‹ Jeanne d'ArcChapitre 17 sur 19 · CAR · texte numérisé non relu

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canne menacée de la tort

«Vous me faites souffrir et j'en serais morte si je n'avais auprès de moi, tous les jours, mon réconfort. »

Jeanne faisait allusion aux voix douces et saintes, aux radieuses apparitions quelle retrouvait au fond de son noir caveau. Dans son cachot, aux murailles tachées de salpètre, elle demeurait assise sur son grabat, les deux mains au creux des genoux. Non loin d'elle, les houssepaillers ricanaient et lui disaient des ordures; mais ses voix lui murmuraient :

« Prends tout en gré, ne te chaille de ton martyre : tu t'en viendras en fin en Paradis. »

Elle entendait la prière que murmurait pour elle Notre-Dame-Sainte-Marie

« C’est votre petite servante, Elle est en danger de martire, Veuillez la, mon cher fils, conduire; Elle a grand besogne entrepris En vous elle a mis son entente, Secourez-la, mon très doux Sire, Comme lui avez fait produire, À confondre ses ennemis. »

À cette douce prière, Jeanne mélait la plaintive requête dont elle nous a laissé la formule

« Très doulx Dieu, en l'honneur de vostre saincte passion, je vous requiers, se vous me amez, que vous me révélez comment je dois répondre à ces gens d'Église !»

Ses voix lui disaient alors de répondre hardiment; ce quelle faisait, mais toujours avec douceur, avec tranquillité, d'une pensée et d'une voix limpides. En quels brouillis ne cherchait-on pas à la faire choir? Cauchon essayait de l'égarer dans un enchevêtrement de théologie, de scolastique, de dialectique et d'herméneutique, de mots et de formules dont la pauvre fille, instruite au village par les soins de sa mère, dans la simple religion de son pays, était tout ignorante. Et si la réponse quelle donnait à des questions qui, pour elle, étaient inintelligibles, n'était pas très exactement orthodoxe, on en prenait note à destination du bücher. “Responsio mortifera”, comme écrit le scribe qui annota son procès. On nous permettra de faire observer que l'on se trouve encore ici en face de procédés qui seront, très précisément, repris par le tribunal révolutionnaire, où la conclusion seule diflérera, la guillotine remplaçant le bücher.

Cauchon expliquait d'ailleurs à Jeanne, de la meilleure façon du monde, que ses juges étaient tous personnages ecclésiastiques et des plus doctes — ecclesiasici et doctissimi viri — experts en droit canon et en droit civil, et qu'ils ne songeaient qu à lui témoigner leur piété, leur douceur, leur affection très tendre, dans la seule intention de provoquer, non une vindicte ou un châtiment corporel, mais son édification et sa rentrée dans la voie du salut. Et tel paraît en effet avoir été son plan, ou tout au moins l'être devenu, après les premières audiences où il aurait été touché, à son tour, par la noblesse d'âme et la beauté morale de sa victime. Et de ce plan, après l'avoir conçu, nous le verrons poursuivre la réalisation avec un entêtement égal à celui quil rencontrera chez la Pucelle lui opposant une invincible résistance. Obtenir que Jeanne désavouât ses visions et sa mission — en donnant, par là, satisfaction aux Anglais qui

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désiraient ruiner l'effet moral que l'intervention de la Pucelle avait produit — et, par cet aveu, ce repentir, sauver la vie de la jeune fille, qui aurait été condamnée à une prison religieuse; dessein qui échoua contre la résistance de Jeanne d'abord, comme 1l vient d'être dit, puis, contre les exigences des Anglais eux-mêmes qui réclamaient, pour leur ennemie, le supplice du feu.

En attendant, les juges insistaient beaucoup sur l'arbre des fées et sur la fontaine des groseillers, voisins de Domrémy, et sur les jolies légendes populaires que les paysans se transmettaient à l'heure de la veillée. Ces fées étaient évidemment les mauvais esprits qui apparaissaient à Jeanne et quelle prenait pour des figures célestes. La conclusion en découlait naturellement : du moment que Jeanne était en rapport avec de mauvais esprits, elle était une sorcière faite pour le bücher. L'évêque de Beauvais demandait à l'accusée si ses voix lui prédisaient qu'elle échapperait de prison, car cest un point sur lequel le gaillard continuait de ne pas être rassuré

«Je le vous ay à direl »

Ici, le greflier qui tient la plume doit noter en marge de l'interrogatoire

« Fière réponse ! »

Enquise pourquoi son étendard flottait au sacre de Reims :

« Il avait été à la peine, c'était bien raison quil fût à l'honneur. »

Réplique qui arrache à Voltaire, lui-même, un cri d'admiration.

Et toujours le même bon sens.

— Fondiez-vous en votre bannière, lui demandaient ses juges, votre espérance d'avoir victoire?

— Je la fondais en Notre-Seigneur et non ailleurs.

Elle osait done prétendre que Dieu détestait les Anglais :

« De l'amour ou haine que Dieu a aux Anglais, je ne sais rien; mais je sais bien qu'ils seront boutés hors de France, excepté ceux qui y mourront. »

Ses juges lui reprochaient la politique belliqueuse dont elle s'était faite l'active inspiratrice, tandis que les conseillers de Charles VIT désiraient arriver à la paix par voie de traités

«En ce qui concerne la paix, je l'ai requise du duc de Bourgogne par lettre; quant aux Anglais, la paix quil y faut, c'est qu'ils retournent dans leur pays, en Angleterre. »

Interrogée si elle ne disait pas que les bannières semblables à la sienne portaient bonheur :

— Je disais parfois : « Entrez hardiment parmi les Anglais, et jy entrais moi-même. »

Aux questions tout embrouillées de subtilités théologiques dont il a été question plus haut, elle ne répondait pas toujours conformément à la lettre des parchemins. Les inquisiteurs l'en réprimandaent :

— Ce que vous dites est contraire au droit divin, au droit canon, au droit civil et aux statuts des conciles.

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