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pensée que nous a faite l'éducation moderne et la remplacer un moment par les idées et par les conceptions des hommes de l'ancien temps. Jeanne d'Arc voyait le monde limité à la voûte bleu céleste qu'elle croyait tendue au-dessus de sa tête. Au-delà, et pas très haut, puisque la tour de Babel y aurait pu atteindre, se trouvait le ciel, avec Dieu le père, dans son manteau de pourpre, le Christ, la Vierge, les saints, les anges, les séraphins. Nul ne doutait qu'une colombe, descendue de la voûte azurée, n’eût apporté dans son bec, lors du baptême de Clovis, l'huile de la sainte ampoule, avec laquelle on oignait encore les rois de France, le jour de leur sacre à Reims. Le monde aussi était limité étroitement. Et Jeanne se trouvait ainsi en ‘chambre de Dieu”, où les objets les plus éloignés, où les saints, les anges, Dieu lui-même, n'étaient pas à une distance infinie, mais rapprochés, établis en des endroits déterminés, d’où ils suivaient avec intérêt, et d'une pensée toujours présente, ce que les hommes faisaient sur la terre.
Et maintenant, dans ce monde borné, où tout est précis, concret, où tout est à portée de la pensée et presque à portée de la main, où les saintes sont des voisines belles et douces, habillées de robes soyeuses, lumineuses et parfumées, couronnées d'or, visibles et tangibles à ceux quelles ont pris en amitié; en cette vallée de la Meuse dominée d'épaisses forêts, où Domrémy groupe ses rustiques demeures dans un cadre de prairies peuplées de mouvants troupeaux; dans une pensée naïve et simple, toute concrète, dans la pensée de Jeanne d'Arc, faites retentir les voix divines, faites briller les radieuses apparitions — de limpression qu'elles produiront, vous comprendrez le pouvoir irrésistible. Aussi Jeanne, surprise, effarouchée, a-t-elle beau répondre à saint Michel, la première fois qu'il lui dit d'aller vers le roi à la tête d'une compagnie d'hommes en armes :
Mon bon seigneur, que dites-vous?
Vous me faites trop esbahie, Ceci ne vient point à propous...
La voix de l’archange est trop claire, les paroles qu'il prononce ont une trop ferme précision, pour que celle qui l'écoute hésite longtemps à lui obéir.
C'est ainsi qu’au début du mois de mai 1428, Jeanne se rendit auprès de son oncle, Durand Laxart, qui demeurait à Burey-le-Petit, jouxte Vaucouleurs. Elle en avait obtenu la permission de ses parents. Car Jeanne n'aurait pas osé découvrir ses projets à son père, qui en avait eu vent par ailleurs et répétait à ses fils :
« Si je savais que la chose advint, je vous dirais
«Noyez-la, et si vous ne le faisiez, je la noierais moi-même. »
Après une semaine de séjour à Burey, la jeune fille déclara sa ‘ mission ” à son oncle. Elle lui demandait de la conduire auprès de Robert de Baudricourt, qui la mènerait vers le roi. Et comme Laxart s'étonnait d'un tel dessein :
« N'est-il pas dit, répondit Jeanne, qu'une femme perdrait le royaume de France et qu'une pucelle le sauverait ? »
Et tel était bien le dicton répandu dans le pays. Laxart le connaissait, et il y croyait vaguement, comme les gens du peuple croient à de pareilles prédictions.
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Celle-ci aussi bien se précisait. La femme qui avait perdu le royaume de France n'était-elle pas Isabeau de Bavière : pourquoi la jeune libératrice ne serait-elle pas Jeannette de Domrémy ?
Ainsi la Pucelle faisait une première conquête, et nous devons aujourd'hui une reconnaissance particulière à ce brave homme de Durand Laxart, dont la conviction agissante allait être pour Jeanne un premier élément de succès.
