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I. Wallon, Histoire de Jeanne d'Arc

JEANNE d'arc ÉGUYÈRE,

coutîllîer'... » Et Jeanne était heureuse d'ao cueillir ces dévoués dont la détresse augmentaît le mérite.

Cette inaction relative ne va guère se prolonger. Le tempérament de Jeanne ne la supporterait pas plus longtemps. On essaie bien de se battre sans elle, ce Ah ! sanglant garçon, crie-tr-elle à d'Aulon, vous ne me disiez pas que le sang de France fût répandu. Allez quérir mon cheval. »

Elle s'arme tant bien que mal, saute sur un cheval de rencontre, et, les éperons au poil, elle galope vers la porte de Bourgogne, par la grande rue, ce si vite que les étincelles jaillissent du pavé* ». Le voilà, l'esprit cavalier de Jeanne. Elle se trouve dans un moment critique où chaque seconde est précieuse. Va-t-elle, comme tant d'autres le feraient, se presser lentement, se laisser armer, mettre le pied àl'étrier? Non, elle s'arme comme elle le peut avec l'aide aussi

1. Général Dragomiroff^ Les étapes de Jeanne d'Arc (JRevue des Deucc^Mondes, mars 1898). Cf. aussi Chronique de la Pucelle.

2. Déposition de Jean d'AuIon et de Louis de Contes^ Prchces, IIL — Chronique de la Pucelle, chap. XLVL

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inexpérimentée qu'émue de son hôtesse; sans plus attendre « elle saute à cheval » et part au galop. Elle sait d'intuition qu'il est des circonstances où convenances et usages doivent être mis de côté. Peu importe alors que le cheval périsse si le but est atteint. Et, sans souci de la chute possible, sans pitié pour le cheval auquel elle demande le suprême effort, Jeanne galope vers la porte de Bourgogne.

Quand d'Aulon, son page, ses autres gens la rejoignent, ils la trouvent debout sur le bord du fossé. Elle a utilisé le cheval dans ce qu'il peut donner ; elle sait mettre pied à terre au bon moment. En ces journées d'escarmouches et d'assauts, nous la voyons toujours employer la même tactique. Elle combat à pied dès que le cheval devient un a impedimentum », différente en cela des chevaliers qui se croyaient perdus ou tout au moins déshonorés s'ils n'enfourchaient plus leurs coursiers.

C'est pour cela que Jeanne tenait à la légèreté de l'armure ; parfois même elle combattait avec une simple cotte de mailles, moins lourde et plus flexible.

Le mode nouveau de guerre qu'elle inaugu-

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raît exigeait avant tout la souplesse et la mobilité tant de Pindividu que de la collectivité, et nous pouvons affirmer que son exemple fut suivi.

Mais si Jeanne sait combattre à pied, elle n'oublie jamais son cheval. Par goût, sans doute, mais aussi sous l'empire du sentiment que le chef doit toujours être vu à cheval, elle met le pied à l'étrier pour parcourir les plus courtes distances. Le 6 mai, blessée devant les Tournelles, elle veut montrer que sa blessiu'e n'a pas de prise sur son courage. Elle se fait amener son cheval et s'en va quelques pas plus loin faire sa prière à l'écart '. On la voit à cheval : la confiance reparaît. Une fois de plus elle a su jouer du prestige que le cheval seul peut donner.

Luttes bizarres que ces sièges du moyen âge où les hommes d'armes montés ne pouvaient utiliser leurs chevaux. , Sans doute par besoin d'activité, par distraction aussi, assiégeants et assiégés tentaient à l'extérieur de petites opérations. On allait fourrager, escorter des convois

Chronique de la Pacelle,

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ou les attaquer, et cette façon de faire la guerre nous explique la durée des investissements en même temps que leur peu de rigueur.

Le nombre des fers et des éperons trouvés . dans le lit de la Loire confirme Phabitude bien connue des chevaliers de ne jamais se séparer de leurs montures. L'étude attentive de ces fers nous fournit même de précieuses indications.

La plupart sont petits, presque de la taille de ceux des chevaux de cavalerie légère. Nous en concluons que la conformation puissante et lourde des chevaux de guerre du moyen âge n'est qu'une légende et que le grand destrier était plutôt l'exception que la règle.

L'art du maréchal, plus honoré que jamais à cette époque de longs parcours, semble avoir laissé beaucoup à l'initiative individuelle. Le nombre des étàmpures est très variable (5, 6 ou 7); mais chaque fer paraît avoir été forgé avec soin pour chaque cheval et la diversité des modèles est une preuve de la conscience qu'apportait l'ouvrier à son travail. Les fers pathologiques (à branche droite, couverts, etc.) sont presque tels qu'on les fabrique aujourd'hui. Quelques-uns présentent bien nettement

rajusture et le crampon formé par l'éponge recourbée qui caractérisent encore aujourd'hui la ferrure anglaise. Peut-être à ces indices serait-il possible de classer cette précieuse collection'? Qui sait si l'un de ces fers n'a pas appartenu au cheval de Jeanne? En tout cas, ils sont contemporains de l'épopée et, à ce titre, ils méritaient d'être signalés ici.

Mais les Anglais ne songent plus qu'au départ. Le 8 mai au matin, ils sont en belle ordonnance, étendards déployés, dans la plaine de la rive gauche. Jeanne va-t^elle les poursuivre, ou plutôt engager une nouvelle bataille, sa première en rase campagne ? L'instinct cavalier l'y pousse. Derrière elle, toutes les troupes d'Orléans ont passé les portes dont « ils issirent à pied et à cheval* ». L'héroïne

1 . Les fers de cette collection comprennent aussi ceux qui ont été trouvés dans la plaine de Patay. La classification des uns et des autres a été faite par le savant abbé Desnoyers^ fondateur du musée de Jeanne d'Arc.

Je crois qu'il a divisé les fers en anglais et français^ suivant les emplacements où ils ont été découverts. Je lui demande la permission de ne pas me ranger, cette fois-ci, à sa manière de voir.

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