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fit signe à Jeanne de le suivre. La jeune fille se leva, prit son chaperon, mais, par respect pour l'ange et pour les saintes, elle ne voulut pas s’en couvrir. Accompagnée du radieux cortège, elle pénétra dans le château du roi, dont la tour du Coudray était voisine; elle en gravit le degré de pierre qui menait à la salle principale, où elle pénétra avec l’archange qui marchait auprès d'elle en la tenant d'une main, tandis que, de l’autre, il portait son merveilleux fardeau. C'était le signe que Dieu envoyait à Jeanne, touché de ses humbles prières. L'ange savança sur la longueur d’une lance, depuis le seuil de la porte, jusqu à l'endroit où se tenait le roi. [Il marchait à terre. Auprès du roi se trouvait l'archevêque de Reims. L'ange, après s'être incliné devant le prince, remit entre les mains de l'archevêque, pour le sacre de Reims sans doute, la couronne envoyée par Dieu. Puis, se retournant vers le roi, il lui dit « quil ne pouvait plus douter, quil auroit le royaume de France entièrement, à l’aide de Dieu et moyennant le labeur de la Pucelle; et quil la mît en besogne, c'est à savoir quil lui baïllât gens d'armes, afin quil fût bientôt couronné et sacré. »
Et Jeanne, qui sinclinait à son tour devant son prince, lui indiquait la couronne d'or :
« Sire, voilà votre signe, prenez-le. »
Outre Regnault de Chartres, se trouvaient auprès de Charles VII, le duc d'Alençon, le sire de La Trémoïlle, Charles de Bourbon et la foule des courtisans. Ils virent la couronne, dira Jeanne, mais ils ne virent pas l’ange qui l'apportait, lequel ne fut aperçu que du roi. Enfin, saint Michel se retira, suivi de ses lumineux compagnons. Il emmena la jeune fille dans un oratoire voisin, où 1l la laissa en prières. Et plus d'une heure, Jeanne y demeura, étendue sur le sol, les bras en croix, remerciant Dieu pour son infinie bonté.
Avant de se retirer, Jeanne avait demandé au roi s'il estimait posséder enfin à son sujet les garanties désirées ; à quoi Charles avait répondu quil aurait désormais confiance en elle : il venait de recevoir communication des conclusions rédigées par les clercs de Poitiers. En Jeanne, disaient-ils, on ne pouvait trouver que bien, humilité, simplesse et droiture.
DR ORNE AENES
Des provisions et des vivres avaient été rassemblés à Blois pour les habitants d'Orléans qui luttaient héroïquement, désespérément, depuis le 28 août 1428, contre les armées anglaises. Mais comment les leur faire parvenir? Les assiégeants avaient entouré la place d'une ceinture de ‘‘bastilles”, tours et redoutes encloses de fossés, qui en fermaient l'accès. Les boulevards et les faubourgs de la ville
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étaient déjà tombés entre leurs mains. « Et de vrai, écrit un contemporain, si les Anglais prenaient Orléans, ils pourraient très facilement se faire seigneurs de France et envover le Dauphin quérir son pain à l'hôpital.» Or, la situation de la ville était désespérée. Le roi et son conseil se décidaient à mettre Jeanne à l'épreuve, en la chargeant de faire pénétrer dans Orléans les vivres réunis à Blois.
« Je leur ferai mener les vivres, répondit-elle gaiement, par mon martin! » C'était son exclamation familière, comme si elle avait dit : “par mon bâton”.
Et le roi, après avoir choisi pour veiller sur la Pucelle, un sage et prudent écuyer, Jean d'Aulon, lui fit faire à Tours, ville célèbre par ses armuriers, un ‘blanc harnais”, c'est-à-dire une armure de guerre en plates d'acier, et lui donna à son désir un destrier blanc et des éperons d'or. Elle-même se commanda une bannière, une longue bannière en toile de lin blanche, où, sur un semis de fleurs de lis d'or, elle fit peindre, par un artiste écossais, un Dieu de majesté assis sur un arc-en-ciel, tenant d'une main le globe du monde et levant l’autre pour bénir, entre deux anges agenouillés ; et, pour devise, elle y fit écrire ces mots qui étaient gravés sur la bague que lui avait donnée sa mère : Jhesu-Maria.
Le roi avait réuni, pour être placés sous ses ordres, dix mille hommes.
— Mais les saurez-vous conduire ?
— Par mon martin, ils seront bien menés !
Et Jeanne arriva à Blois,.avec ses soldats, le 27 avril. Avant d’en repartir, elle dicta pour les chefs de l’armée anglaise une lettre par laquelle elle les sommait de lever le siège d'Orléans et de retourner dans leur pays. Le convoi des provisions, chariots de blé et bétail, destinés à la ville assiégée, fut ordonné en hâte, et l'on se remit en route (28 avril).