Accompagnée de l'oncle Laxart, elle partait donc pour Vaucouleurs vers le temps de l'Ascension, 13 mai 1428. Elle y arrivait vêtue d'une robe de laine rouge, qui était serrée à la taille, d'où elle retombait en plis droits.
Agée de dix-sept ans, Jeanne plaisait par son allure avenante et par l'expression de son visage clair et joyeux. Pour une femme, elle était grande, portant, avec un bel air de jeunesse, des épaules droites. Sur la beauté de ses formes, sur la beauté de ses traits, tous les contemporains sont d'accord. Ses cheveux étaient noirs, ainsi que ses grands yeux; aussi ceux qui l'abordaient, sachant qu'elle avait passé son existence au hâle de la campagne, étaient-ils surpris par la blancheur de son teint :
Elle est plaisante en faits et en dits, Belle et blanche comme la rose.
A quoi Shakespeare a trouvé une explication digne de son génie. Notre-
Dame du Paradis nétait-elle pas apparue à la Pucelle qui en parlerait ainsi Tandis que mon visage était noir et hâlé, Les clairs rayons qu'elle à répandus sur moi M'ont donné cette beauté bénie que vous voyez.
On imagine la stupéfaction goguenarde d'un gaillard comme Baudricourt, quand il vit arriver, en compagnie d'un lourdaud rustique, cette ‘‘ jeunesse ” de dix-sept ans, qui venait lui demander de faire parvenir au roi, de la part de Dieu, un message ainsi conçu
« Gardez-vous bien, et surtout n'offrez pas la bataille à vos ennemis, car le Seigneur vous enverra un secours vers la mi-carême (mars 1429). »
Avec un bruyant éclat de rire, le capitaine de Vaucouleurs conseilla à Jeanne de retourner auprès de ses parents. « Et peut-être, ajouta-t-1il à l'oreille de son oncle, feriez-vous bien, pour lui apprendre à se conduire, de lui donner quelques bons soufflets. »
Un écuyer, Bertrand de Poulengy, qui avait vu la jeune fille chez ses parents, auxquels il rendait visite de temps à autre, se trouvait présent à cette première entrevue.
Force fut donc à Jeanne de retourner auprès de son père. L'oncle Laxart lui garda son secret. Mais ses projets n'en furent pas ébranlés. Le 23 juin 1428, elle disait à un paysan de Domrémy :
« Entre Coussey et Vaucouleurs — c'est-à-dire à Domrémy — il y a une jeune fille qui, avant un an, fera couronner le roi. »
Au reste, le danger devenait de plus en plus pressant. Un mois après son
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retour à Vaucouleurs, dans la seconde quinzaine de juillet 1428, des troupes anglo-bourguignonnes menaçaient directement Domrémy. La maison forte de l'Ile n'offrait plus un abri suffisant et les habitants du village, ainsi que ceux des localités voisines, coururent se réfugier, avec ce quils purent emporter de leur avoir, dans la ville voisine de Neufchâteau, en Lorraine, ville fortifiée. A Neufchâteau, on se logea comme on put : Jeanne, chez une brave femme nommée La Rousse, veuve d'un certain Jean Waldaire, qui tenait une manière d'auberge. Ses parents y demeurèrent avec elle. La jeune fille s'efforçait de se rendre utile à son hôtesse, de l'aider dans les soins du ménage, pour reconnaître l'hospitalité qu'elle lui accordait. On la voyait, au pas de l'auberge, s entretenir avec les hommes d'armes qui y fréquentaient. Ceux-ci contaient leurs aventures, leurs exploits, leurs campagnes. L'imagination de Jeanne, qui s harmonisait naturellement à tout ce qui concernait le métier des armes, accueillait avec une curiosité avide le récit des vaillantises, des prises de châteaux forts, des belles escalades, des escarmouches, saillies, camisades, rescousses et échauflourées.
