‹ Jeanne d'Arc (volume 5)Chapitre 18 sur 41 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

entre le roi et pes deux princes. Les chefs armagnacs ne tentèrent point de retenir un pouvoir qui leur échappait, et le principal, Tannegui du Chastel, couvrit au moins sa retraite d'une noble parole: « Que jà à Dieu ne plût, que pour lui demeurât à faire un si grand bien, comme la paix entre le roi et Monseigneur de

Bourgogne ^ »

Cette petite révolution de palais pouvait tout

changer dans la France. Si les Anglais avaient officiellement pour eux les corps de l'État, ils n'avaient jamais eu la nation. Les haines des partis avaient pu seules comprimer les répugnances populaires. Mais l'équilibre commençait à se rompre à leur détriment; les seigneurs s'irritaient de leur morgue, les villes de leurs exigences. Paris d'abord, avait bien eu pour les recevoir ses réjouissances accoutumées; mais maintenant on y murmurait de tout : les mesures les mieux justifiées étaient mal accueillies venant d'eux. Le journal de cet universitaire qu'on appelle le Bourgeois de Paris est l'écho fidèle de ces plaintes : que les Anglais viennent ou s'en aillent, il a toujours quelque chose à dire sur ce qu'ils gâtent en venant ou volent en repartant. Et le pays tout entier, qui subissait leur domination, accusait leur impuissance. IjC

LA FRANCE ET L'ANGLETERRE. XXXllI

brigandage avait pris possession des campagnes; le brigandage était devenu la forme commune de la guerre. Les champs n'offrant plus rien, on prenait les hommes : on les entassait jusqu'à cent et deux cents dans les caveaux des tours , pour les contraindre par des tortures de toutes sortes à se racheter en livrant leur argent. Et ces excès se continuaient là même où la guerre ne s'étendait plus. C'est surtout dans les provinces soumises aux Anglais, que ces brigands (brigandi) avaient élu domicile, vivant aux dépens des vaincus; et aussi au mépris des vainqueurs : et c'est aux nouveaux maîtres qu'on s'en prenait partout. A ces périls nés de la position faite aux Anglais en France par la conquête, ajoutez ceux dont Bedford n'avait pu prévenir les causes parmi les siens, les querelles de Glocester avec le duc de Bourgogne sur le continent, avec le cardinal de Winchester, son oncle, en Angleterre.

La situation prenait donc, par contre-coup , un caractère moins fâcheux pour Charles VIL L'épée de connétable donnée à Richemont était un gage de réconciliation pour tous : aller à Richemont, c'était un premier pas vers le duc de Bourgogne son beau-frère, au moment où l'ambition de Glocester l' éloignait de Bedford. Quelle meilleure occasion de le ramener au roi, et avec

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