‹ Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 77 sur 110 · MICHEL ANGE · texte numérisé non relu

MICHEL ANGE

Mon cliier seigneur, en grant coraige Acompliray rostre ordonnance Vers la pucelle bonne et saige ; I.e cas luy diray en présence , J'y voy, sans nulle différence, Faire vostre commandement.

Vers Robert de B.iudricourt,

Pour qu'il la fasse conduire en telle manière

A'crs le Roi , en sa cour.

l'ange MICHEL.

Mon cher seigneur, avec le plus grand zèle Je ferai ce que vous me commandez A l'égard de la pucelle bonne et sage; Je lui annoncerai directement sa mission , J'y vais , sans aucun délai , Accomplir votre ordre.

Que elle ayc bonne fiance, Sans soy esbayr nullement.

Qu'elle ait bonne confiance

Et ne s'épouvante aucunement.

Pose d'orgues. — lît yiciit devers Li Pucelle l'nc pause. Les orgues jouent. L'Ange vient gardant les brebi:^ de son ycre et <]ueusant en vers la Pucelle qui est en train de garder les linge. brebis de son père et de coudre du linge.

Jeune pucelle bien eureuse.

Le Dieu du ciel vers vous m'envoye , Et ne soyez de rien peureuse, Prenez en vous parfaicte joye.

Dieu vous mande, c'est chose vraye, Que y vieult estre avecque vous, Où vous soyez en quelque voye; Si n'ayez point doncques de poux.

Sa voulenté et son plaisir Est cjue vous aillez à Orléans, Pour Anglois en faire saillir Et lever le siège devant.

Se de vous sont contredisant , En armes vous les convaincrez.

Contre vour. ne seront puissans, Mes de tout point les subjugrez.

Puis après, y vous conviendra A Rains mener sacrer le Roy, Que ainsi Dieu vous conduira, Et Charles oster hors d'esmoy.

Combien qu'il ait beaucoup desroy Et par le présent fort à faire.

Dieu le fera paisible en soy.

Que il a ouy sa prière.

Et au seigneur de Baudricourt, "Vous luy direz que y vous mayne Incontinent, le chemin court.

Que il est vostre cappitaine.

Ainsi que c'est chose certaine, Devers le Roy vous mènera.

En abit d'omme, toute saine, Que Dieu toujours vous conduira.

Jeune pucelle bien heureuse.

Le Dieu du ciel vers vous m'envoie , Ne prenez aucune frayeur.

Ayez en vous parfaite joie.

Dieu vous mande , c'est chose vraie, Qu'il veut être avec vous , Partout où vous serez, où vous irez; Ainsi n'ayez donc point de peur.

Sa volonté et son plaisir Est que vous alliez à Orléans, Pour en rejeter au loin les Anglais Et leur faire lever le siège qu'ils ont mis devant.

S'ils osent vous contredire , Vous les convaincrez par les armes.

Contre vous ils n'auront aucune force, Mais au contraire vous les dompterez de tout

point. Puis après il conviendra Qu'à Reims vous meniez §acrer le Roi , En tout cela Dieu vous conduira , Vous tirerez Charles de ses angoisses.

Quoique ses affaires soient en grand désarroi Et que pour le présent il ait fort à faire. Dieu lui rendra l'âme paisible.

Car il a prêté l'oreille à sa prière.

Au seigneur de Baudricourt Vous direz ceci , qu'il vous mène Sur-le-champ, par le chemin le plus court, Car de cette seigneurie où vous êtes il est

capitaine.

C'est une chose tout à fait certaine Que vers le Roi il vous mènera En habit d'homme, saine et sauve, Car Dieu toujours vous conduira.

LA PUCELLE

Mon bon seigneur, que dictes vous :

Vous me faictes trop esbaye :

Cecy ne vient point à propoux, En ce je ne scay que je die.

Moy , povre pucelle, ravye Des nouvelles que vous me dictes , Sachez, je ne les entend mie, Que y me sont trop auctentiques.

Je no vous pourroye respondre Ainsi , moy , povre bergercte , Vous qui cy me venez semondrc.

Comme une simple pucelete , Gardant es champs dessus l'erbete Les povres bestes de mon père , Une jeune simpleJillcte, Vous dis sont à mon bien contraire.

LA PUCELLE

Mon bon seigneur, que dites-vous?

Vous me rendez trop ébahie :

Cela ne me paraît pas fort à propos.

Je ne sais quoi en dire.

Moi , pauvre pucelle, toute hors de moi

Des choses que vous me dites ,

Sachez que je ne les comprends pas ,

Elles sont d'un ordre trop élevé pour moi.

Je ne vous saurais répondre

Là-de.ssus , moi , pauvre bergerette ,

A vous qui me venez ainsi appeler.

Je ne suis qu'une simple pucelette ,

Gardant aux champs dessus l'herbette

Les pauvres brebis de mon père.

Une jeune et simple fillette,

Ce que vous dites est à mon bien contraire.

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