‹ Jeanne d'Arc écuyèreChapitre 98 sur 127 · Ms. îr., no 5o54^ Bibliothèque nationale · texte numérisé non relu

Ms. îr., no 5o54^ Bibliothèque nationale

212 JEANNE D^ARG ÉGUTÈRE.

sait partie intégrante du caractère de Jeanne d'Arc.

Et pour que rien ne manque à son auréole, Jeanne de son vivant est chantée par les poètes. La vieille Christine de Pisan, celle qui a célébré les belles chevauchées dans son ce livre des faits d'armes et de chevalerie, » ne veut pas mourir sans retrouver des accents lyriques en l'honneur de la nouvelle épopée. Elle eût pu seulement louer Jeanne de ses combats, de ses conquêtes ; mais en véritable porte-voix de la chevalerie, elle lui décerne comme titre suprême à la gloire, celui d'avoir fait du roi un chevalier, de lui avoir chaussé les éperons d'or.

C'est que le degeté enfant Du roy de France légitime Qui longtemps a été souffrant;

Venant comme roy couronné En puissance très grande et fîère Et d'esprons d'or éperonné*.

Jeanne aimait à donner. Aux membres de sa famille accourus à Reims elle distribuait des

' I. Poème de Christine de Pisan sur la Pucelle, publié par

QUIGHERAT^ V. 5.

DE REIMS A ROUEN. 2l3

cadeaux pris sans doute parmi ceux qu'elle venait de recevoir. Il est une de ces libéralités sur laquelle nous devons arrêter notre attention, ne serait-ce que pour constater une fois de plus les retours étonnants de la fortune. Nous avons laissé Durand Laxart à Vaucouleurs au moment où sa nièce s'enfonçait dans la nuit sur le cheval légendaire qu'à grand'peine il lui avait procuré, et nous retrouvons le brave homme à Reims, avec le père de Jeanne, témoins de son triomphe et de sa gloire. A la prière de l'héroïne, la ville leur fait cadeau d'un cheval pour regagner les marches de Lorraine \ Quel rapprochement entre le cheval de Vaucouleurs et celui, sans doute meilleur, qui s'en retourne aux rives de la Meuse !

Le repos, même et surtout dans le triomphe, ne peut suffire à Jeanne tant qu'il reste quelque chose à faire et dès le 21 juillet sous la porte de Mars ce chevauchait ladite Pucelle devant le Roy, toute armée de plain harnois, à estendart déployé *... »

1 . Délibération des délégués de la ville de Reims, Jadart^ /. c.

2. Bibliothèque nationale. Fonds français^ manuscrit 23oi8, f» 485, cité par Jadart, /. c.

2l4 JEANNE d'arc ÉCUYÈRE.

La nouvelle campagne dont la tendance est de s'éloigner de Pennemi, cette campagne où Ton prend possession de villes qui se sont offertes d'elles-mêmes, ne répond guère aux aspirations cavalières de Jeanne. C'est que la cour est de la partie et l'héroïne se sent emprisonnée par une étiquette à laquelle elle ne peut se soustraire.

On est revenu, hélas ! à cette guerre d'autrefois, guerre de parade où les combats ressemblaient à des tournois, guerre où il n'y avait pas de morts, presque pas de blessés, guerre dans laquelle on faisait trêve pour se reposer sans avoir connu les fatigues. Jeanne voudrait réagir, tout au moins maintenir la confiance et c'est ainsi qu'elle écrit aux habitants de Reims une lettre qu'elle date ce emprès un logis aux champs, au chemin de Paris' ».

Le i3 août, aux escarmouches de Thieux, elle avait espéré la bataille, elle croit la tenir enfin le i5 à l'abbaye de Notre-Dame de la Victoire, près de Montespilloy. L'armée française est divisée en trois corps. Jeanne avec

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