‹ Jeanne d'Arc (volume 5)Chapitre 15 sur 41 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

il n'attendait rien pour en exercer tous les droits. Il devait gouverner à la' place du roi malade, et poursuivre en son nom, avec les ressources des deux couronnes, la guerre contre le dauphin et les Armagnacs, Charles VI semblait né plus vivre que pour couvrir cette intrusion et Ift faire mieux agréer de la France.

Disons-le donc : jamais la Frapce ne fut si bas dans rhistoire qu à l'époque du traité de Troyes. Ce traité, sous prétexte d'unir les deux pays, iabandonnait en une fois à l'Angleterre, non pas seulement ce qu'elle avait conquis, mais ce qui lui restait à conquérir. Le vainqueur voulpil bien n'être que l'héritier du vaincu, et promettait de lui laisser, sa vie durant, les ornements de la royauté, un état honorable, la résidence ep son royaume ; mais au fond il était roi déjà, ayant la .capitale et tous les grands instruments du pou-^ voir. La France, livrée par tous ceux qui la dcr vaient défendre, le roi, les princes, les États généraux, le Parlement, l'Université, n'avait de refuge pour sa nationalité qu'auprès d'un prince déshérité par son père comme assassin , et dans le camp plus que jamais odieux des Armagnacs. C'est là qu'Henri V comptait lui porter bientôt le dernier coup lorsqu'il mourut, et Charles VI après lui (1422).

LA FRANCK ET L'ANGLETERRE. XXVJl

La mort d'Henri V préservait le dauphin d'une perte immédiate, sans le sauver pourtant.

Henri VI, proclamé roi de France après la mort de Charles Vl^ était un enfant de dix mois, et une telle minorité convenait peu à de si grandes affaires ; mais Henri V avait sagement pourvu à la régence. De ses deux frères, il avait désigné le plus jeune, Glocester, pour l'Angleterre ; l'aîné, Bedford^ le plus capable, pour la France : et cet arrangement avait été maintenu ail fond, avec un changement dans les titres, propre à calmer les susceptibilités du parlement anglais. Désigner l'alné des princes pour la la France, n'était-ce pas donner à la France le pas sur l'Angleterre? Bedford fîit nommé rëgent des deux royaumes, Glocester, son lieutenant en Angleterre ; et de cette façon, le plus habile restait toujours où était le danger.

Le dauphin avait été proclamé aussi à la mort de Charles VI, sous le nom de Charles Vil , et il était, lui, en âge de régner. Mais la légèreté de son caractère , son goût pour les plaisirs , le détournaient des soins les plus indispensables : <c n'avoit point cher la guerre s'il s'en eût pu passer. » La conduite des affaires restait donc à ceux qui l'entouraient: or c'étaient les plus fougueux des Armagnacs, des hommes qui n'avaient rien à

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attendre du parti contraire; qui^ pour s'en mieux garder, n'avaient pas craint de se faire une barrière de l'assassinat : Tannegui duChastel, Louvet ; et, aprè s eux , des étrangers : le connétable de Buchan, Douglas, Narbonne ; ou bien encore, parmi les meilleurs, quelques hardis chefs de bande, Xaintrailles , La Hire : La flire qui jurait que Dieu le Père, s'il se faisait gendarme, se ferait pillard, et qui, en raison de cette confraternité, s'écriait «en son gascon, » avant de se jeter dans la bataille : « Dieu, je te prie que tu fasses aujourd'hui pour La Hire autant que tu voudrois que La Hire tît pour toi, s'il étoit Dieu et que tu fusses La Hire ' ! »

Tout l'avantage demeurait donc au jeune Henri VI. Avec les ressources de l'Angleterre et ce qu'elle avait directement conquis en France, il avait ce que lui donnait dans le royaume le parti du duc de Bourgogne, c'est-à-dire presque tout le Nord ; il avait Paris et tous les grands corps de l'État, et ses alliances venaient encore de s'affermir et de s'étendre. Dans une conférence tenue par Bedford, à Amiens, le duc de Bretagne et son frère Richemont s'étaient rencontrés avec le duc de Bourgogne ; et un double mariage resserrait par des liens de famille l'union des pays : le duc de Bourgogne donnait une

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