversé les bastilles anglaises, elle se dit que la Loire est l'artère essentielle de la France et que sur les deux rives, de Nevers à Orléans, elle saura faire flotter son étendard.
Déjà se profile la sombre forteresse qui domine Saumur. Avec une respectueuse émotion, accompagnons par la pensée Jeanne d'Arc au moment où, suivant les hautes murailles du château, elle pénètre dans la riante cité dont le nom est si cher à tout cœur de cavalier.
Elle longe entre Loire et Thouet la bande de terre qui sera le Ghardonnet. Des fenêtres de l'abbaye, elle apercevra la prairie du Breil, au premier plan du superbe panorama qu'offre l'immense vallée. Ah ! si Dieu ce jour-là lui a permis de lire à travers les siècles, quelle réconfortante vision pour elle que ces escadrons
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de futurs chefs travaillant pour défendre la France qu'elle va leur donner !
Nous, camarades, jeunes ou vieux, camarades du passé ou de l'avenir, quand nous galopons sur le Ghardonnet ou évoluons sur le Breîl, en ces longues séances qui parfois semblent pénibles, reportons nos pensées vers Jeanne d'Arc. Songeons qu'avant nous une femme a foulé ces mêmes lieux du sabot de sa monture, que cette femme en de victorieuses chevauchées a créé la Patrie, notre raison d'être, et armé nos bras du sabre nécessaire pour la protéger.
Et vous, mères d'ofQciers, qui près de l'abbaye de Saint-Florent, quelquefois à l'abri même de ses antiques murailles, venez séjourner pour vivre plus proches de vos grands enfants, écoutez une mère et une femme de prince le recommander à notre humble écuyère. Ce sont les termes que vous employez près de ceux qui ont charge d'âme de celui qui vous est cher. Vous aussi, élevez votre prière jusqu'à Jeanne. Dieu veuille qu'elle vous réponde comme aux duchesses d'Alençon : « Dames, ne craignez rien. Je vous le rendrai sain
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et sauf, dans l'état où il est, peut-être meilleur', »
Et Jeanne a tous jours depuis, se tint plus prochaine et acointe du duc d'Alençon que de nul autre, et tous jours en parlant de lui l'appelait « mon beau duc » et non autrement* ».
Cependant Charles VII composait la « maison militaire » de Jeanne. Cette expression moderne a été adoptée par la plupart des auteurs. Elle éveille du reste fort bien l'idée de ce que devait être la suite de l'héroïne. La (( maison militaire » de Jeanne sera celle de tout homme d'armes de naissance noble et de rang élevé. Elle pourra se comparer à celle d'un « chef de lance ». Plus tard, après les premières victoires, elle deviendra digne d'un prince du sang ou d'un maréchal de la couronne.
Pour le moment le roi se montrera aussi large que le permettront des ressources dont nous savons la détresse. Jeanne ne se plaindra
1 . Chronique de Perceval de Cagny. Cf. aussi Procès, déposition du duc d'AIençon.