Après quinze jours, le péril passé, les habitants de Domrémy regagnèrent le hameau dont ils trouvèrent les toitures éventrées, les murs noireis par l'incendie; l'église elle-même avait été odieusement saccagée.
On imagine la nouvelle impulsion que la vocation de Jeanne reçut de ce tragique exode. Aussi, dès les premiers jours de février 1429, reparut-elle à Vaucouleurs, dans sa cotte de laine rouge. L'oncle Laxart avait obtenu de son beau-frère, Jacquot d'Arc, la permission d'emmener sa fille pour quelque temps, sous prétexte que sa femme avait chez elle, à Burey, besoin de son aide. Baudricourt avait vu, de son côté, Vaucouleurs menacé par le sénéchal de Bourgogne : danger qui n'était pas encore conjuré.
Pendant ce second séjour à Vaucouleurs, Jeanne logea chez la femme d'un honnête charron, H. Le Royer. Elle s'y montrait simple, bonne fille, active à rendre service ; elle occupait les heures que ne réclamaient pas les travaux du ménage, à coudre et à filer; mais principalement à prier Dieu. On la trouvait agenouillée dans la chapelle du château ou bien dans la crypte voütée qui soutenait l'église collégiale, où un jeune enfant de chœur, Jean le Fumeux, alors dans sa treizième année, la voyait prosternée devant la statue de la Vierge, tantôt la tête inclinée, tantôt les yeux levés au ciel. Attentive aussi à ce qui se disait, aux rumeurs qui circulaient, aux récits des voyageurs, surtout quand ils concernaient l'objet de sa mission, le jeune Dauphin Charles, en qui s'incarnaient les destinées de son pays.
Cependant elle se désespérait de ne pouvoir approcher Robert de Baudricourt afin de le déterminer à la faire conduire vers le roi, quand un rayon d'espoir lui vint d'un des jeunes hommes d'armes que le capitaine de Vaucouleurs groupait autour de lui pour assurer la défense de la place. C'était un vaillant soldat que Jean de Novelompont, dit Jean de Metz. Agé de trente ans, il pouvait passer pour un homme de guerre éprouvé ; il en avait l'allure et le langage, — un langage qu'il ne laissait pas d'émailler des plus sonores jurons. Il connaissait
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les parents de Jeanne et avait entendu parler de la mission dont elle se disait chargée et qui commençait à bruiter entre les murs de Vaucouleurs. Aussi, l’abordait-1l un jour au seuil de sa demeure, où la jeune fille logeait :
— Eh bien, ma mie, que faites-vous encore ici ? faut-il que le roi soit chassé du royaume et que nous devenions anglais ?
— Je suis venue, répondit Jeanne, à chambre du roi (en terre royale), pour parler à Robert de Baudricourt, qu'il me veuille conduire au roi; mais il n'a cure de moi, ni de mes paroles. Et pourtant, il faut que j'aille devers le roi, devrais-je y user mes jambes jusqu'aux genoux; car nul au monde, ni roi, ni duc, ni fille au roi d'Écosse, ne peut recouvrer le royaume de France.
La fin de ce petit discours est remarquable. En ces lointaines contrées, Jeanne était instruite des négociations entamées pour le mariage du fils de Charles VII avec Marguerite, fille du roi d'Écosse, et des secours que la Cour de France en attendait. Aux termes d'un traité récemment conclu, Jacques 1‘ devait envoyer sa fille en France, avant le mois de mai 1429, ainsi quune armée de 6.000 Écossais. Et Jean de Metz, gaîment, bravement, d'un geste cordial où il mettait sa belliqueuse ardeur, prenait la main de la Pucelle :
— Or donc, ma mie, quand partons-nous ?
— Plutôt à l'instant que demain, et plutôt demain qu'après.
Quelques jours passés, des paroles semblables s'échangeaient entre Jeanne et l’écuyer Bertrand de Poulengy.
