ES PA
LP
ne 2 ET 2.
22 INEPAINENENNIDEAIRI®
quittaient ensuite, non seulement acquis à sa cause, mais émus dans le fond du cœur par tant de beauté morale, par tant de foi, par tant d'ardeur : « Aucuns mesme, en retournant, pleuraient à chaudes larmes. »
Elle répondait aux femmes qui s'étonnaient de son travesti
« Je crois bien qu'il vous semble étrange et non sans cause; mais il faut, pour ce que je me dois armer et servir le gentil Dauphin en armes, que je prenne habillement profane et nécessaire pour cela; et aussi, quand je serai entre Îles hommes, je serai plus convenable habillée comme eux. »
L'un des ‘‘enquesteurs” de Poitiers, le professeur Aymeri, lui objectait :
— Si Dieu veut délivrer la France, il n'a pas besoin d'hommes d'armes.
— En nom Dieu, les gens d'armes batailleront et Dieu donnera la victoire.
Et telle sera toujours sa bonne devise: «Aïde-toi, le ciel taidera» ou bien encore : « Vive labeur! »
— Quel langage parlent vos voix ? lui demandait le dominicain Séguin, docteur limousin et qui en témoignait par la saveur de son accent.
— Un meilleur langage que le vôtre.
Et comme un de ces bons pères se risquait à s'enquérir si elle croyait en Dieu:
— Plus que vous n'y croyez vous-même.
De cette humeur combative, elle restera toujours.
Combien, à tous ces savants, ergoteurs et diserts, elle préférait ses chers hommes d'armes.
Comme elle sortait, certain jour, de ces longues argumentations, Jeanne rencontra, au seuil de la maison où elle demeurait, un jeune soldat, Gobert Thibault.
« Elle me frappa sur l'épaule, rapportera-t-il, en me disant qu'elle voudrait bien avoir beaucoup d'hommes d'armes d'aussi bonne volonté que mot. »
Cependant, l'assemblée des docteurs réclamait de Jeanne un ‘signe’ : un signe manifestement divin, par lequel apparaitrait le caractère providentiel de sa mission. Elle répondait qu'elle ne voulait pas tenter Dieu. Au reste, son ‘‘signe” ne serait-il pas la délivrance d'Orléans, puis, le sacre à Reims où elle mènerait couronner le Dauphin? Mais les juges insistaient; ils voulaient un signe immédiat. Et Jeanne, en ses ardentes prières, s'en remettait à Dieu, à sainte Catherine et à sainte Marguerite et à l'archange saint Michel.
Les interrogatoires prirent fin et Jeanne revint à Chinon. Elle était impatiente de partir pour Orléans à la tête des hommes d'armes qu'elle suppliait le roi de lui confier. Seule dans sa chambre, elle se désespérait de tant d'hésitations et de retards. Par la fenêtre, elle avait suivi le déclin du soleil sur la Vienne ; son regard se perdait dans la brune qui estompait la fraiche verdure de ces premiers jours d'avril; quand elle se retourna, l'archange saint Michel entrait dans sa chambre, suivi de ses phalanges divines : des anges en foule, dont les uns avaient des couronnes et les autres de longues ailes d'un blanc éclatant. L'archange était accompagné de sainte Catherine et de sainte Marguerite. II tenait entre ses mains une couronne d'or ciselé, d'une valeur inestimable. L'ange