UTRE HEtlVIËHE
diterl II n'en fît donc rien ; et, sans ÏDToquer ses aneiens désaveux, sans en provoquer de nouveaux^ considérant qu'elle ne s'était jamais détacbée de ses erreurs, qu'elle s'était rendue plus coupable encore dans sa malice diabolique en simulant la pénitence sans craindre de parjurer le n<HQ de Dieu et de blasphémer son ineffable majesté ; la tenant pour obstinée^ incorrigible, hérétique et relapse^ ilproQon^ la MQteacB '.
- Après avoir invoqué la oom du Seigneur et rappelé ses en*enr&, son abjuration, sa réconciliation, sa rechute avouée, comme d'un chien qui retourne- à son vomissement, il la déclarait hérétique et relapse, et à ce titre, excommuniée (elle venait de communier avec sa permission); il la retranchait du corps de rÉglise comme unmembre pourri, de peur que l'infection ne gagnât les autres membres, et il la livrait au bras séculier, priant la puissance séculière de modérer sa sentence, et de Lui épargner la mutilation des membres et la mort. — Eu face de lui s'élevait le bûcher*..
Jeanne s'agenouilla et redoubla ses dévotes lamentations et ses prières. C'est son àme pieuse, charitable et dévouée, qui s'épanche tout entière en ces derniers moments. Frappée par ses ennemis, elle reporta sa pensée sur son roi qui la laissait mourir-, et ce fut pour le défendre encore contre les atteintes de la coadamnation que l'on faisait peser sur elle. Elle protesta que jamais il ne l'avait induite à faire ce qu'elle avait
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ROqEN. — U: SOWtlCE. 211
fait Eoit en bien soit en mal : établissant sa propre innocence, tout en ne songeant qu'à mettre hors de doute la sincérité du roi. En même temps, elle s'ar dressait à tous, de quelque condition qu'ils fussent, tant de son parti que de l'autre, demandant humble* ment pardon, requérant qu'oQ voulût bien prier pour
' elle, conjurant en particulier les prêtres qui étaient là de lui faire chacun l'aumône d'une messe, et pardonnant à tout le monde le mal qu'on lui avaitfait. Les juges, les Anglais eux-anémes étaient émus ; il n'y avait point de coeur si dur qui ne fût touché aux larmes '.
Délaissée de t'Ëglise, de TËglise de ses ennemis, déclarée apostate, idolâtre, elle s'était tournée vers le signe du salut, voulant mourir avec l'image du Bédempleur. Elle avait donc prié Massieu de lui procurer uae croix ; un Anglais qui ^it là lui en fit une d'uD bàtoD. Elle la ^it de sa main, la baisa et la mit dévotement dans son sein. En même temps qu'elle portait la croix sur sa poitrine, elle voulait l'avoir devant les yeux. Elle pria le frère Isambard de La Pierre d'aller lui chercher celle de l'église voisine, pour « la tenir, disait-elle, élevée tout droit devant ses yeux jusques au pas de la mort, aûn que la croix où Dieu pendit fût, dans sa vie, continueUement devant sa vue; » et quand il l'apporta, elle la couvrit de ses baisers et de ses larmes,, invoquant Dien, saint Michel, eaiateCatfaerine et tous les saints, et témoi'
' gnant de sa foi conmie de sa piété*.
Sis LIVRE HEUVIÊIIE.
Cependant, parmi les Anglais, beaucoup trouvaient que la scène durait trop longtemps. Jeanne était délaissée de l'Ëgli&e : quels droits l'Église avait^ elle encore sur elle ? Tous ces discours étaient hors de saison, et comme Massieu paraissait exhorter Jeanne, qu'il avait encore en sagarde, plusieurs capitaines lui crièrent : « Gomment, prêtre, nous ferezvous dînerici?)! Deux sergents l'allèrent prendre sur son estrade et, pour racheter les retards de ce long procès, le juge ne se donna pas même le temps de prononcer la sentence. Dès que Jeanne fut devant lui : « Menez, menez, » dit-il aux gardes ; et au bourreau : a Fais ton devoir', i.
Si les juges ecclésiastiques avaient laissé durer la scène si longtemps dans l'espérance d'une abjuration, leur attente fut bien trompée, et le confesseur qui la devait rappeler à Jeanne, remplit bien mal son office. Jeanne ne Gt entendre aucune parole qui impliquât révocation de ses dits ou de ses faits. ^ elle douta, le doute resta au fonfl de son cœur, ou ne se trahit que par son trouble et par ses larmes. Elle pleurait sur elle ; elle pleurait aussi sur les autres, v Rouen, Rouen, disait-elle, mourrai-je ici , seras-tu ma maison ? Ah! Rouen, j'ai grand'peur que tu n'aies à souffrir de ma mort. » Et le peuple pleurait avec elle ; et plusieurs, détestant cette œuvre d'iniquité, s'affligeaient de voir qu'elle eût tien dans Rouen. Quelques Anglais affectaient bien de rire; mais même les auteurs de l'attentat étaient touchés de ce spectacle. Le cardinal de Win-
cliester pleurait; l'évèque de Beauvais pleurait : larmes Btériles qui n'empêchaient pas que leur crime s'accomplît*.
Le supplice se prolongea ; le bûcher, on se le rap pelle, avait été construit sur trn échafaud pour être à. la vue du plus grand nombre; et le bourreau mit le feu par le bas. Quand la flamme monta et que Jeanne l'aperçut, elle congédia elle-mèm'e son confesseur; , elle le pressa de descendre, lui demandant, pour der< nier service, de tenir devant elle la croix bien haut, afin qu'elle la pût voir. 11 la quitta; mais déjà elle n'était plus seule. Les saintes qu'elle invoquait encore, même quand ou travaillait, quand on réussit peutètreàla faire douter de leurs apparitions, ne prolongèrent pas plus longtemps cette dure épreuve. Ou l'avait ébranlée, en lui alléguaat, devant sa mort prochaine, la délivrance dont elle avait reçu d'elles la promesse. Elle se rappela cette autre parole qu'elle avait aussi rapportée à ses joges : « Prends tout en gré; ne te chaiUe de ton martyre ; tu t'ei^ viendras au royaume de Paradis. » Elle ne l'avait pas comprise alors, entendant humblement son martyre des peines de sa prison ; elle la comprit à la lueur des flammes, et elle entendit en même temps la délivrance qui lui était promise. Dès ce moment la mort même rentrait dans l'ordre de sa mission : elle l'accepta comme elle avait accepté tout te reste. Sur le bûcher, comme dans la prison, devant la mort, comme devant ses juges, « elle maintint et affirma jusqu'à la'lîn que ses voix
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