Jean de Metz et Bertrand de Poulengy voyaient souvent Baudricourt. Ils connaissaient, eux aussi, la fameuse prédiction concernant la femme qui avait perdu le royaume de France et la pucelle qui le sauverait. Et Baudricourt, également, la connaissait. Cédant aux instances des deux écuyers, il consentit à recevoir et à écouter la jeune fille. Du moment où il l'écoutait, il était convaincu. Il lui donna une épée; les bonnes gens de Vaucouleurs se cotisèrent pour lui offrir un costume de page et aidèrent l'oncle Laxart à faire l'acquisition, pour sa nièce, d'un cheval vigoureux. Puisque aussi bien elle allait chevaucher et vivre parmi des hommes, Jeanne trouvait plus convenable d'être vêtue comme eux. Elle se fit couper, à la mode des varlets, les cheveux en rond par-dessus les oreilles. Baudricourt écrivit une lettre à Charles VII, qu'il fit partir par courrier. Et Jeanne quitta Vaucouleurs le 23 février 1429, pour rejoindre le jeune roi à Chinon.
Son escorte comprenait Jean de Metz et Bertrand de Poulengy, quatre servants, un messager du roi, nommé Colet de Vienne, et un archer du nom de Richard. On partit le soir, à la brune, afin de cheminer la nuit, pour échapper aux ‘© Bourguignons
Baudricourt accompagna la petite troupe jusqu'à la haute porte voütée, flanquee de poivrières, qui s'ouvrait sur les remparts de Vaucouleurs. Il vit s'éloigner la jeune fille. 11 la suivait d'un œil sceptique et lui criait encore, au moment où, parvenue au coude de la route, elle se retournait pour lui faire un signe d'adieu :
« Va! va! et advienne que pourra ! »
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La première étape se marqua à Saint-Urbain, où Jeanne logea dans l’abbaye, dont le supérieur était parent de Baudricourt. Elle passa avec ses compagnons par Auxerre et Gien, et arriva, le 4 ou $ mars, à Sainte-Catherine-de-Fierbois, au sud de la Loire, sa dernière halte avant Chinon. Là se dressait, sous le vocable de la sainte chère à la jeune fille, une chapelle fréquentée des hommes d'armes qui venaient y remercier sainte Catherine de les avoir protégés dans les combats. Nombre d'entre eux avaient accroché ou déposé leurs armes dans le lieu saint, en manière d’ex-voto. La petite église en était remplie. On pense avec quelle curiosité Jeanne visita le sanctuaire où tout s'adressait à son imagination. Dans la suite, de Tours ou de Chinon — car lorsqu'elle en parlera, ses souvenirs seront sur ce point assez confus — elle enverra un armurier y chercher une épée qui se trouvait déposée près de l'autel, épée dont elle se servira dans la première partie de sa carrière militaire.
De Fierbois, Jeanne fit écrire à Charles VilNune lettre-où elleluir annonçait son arrivée. Le 6 mars, vers le milieu du jour, elle entrait dans Chinon.
La terrible défaite, subie le 12 février auprès de Rouvray-Saint-Denis, et connue sous le nom de ‘‘ Journée des Harengs , semblait avoir porté le dernier coup à la cause des Valois. Orléans était sur le point de succomber sous les attaques des Anglais.
Le trésor était à sec. Pour comble de malheur, dans le conseil même du rot, comme à la tête de ses armées, ses principaux auxiliaires se querellaient : les ‘ brouillis ” touchant le fait du gouvernement, dont parle la chronique de la Pucelle. Le sire de La Trémoille, favori de Charles VII et son conseiller le plus écouté, faisait à ce moment une suprême démarche auprès du roi d'Aragon pour obtenir de lui le secours d'une armée; mais, en échange, Alphonse V demandait le Languedoc : ceut été lui céder la majeure partie de ce que le roi conservait encore de son domaine.
