‹ Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 52 sur 110 · LA RÉHABILITATION · texte numérisé non relu

LA RÉHABILITATION

n'en pouvait soulever les voiles sans en mettre au jour les violences, ni Tabolir sans frapper de réprobation aux yeux du monde ceux qui l'avaient dirigé. L'enquête demeurait donc sans résultat, et la révision semblait devoir avorter, quand Charles ^'II imagina d'écarter ce qu'il y avait de politique dans une instance formée au nom d'une cour contre un jugement rendu au nom d'une autre : ce ne fut plus le roi de France qui se mit en avant, ce fut la famille de Jeanne, renouvelant auprès du souverain pontife cet appel que les juges de la Pucelle n'avaient point accueilli.

Fig. 04. — .Médaille J'or de l'année hSi, frappée en mémoire de l'expulsion des Anglais. L'original, conservé au cabinet des médailles , à Paris, a 82 millimètres de diamètre. On lit en légende :

Qaant je fu faîct sans âifernnce Au prudent roi ami de Dieu On obéîssoit partout en France Fors à Calais qni est fort lieu

D'or fin suis extrait de dncas Et fut fait pesant TTII caras En l'an que verras moi tournant Les lettres de nombre prenant.

Les deux derniers vers ont besoin d'explication. Dans la légende du côté opposé figurent huit V, onze I, trois C, un M et deux L, qui, comptés chacun pour leur valeur numérique et additionnés, donnent 1 + 51 pour la date fixée parle chronogramme.

L'afl'aire redevenait privée, et rien n'empêchait plus le pape de faire justice, sans qu'il parut prendre parti pour la France contre l'Angleterre. Or, tout criait contre l'arrêt de Rouen, car on n'avait pas seulement, pour voir clair dans cette iniquité, les dépositions recueillies soit par Guillaume Bouille, soit par le cardinal d'Estouteville et par son délégué : on avait le procès même de la Pucelle. Ce procès, les interrogatoires officiels de Jeanne , et non plus seulement les douze articles, avaient été soumis à leur tour à des docteurs impartiaux, et ils avaient rendu des avis qui pouvaient, comme

le reste des pièces juridiques, être soumis à rexamen du souverain pontife. Dans le nombre, le procès de révision a gardé deux Mémoires, l'un de Théodore de Ldiis, auditeur de rote en cour romaine; l'autre de Paul Pontaniis, avocat au consistoire apostolique; et le premier est déjà une réhabilitation de la Pucelle. Le grave docteur, rapprochant de chacune des

Fig. i55. — I.e cardinal Guillaume d'Estouteville vient en I45i auprès de Charles VU, avec le titre de léjjat du pape. — En 1452, il accorda des indulgences pour la fête du 8 mai à Orléans ; en 1450, à l'instigation de Charles VU, il procéda lui-même avec un grand zèle aux informations juridiques du procès de la réhabilitation de la Pucelle. — Miniature de la Chronique de Charles Vil, par Jean Chartier, ms. du .W-" s., conservé à la biblioth. nat., n" 2691 fonds fr.

allégations comprise aux douze articles les faits établis par le procès, donne dès lors tous les arguments de bon sens et de bonne foi qui renversent cet échafaudage de diffamation et d'hypocrisie, et ne laissent plus voir que l'innocence, la vertu et la grandeur de Jeanne d'Arc, à réternellc confusion de ses juges et de ses bourreaux.

Ce fut Calixte III, élu le N avril 1435, qui, le 11 juin de la même année, accueillit la requête de la mère de Jeanne et de ses deux frères;

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et, par un rescrit adressé à l'archevêque de Reims et aux évêques de Paris et de Coutances, il les désigna pour reviser le procès, en s'adjoignant un inquisiteur.

Ce procès nouveau, qui devait donner enfin le vrai jugement de T Eglise sur Jeanne et sur sa mission , s'ouvrit avec une grande solennité. Le 7 novembre 1455, Farchevêque de Reims, Tévèque de Paris et l'inquisiteur Jean Bréhai siégeant à Notre-Dame de Paris, Isabelle, mère de Jeanne, accompagnée d'un de ses fils et d'un nombreux cortège , vint déposer devant eux sa demande et le rescrit du souverain pontife qui l'avait accueillie. Sept à huit mois furent consacrés aux formalités de la procédure et à la poursuite des enquêtes. Le jeudi i3 mai, après plusieurs ajournements, les procès- verbaux en furent reçus par les juges et mis à la disposition de quiconque y voudrait contredire. Assignation fut donnée pour le faire au l'^'^juin.

La lumière brillait enfin de tout son éclat sur Jeanne et sur ses juges. De toute part s'étaient élevées des voix qui rendaient témoignage à la Pucelle. Les anciens de son pays , les compagnes de son enfance , les compagnons de sa vie militaire : Dunois, le duc d'AIenœn, le vieux Raoul de Gaucourt, Louis de Contes, son page, d'Aulon, son écuyer, Pasquerel, son confesseur; et ceux qui l'assistèrent dans la prison et jusque sur le bûcher, Isambard de la Pierre , Martin Ladvenu ; les assesseurs mêmes et les officiers de ses juges, le greffier Manchon, l'huissier Massieu, venaient tour à tour reproduire quelque trait de cette belle figure. On retrouvait dans leurs dépositions la vie pure, simple et retirée de la jeune fille au fo\er paternel, jusqu'au nioment où elle se vit appelée à délivrer la France*, la même pureté de mœurs, la même simplicité qui était de sa nature, avec la fermeté de langage et l'accent d'autorité qu'elle tenait de son inspiration, tout le temps qu'elle parut soit à la cour, soit à l'armée ; et depuis qu'elle tomba aux mains de ses ennemis, sa constance dans les rigueurs de la prison, sa hardiesse dans les épreuves du tribunal , avec ses illuminations soudaines qui jetaient un jour accablant sur les machinations de ses juges; enfin sa ferme croyance à la mission qu'elle avait reçue, jusqu'au jour où, après avoir pavé le tribut à la faiblesse de la femme devant les apprêts du supplice, elle se releva par un sacrifice volontaire d'une défaillance plus apparente que réelle, et couronna sa vie de sainte par la niort d'une martyre.

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