LE C H A M P I O
C'est mal entendu, grosse teste, Respond Franc-Vouloir prestement.
De quants saints faisons nous la feste Qui moururent honteusement!
C'est mal compris, grosse tête.
Répond Franc- Vouloir prestement.
De combien de saints faisons-nous la fête Qui subirent une mort honteuse!
ÉCLAIRCISSEMENTS
Pense à Jhesus premièrement Et puis à ses martirs bcnois ; Sy jugeras evidamment Qu'en ce fait tu ne te congnois.
Gueres ne font tes argumens Contre la Pucelle innocente, Ou que des secrez jugemens De Dieu sur elle pis on sente;
Et droit est que chacun consente A lui donner honneur et gloire Pour sa vertu très excellente, Pour sa force, pour sa victoire.
Pense à Jésus premièrement Et puis à ses martyrs bénis.
Et tu jugeras qu'évidemment En ce tait tu ne te connais.
Guère ne valent tes arguments Contre la Pucelle innocente , Ils ne font point que des secrets jugements De Dieu sur elle on aie plus mauvaise opinion ; Et il est juste que chacun s'accorde A lui donner honneur et gloire Pour sa vertu très-e.\cellente , Pour sa force , pour sa victoire.
Né en i43o, mort en i3o8, Martial d'Auvergne, procureur au Parlement et notaire du Chàtelet, termina en 1484 une sorte de chronique rimce
Fis. 209. — Martial d'Auvergne présente les Vig'iles du roi Charles VII, dont il est l'auteur, au jeune roi Charles VIll. Ms. fr., a° 5034, à la biblioth. nat. Cet ouvrage, commencé sous Louis XI, avait été terminé en 1.(84.
qu'il offrit à Charles VIII SOUS le titre de yii^ilt's du roi Charles fV/. Il a recueilli dans cet ouvrage, lequel dans son ensemble offre de très-grands rapports avec la chronique de Jean Chartier, un bon nombre de souvenirs, de traditions populaires, qui lui donnent en maint endroit une valeur originale. Le passage qui a trait à la Pucelle s'inspire, comme les vers de
Christine de Pisan et de Martin le P>anc, de l'image réelle que les actions de riiéroîque vierge avaient imprimée d'elle au cœur de la France, et que n'avaient point encore effacée les conceptions fausses qui avec le temps la recouvrirent. Martial d'Auvergne a de plus une qualité qui lui est propre: c'est l'élégante facilité de son style et de sa versification. Comme il nous montre la vraie Jeanne d'Arc, que sa poésie est simplement de l'histoire, et que de plus l'expression en est heureuse ', on doit dire à son honneur qu'il est un de ceux qui se sont approchés le plus près de ce but presque impossible à toucher : faire des vers sur la Pucelle qui ne laissent point trop désirer la prose. Je n'hésiterais pas, pour ma part, à proposer aujourd'hui encore pour modèle aux poètes qui se sentiraient assez hardis pour tenter l'épreuve, les quatrains de Martial d'Auvergne.