Comment croire qu'en de telles circonstances, une fille de campagne pût apporter en ses jeunes mains la résurrection et le salut? Ni la lettre écrite par Baudricourt, ni celle que Jeanne avait fait partir de Fierbois, n'étaient parvenues au roi; elles n'avaient pas franchi le cercle de ses familiers. Jean de Metz, cependant, et Bertrand de Poulengy parlaient avec une conviction communicative à tous ceux qu'ils abordaïent. Au cours du voyage qu'ils venaient d'accomplir, depuis Vaucouleurs jusqu'à Chinon, ils avaient appris à apprécier la jeune fille. Son endurance et sa vigueur, et l'esprit avisé dont elle avait fait preuve au cours de cette chevauchée à travers des terres occupées par l'ennemi, les avaient remplis d'étonnement.
Et puis, se disait-on à Chinon, la petite troupe n'avait-elle pas été mise
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en route par Robert de Baudricourt, le vaillant châtelain qui avait rendu son nom fameux par la ténacité avec laquelie il se défendait, en son petit domaine, contre Anglais et Bourguignons ?
— Il me semble, disait au roi un de ses conseillers, qu'il ne peut mal advenir d'une audience consentie à la dite Pucelle.
Il ne vous peut sourdre ne nuire :
Vous oïriez bien un moulin bruire Ou un bateleux (sonneur de cloches) par les champs.
— Évidemment. Et le roi se décida à recevoir la Pucelle.
Elle fut introduite auprès de lui le 8 mars, à la nuit tombante. Près de trois cents chevaliers remplissaient la salle du château, où cinquante torches répandaient leur lumière en brasillant; des bourrées crépitaient sous le manteau de la haute cheminée conservée jusqu'à nos jours. Jeanne s'avança vers le roi. Son sentiment très fin, et dont elle donna tant de preuves par la suite, le lui avait indiqué parmi la foule. L'attitude de la jeune fille était très simple, très calme : elle était si sûre de sa mission. Elle restait modeste et avenante. Elle dit à Charles en s'inclinant :
« Très noble Dauphin, je suis venue de la part de Dieu pour vous aider, vous et votre royaume. »
Sa voix douce et claire, sa beauté agreste dans la fleur de sa dix-huitième année, ses mouvements jeunes et francs, prévenaient en sa faveur.
« Roi, lui disait la Pucelle, soyez toujours humble et doux envers Dieu, et il vous aidera. »
Charles VII se promenait le lendemain sur les bords de la Loire avec ses familiers, quand il s'arrêta, surpris de voir avec quelle grâce et quelle assurance la Pucelle venue de Vaucouleurs y courait une lance sur un destrier. Le jeune due d'Alençon, qui accompagnait le prince, en fut saisi d'un enthousiasme qui ne devait plus faiblir. De ce jour, il ne cessera d'être pour Jeanne un ami sûr et dévoué.
Elle s'était acquis, d'autre part, la bienveillance d'Yolande d'Aragon, reine de Sicile, la belle-mère de Charles VII, femme d'un esprit droit et sensé et qui exerçait, sur l'esprit de son gendre, l'influence la meilleure.
Le roi, cependant, hésitait encore à s en remettre aux hardis conseils de Jeanne et à lui confier l’armée qu'elle demandait pour marcher à la rescousse d'Orléans. Et il prit la décision de la faire examiner par une assemblée de prélats et de docteurs qui se réuniraient à Poitiers, sous la présidence de l'archevêque de Reims, son chancelier. Cet examen de plusieurs semaines occupa la fin du mois de mars. Jeanne parut devant ces hommes d'église, ses juges, comme elle avait paru à la cour : simple et modeste, intelligente et naturelle, gaie sans éclats. Si grande était la confiance dont sa mission la remplissait, qu'elle la transmettait à ceux qui se trouvaient en rapport avec elle. Et les plus sceptiques parfois, ceux qui avaient raillé l'étendue et l'invraisemblance de ses projets, la