‹ Jeanne d'ArcChapitre 7 sur 19 · IN EINE EMI) ARC · texte numérisé non relu

IN EINE EMI) ARC

jeune fille en versa des larmes. Du moins avait-elle fait tout ce qui dépendait d'elle pour éviter un nouveau carnage.

Dès le vendredi 6 mai, traversant le fleuve avec ses hommes, dans des barques et des chalands, elle donne l'assaut à la bastille Saint-Jean-le-Blanc, bondée d’Anglais. Au milieu de la mêlée, sous les traits, les carreaux et les pierres que faisait pleuvoir l'ennemi, elle criait aux siens, en agitant son enseigne : « Au nom Dieu ! hardi! en avant! en avant ! » Une partie seulement des siens l'avaient suivie; les autres étaient demeurés avec ceux des capitaines qui estimaient que la Pucelle menait vraiment les affaires par trop vivement ; mais l'impulsion donnée était telle que la bastille Saint-Jean-le-Blanc fut emportée comme l'avait été la bastille Saint-Loup, en coup de vent. Les Anglais, au nombre de plusieurs centaines, furent passés au fil de l'épée et Jeanne ordonna de mettre le feu à la construction, comme elle l'avait déjà fait pour Saint-Loup l’avant-veille. Après quoi, ses hommes pensaient qu'on allait rentrer dans la ville : Jeanne les entraina à l'assaut de la bastille des Augustins. Celle-ci avait été établie par les Anglais, dans le couvent de ce nom, en face du fort des Tourelles. Comme Saint-Loup et Saint-Jean-le-Blanc, les Augustins succombèrent sous la rafale guerrière que l'héroïne déchainait.

Au moins, pensaient les Français, nous allons à présent rentrer dans la ville.

— Par mon Martin, déclarait Jeanne, j'aurai demain les tours de la bastille du pont (les Tourelles); je ne rentrerai dans Orléans, qu'elles ne soient dans Îles mains du bon roi Charles ! |

Représentons-nous la topographie des lieux.

Jeanne est sur la rive gauche de [a Loire, en Sologne ; en face, Orléans s'étend sur la rive droite. Un pont fait communiquer la ville avec la rive opposée, dont l'entrée, sur cette rive opposée, est défendue par un fort, les Tourelles. Au début du siège, les Anglais avaient construit, comme 1l vient d'être dit, vis-à-vis des Tourelles, la bastille des Augustins. Après quoi, ils s'étaient rendus maitres des Tourelles, ce qui avait obligé les Orléanais de rompre le pont pour empêcher leurs ennemis, devenus maîtres de la forteresse qui en commandait l'entrée, de pénétrer dans la ville.

Jeanne veut profiter de l’ardeur, de la confiance qu'elle a inspirées à ses hommes, de la terreur dont ses rapides exploits ont rempli les Anglais. « Jamais, je n'ouïs parler de telle, s'écrie Suffolk, leur capitaine, si ce n'est diable d'enfer ! » Au reste, n'est-ce pas ce qui caractérise principalement sa ‘‘ manière ” et qui constitue peut-être toute sa stratégie ? aller sans cesse et immédiatement en avant.

Le lendemain, 7 mai, dès l'aube, Jeanne lance contre les Tourelles un assaut furieux. « Qui m'aime me suive! » s'écrie-t-elle. Français et Écossais avancent en cohortes pressées les yeux sur sa bannière blanche. Les échelles sont dressées, Jeanne y monte la première, mais elle est frappée d'un vireton qui traverse l'épaulière de son armure. Les Anglais poussent des cris de triomphe : la ‘ sorcière ” est blessée, son charme en doit être détruit; mais à peine s'est-elle retirée un instant du combat, pour donner à un praticien le temps de mettre

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