À dire vrai, les hommes de guerre trouvaient que l’armée en marche, sous les ordres de la Pucelle, offrait un singulier aspect. En tête, venaient des prêtres qui chantaient le Ven: Creator. Puis, la blanche bannière, dont les porteurs avaient dû, au moment du départ, recevoir les sacrements, suivait Jeanne, en sa brillante armure, entourée des principaux capitaines. «En chevauchant, elle portoit aussi gentiment son harnois que si elle n'eût fait autre chose de sa vie.» Enfin, la masse de l'armée.
Sans consulter la Pucelle, et contre son gré, les chefs militaires lui firent prendre la rive gauche de la Loire, la Sologne; Orléans et les forces anglaises se trouvaient sur la rive droite, en Beauce. Il est vrai que la route adoptée avait
l'avantage d'offrir toute sécurité. A cette date, les Français, échaudés en vingt
rencontres, tremblaient encore à l'approche des Anglais. On coucha à la belle étoile la nuit du 28 au 29 avril; le 29, Jeanne et ses compagnons arrivaient en vue d'Orléans, mais pour constater l'impossibilité de faire traverser le fleuve à une armée nombreuse. C'était donc Jeanne qui avait eu raison en voulant quon prit la rive droite, et il fallut remonter jusqu à Blois, d'où l'on était parti, pour revenir sur Orléans par le chemin que la Pucelle avait désigné dès le premier moment. Quant à Jeanne elle-même, elle réussit à traverser le fleuve avec une
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partie des vivres : bœufs et moutons, banneaux remplis de blé, conserves de porc salé, qu'elle fit embarquer sur des chalands et des sentines, larges bateaux plats, avec lesquels elle parvint sous les murailles de la ville assiégée.
Et c'est ainsi que s'accomplissait déjà une partie des promesses qu'elle avait faites. Les vivres, que les Orléanais avaient attendus - avec tant d'impatience, étaient entre leurs mains. L'imagination des assiégés s'en enflammait, elle exaltait leur enthousiasme. Le jeune et brave Dunois, qui exerçait dans la ville les fonctions de lieutenant du roi, décida que, pour éviter une trop grande affluence et des désordres possibles, la jeune fille n'entrerait dans la ville qu'après nuit close. La foule n'en fut pas moins énorme; elle criait : Noël! Noël! Jeanne savançait sur son cheval caparaçonné de drap blanc battu d'or. Autour d'elle, des porteurs de torches, dont les lueurs mouvantes se répétaient en chauds reflets sur sa luisante armure. Et les Orléanais qui, la veille encore, «se trouvoient en si grand doubte de non estre secoururz et perdus tous corps et biens, se sentoient déjà tout réconfortez et comme désassiégez, par la vertu divine quon leur disoit estre en ceste simple pucelle, qu'ils regardoient moult affectueusement. »
Aussi lorsque le lendemain, dimanche 1 mai, avec un cortège d'hommes de guerre, elle parcourut les rues de la ville, les gens se précipitaient-ils sur son passage, au risque de se faire fouler par les chevaux.
Le mercredi 4 mai, arrivèrent les troupes qui étaient remontées jusqu à Blois. Aussitôt, Jeanne ordonna de faire sonner les trompettes ; son étendard fut porté par les rues, groupant les combattants et, après avoir fait ouvrir la porte de Bourgogne, à l’est de la ville, elle marcha par la route d’Autun sur la bastille, dite de Saint-Loup, construite sur le bord du fleuve, laquelle, à la surprise des Français eux-mêmes, fut emportée d'un seul élan. La redoutable ceinture de sable et de pierres, dont sept mois de travaux incessants avaient entouré la ville assiégée, était déchirée.
Le lendemain, jeudi $ mai, était jour de l'Ascension. Jeanne ne voulait pas qu'en la fête du Seigneur, du sang fut répandu. Heures de répit quelle mit à profit pour faire aux assiégeants de nouvelles propositions de paix : elle les leur fit lancer, écrites sur une feuille de parchemin qu'on enroula autour d'une flèche, puisque aussi bien, leur disait-elle, ils avaient arrêté, contre tout droit, les hérauts d'armes qu’elle leur avait précédemment envoyés.
Un pont de dix-huit arches faisait communiquer Orléans avec la rive droite du large fleuve ; mais les assiégés l'avaient rompu vers le milieu pour empêcher l'invasion de la ville par les Anglais maîtres du fort des Tourelles, — deux tours principales flanquées de tourelles coiffées en poivrières — construit à l'extrémité méridionale du pont. Jeanne vint jusqu'au bout de la dernière des arches conservées et, de là, penchée sur le fleuve, en s'adressant aux Anglais qui se pressaient aux ouvertures pratiquées dans les murailles et aux créneaux du fort, elle renouvela ses exhortations. Mais les Anglais, le capitaine notamment qui commandait dans la citadelle, lui répondirent par de telles grossièretés, que la
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