‹ Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 73 sur 110 · TEXTE · texte numérisé non relu

TEXTE

En ceste saison de douleur Vint au roy une bergerelle Du villaige de Vaucoulleur, Qu'on nommoit Jehannc - la Puccll

C'estoit une povre bergiere Qui gardoit les brebiz es champs , D'une doulce et humble manière , De l'aage de dix huit ans.

Devant le roy on la mena ,

Ung ou deux de sa congnoissance ,

Et alors elle s'enclina

En luy faisant la révérence.

Le roy par jeu si alla dire :

M Ha! ma mye , ce ne sui je pas. «

A quoy elle respondit : « Sire ,

« C'estez vous, ne je me faulx pas. n

« Ou nom de Dieu, si disoit elle,

" Gentil roy, je vous meneray

« Couronner à Rains, qui que veille

Cl Et siège d'Orléans ■* leveray. »

Le feu roy sans soy esmouvoir Clercs et docteurs si fistcslire.

Pour l'interroguer et savoir Qui la mouvoir de cela dire.

TR.A.DUCT10N.

En ce temps de douleur Vint au roi une bergerette Du village de Vaucouleurs, Qu'on nommait .leanne la Pucelle.

C'était une pauvre bergère Qui gardait les brebis aux champs , Elle était d'une douce et humble façon, De l'âge de dix-huit ans.

Devant le roi on la mena.

Une ou deux personnes de sa connaissance ,

Et alors elle s'inclina

En lui faisant la révérence.

Le roi -par jeu se mit à dire :

Il Ha! ma mie, cela ne suis-je pas. n

A quoi elle répondit : « Sire ,

" C'est vous, je ne me trompe pas. »

« Au nom de Dieu, ainsi disait-elle,

<i Gentil roi , je vous mènerai

« Couronner à Reims, qui que ce soit qu

veuille le contraire.

Cl Et le siège d'Orléans ferai lever, n

Le feu roi sans s'émouvoir Clercs et docteurs fit choisir.

Pour l'interroger et savoir Qui la poussait à dire cela.

1 Nous n'entendons appliquer ce jugement qu'aux passages qui concernent la Pucelle.

■- Prononcez Jeannei

3 Orléans n'a ici que deux sjUabes.

JEANNi: d'arc ui. — 55

ÉCLAIRCISSEMENTS

A Chynon fut questionnée D'ungs et d'autres bien grandement .

Ausquelz, par raison assignée, Elle respondit saigement.

A Chinon fut questionnée Des uns et des autres bien grandement, Auxquels, par la lumière à elle donnée, Elle répondit sagement.

Chascun d'elle s'esmerveilla.

Et pour à vérité venir, De plusieurs grans choses parla Qu'on a veues depuis advenir.

Chacun sur elle s'émerveilla.

Et pour venir à la vérité , De plusieurs grandes choses parla Qu'on a vu depuis advenir.

Elle dist tout publicquement Que le feu roy recouvreroit Tout son royaulme entièrement Et que Dieu si luy aideroit.

Finiz lesquelz verbes et termes , Requist au roy et à ses gens Qu'on lui baillast harnoys et armes Pour s'en aller a Orléans...

Elle dit tout publiquement

Que leroi — mort maintenant — recouvrerait

Tout son royaume entièrement

Et que Dieu lui viendrait en aide.

Finis lesquels paroles et propos , Elle demanda au roi et à ses gens Qu'on lui donnât harnais et armes Pour s'en aller à Orléans...

Elle estoit très doulce, amyable , Moutonne, sans orgueil n'envye, Gracieuse, moult serviable, Et qui menoit bien belle vie.

Elle était très-douce, aimable.

Telle qu'un mouton, sans orgueil ni

Gracieuse , très-serviable ,

Et elle menait une bien belle vie.

Très que souvent se confessoit Pour avoir Dieu en protecteur, Ne gueres feste se passoit Que ne receust son Créateur.

Plus que souvent elle se confessait Pour avoir la protection de Dieu , Et guère fête ne se passait Sans qu'elle reçût son Créateur.

Mais ce non obstant les Angloys Aux vertuz et biens ne pensèrent , Ainçoys en haine desFrançoys Très durement si la traicterent.

Mais nonobstant cela les Anglais A ses vertus et bonnes actions ne pensèrent, Mais en haine des Français Très-durement ils la traitèrent.

Après plusieurs griefz et excès Inferez en maintes parties , Lui tirent ung tel quel procès Dont les juges estoient parties.

Après plusieurs injustices et excès Commis contre elle en maintes choses, Ils lui firent un procès tel quel Où les juges étaient parties.

Puis au dernier la condempnerent A mourir doloreusement.

Et brief l'ardirent et bruUercnt A Rouen tout publicquement...

Puis en fin de compte ils la condamnèrent A mourir douloureusement.

Et bref ils la livrèrcn; au feu et la brûlèrent A Rouen tout publiquement...

Ou procès de son innocence Y a des choses singulières; Et est une grande plaisance De veoir toutes les deux matières.

Au procès de son innocence Il y a des choses singulières; Et c'est un grand agrément De voir l'une et l'autre matière.

Ledit procès est enchesné

En la librarie Nostre Dame

De Paris, et fut là donné

Par l'evesque, dont Dieu ait l'ame.

Ledit procès est enchaîné Dans la bibliothèque de Notre-Dame De Paris, à laquelle il fut donné Par l'évêque. dont Dieu ait l'âme.

C'est aussi un écho de la tradition vraie qui se fait entendre dans cette strophe de Villon, en sa ballade des Dames du temps jadis :

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