RAS FEU
76 JRERCNEINEDEUNE
— Je suis bonne chrétienne, répliquait-elle et, de toutes ces charges, je m'en rapporte à Notre-Seigneur.
Et songez à l'isolement auquel elle était condamnée depuis plusieurs mois, à l'abandon où son roi la laissait et qui devait lui déchirer le cœur, aux tortures morales et physiques dont, sans trêve, on la faisait souffrir, à l'appareil imposant et redoutable dont elle était entourée, à l'angoisse incessante enfin, où sa pensée aurait dû s'anéantir; et, dans le tableau ainsi composé, placez cette jeune fille de dix-neuf ans, toujours maitresse d'elle, ferme, paisible, conservant sa pensée claire, conservant intacte la tranquillité de son cœur. Non seulement dans ses réponses on ne trouverait pas une défaillance, on ny trouverait pas une plainte, une récrimination, ni contre ceux quelle a servis et qui la délaissent, ni contre ceux qui la torturent. Nous osons demander, à ceux qui ont la pensée la plus dégagée de toute idée préconçue, si nous ne nous trouvons pas ici en face de la personnalité la plus belle dont l'histoire ait gardé le souvenir?
Elle paraissait trop grande, trop noble, trop sûre d'elle-même à tous ceux qui l'entendaient, en sorte que Cauchon, à qui revenaient les échos des murmures qui commençaient à s'élever dans l'auditoire, décida ne plus la faire paraitre en public.
À partur du 10 mars, les interrogatoires se poursuivirent dans le cachot en présence de l'évêque de Beauvais et de quelques assesseurs triés sur le volet. Là se produisit cette scène que les Anglais aiment à rappeler aujourd hui :
«En présence de M° Joseph Tiphaine, médecin de Paris, Jacques de Touraine, l'un des enquêteurs, demandait à la jeune fille si elle ne s'était Jamais trouvée en des lieux où lon tuait des Anglais :
«En nom Dieu, répondit-elle, comme vous en parlez doucement! quils s'en voysent en leur pays !»
Un noble lord anglais, qui se trouvait présent, ne put s'empêcher de séerier :
«Quelle brave femme! que n'est-elle anglaise!»
Cette visite de Joseph Tiphaine se rattache à une indisposition de Jeanne assez grave. Elle avait été prise de vomissements. Et les Anglais de lur dépêcher médecins sur médecins. Il fallait qu'elle fat entourée de tous les soins possibles; sollicitude dont l'un des praticiens appelés en cette circonstance, Guillaume de La Chambre, nous donne le motif. Le cardinal de Winchester et le comte de Warwick les avaient mandés, lui et ses confrères, pour leur faire savoir que le gouvernement anglais tenait à ce qu'ils veillassent avec le plus grand soin sur la santé de Jeanne :
«Elle a coûté trop cher au roi notre maître, pour qu'on la laisse périr de mort naturelle : il faut qu'elle soit jugée, condamnée et brûlée ensuite.»
Ces lignes dominent le procès. Cauchon pourra multiplier ses eforts pour l'arracher au bourreau : Jeanne périra dans les flammes. Mais il s'obstine, il veut l'abjuration. Il s'y prend de mille manières.
Si elle ne se soumet pas, insinue-t-il, non seulement on la fera périr, mais on la traitera en Sarrazine :