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sur sa blessure de l'huile d'olive et pour adresser une prière à Dieu, que, guérissant son mal à force d'énergie et de volonté, Jeanne reparaît ardente, vaillante, pour reprendre l'assaut où elle remonte entre les premiers. Les Français trépignaient. Jeanne leur criait
« Amis, ne doutez, la place est à vous ! »
Tandis que les Anglais, en retrouvant l'enfant radieuse, heureuse, à la même place où, quelques heures auparavant, ils l'avaient vue tomber couverte de sang, furent effrayés. “ La sorcière! ” criaient-ils, les yeux hagards, en désignant du doigt la fine silhouette vêtue d'acier. À ce moment, les Orléanais s'avançaient sur le pont par la rive opposée, pour attaquer les Tourelles de leur côte et prendre les ennemis à revers. Pour y parvenir, ils jetaient une passerelle faite de planches de bois reliées et consolidées par des lames de fer, par-dessus l'arche du pont qui avait été rompue.
Mais le soir approchait. L'entrain des Français semblait faiblir et leurs capitaines, étourdis par cette nouvelle manière, pareille à un vent de tempête, d'assaillir les forteresses les unes immédiatement après les autres, proposaient de remettre la suite au lendemain :
« Suivez-bien mon étendard, répondait Jeanne — elle venait de le confier à un soldat basque qui combattait à ses côtés — suivez l'étendard jusqu'au moment où la queue en touchera aux parois des tours. »
Le Basque allait de l'avant, enhardi et fier, à la tête d'une poignée de coustiliers. L'un d'eux s'écrie : « La queue de la bannière touche le mur! » Dunois venait de faire sonner la retraite, mais c'était aux ordres de Jeanne que l’on s'attachait :
« La bannière touche le mur, criait-elle, hardi! et entrez, tout est à vous! » « Et oncques ne vit-on volée d'oisillons eux parquer en un buisson comme chacun monta contre le dit boulevard. »
À peine les Anglais, frappés d'épouvante, se défendirent-ils encore.
C'est ainsi que, le vendredi 7 mai 1429, les Tourelles d'Orléans furent reprises.
Et comme les Orléanais fermaient la retraite de l’autre côté du pont, les Anglais furent massacrés pour la plupart. Sous la poussée des assællants, nombre d'entre eux se précipitèrent dans le fleuve, où, entraînés par leurs armures de fer, ils coulèrent à pic. Les survivants furent emmenés prisonniers dans la ville, pieds nus, liés de cordes, deux à deux.
Douloureusement blessée à l'épaule vers le milieu de la journée, Jeanne n'avait rien mangé depuis le matin; elle avait soutenu tout l’eflort de l'attaque, infatigable sous son armure de fer; et le soir la trouvait encore vaillante, allante, joyeuse. De la nuit clause à l'aube crevée, les clochers d'Orléans firent retentir des chants de gloire ; les feux de joie s'allumaient aux carrefours ; rues et venelles repétaient en échos sonores : « Noël! Noël! » tandis que Îles buccines de cuivre sonnaient des marches de triomphe.
Le lendemain, ce qui restait de l’armée anglaise levait le camp. Vêtue dun jaseran, ce qui veut dire d'une cotte de mailles légère, Jeanne vint sur les
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remparts d'où elle observa les ‘‘ croix rouges ” qui levaient le camp.
Jeanne ne voulait pas qu'on poursuivit les Anglais, qu'on les massacrât dans leur retraite. N'avait-on pas atteint le résultat désiré, la levée du siège ? Et ce beau dimanche de mai, qui s'ouvrait sous un ciel baigné de lumière, au son des cloches bénites qui sonnaient allègrement, ne devait-il pas être consacré entièrement à Dieu, en actions de grâces et en prières ?
VW. — REIMS
La délivrance d'Orléans produisit un effet immense, non seulement en France, mais au-delà des frontières. Le courage des Français, amorti par tant de revers, en renaissait avec une force nouvelle. Christine de Pisan le disait en son cher langage :
L'an mil quatre cent vingt-neuf, Reprint à luire le Soleil.
Voici que, de toutes parts, les hommes d'armes accouraient pour se ranger sous la bannière de linon blanc, heureux de combattre à son ombre, dussent-ils le faire à leurs propres dépens : «Si y venoient de toutes parts, croyant fermement que la dite Jeanne venoit de par Dieu, et plus pour cette cause que en intention d’avoir soldes ou profits du roy.» Ce qui suit est plus touchant encore : «Et plusieurs gentilshommes, non ayant de quoy eux armer et monter y alloient comme archers et coustiliers (serviteurs des hommes d'armes), montés sur petits chevaux. » Quand de pareils mouvements se produisent au sein d'un pays, la victoire fugitive revient sous ses drapeaux.
Les Anglais, au contraire, s'épouvantaient. «Or, auparavant quelle arriva, lisons-nous dans la Chronique de la Pucelle, deux cents Anglais chassaient aux escarmouches cinq cents Français: et, depuis sa venue, deux cents Français chassèrent quatre cents Anglais.» Telle fut la panique semée parmi les ‘* croix rouges”, que Bedford dut faire expédier des lettres aux capitaines établis par lui dans les ports de France, pour leur ordonner d'arrêter les déserteurs qui y affluaient en réclamant des bateaux pour repasser la Manche ou la mer du Nord: tandis que l'on ne parvenait plus à embarquer, en Angleterre, les soldats destinés à la campagne de France.
L'apparition de la Pucelle eut, pour la cause de Charles VII, un autre effet non moins important. Nous avons déjà indiqué la division qui s'était introduite parmi ses conseillers et ses capitaines. Par son autorité surnaturelle, Jeanne rétablit l'union entre eux. Cependant, elle ne parvint pas à déterminer le roi à marcher sur Reims immédiatement après la levée du siège d'Orléans. La ville du sacre se trouvait au cœur d'un pays encore occupé par l'ennemi et 1l semblait plus expédient de commencer par ‘‘nettoyer” les bords de la Loire.