Nouvelles recherches y p
2. « Elles sont, » disent les lettres patentes de Louis XII, « blasonnées d'un escu d*azur àdeux fleurs de lys d'or, et une espée d'argent à la garde dorée, la pointe en haut férue en une couronne d'or. » (Procès , t. V,
3. Traité sommaire , tant du nom et des armes que de la naissance et fMrenté de la PuceUe d'Orléans (1612 et 1628) , p. 37.. « Dès le xiv siècle, des familles ou des individus plus ou moins considérables, quoique non nobles, tels que pouvait Tôtre à cette époque la famille Darc, se servaient pour leurs signets ou sceaux, etc., de marques ou insignes personnels et distincts. Ces marques se groupaient et se figuraient exactement comme des armoiries, à la seule exception du timbre ou heaume, lequel étant essentiellement militaire , faisait le complément caractéristique du blason. » Vallet de Viriville^ Ncuvdles recherches y p. 34.
4. « D'azur à Parc d*or, mis en fasce, chargé de trois flèches entrecroisées, les pointes en haut férues , deux d'or, ferrées et plumetées d'argent; et une d'argent, ferrée et plumetée d'or, et le chef d'argent an lion passant de gueule. » Lettres patentes de Louis XII (t V, p. 228.)
joindre, écartelées dansleniéme.écusson, à Textinction de la branche aînée, les armes reçues de Charles VIL Quoi qu'il en soit de Tétymologie et de Torigine même de ce blason rustique, c'était au moins le sens que la famille, dès avant Jeanne d'Arc, ou tout au moins avant la fin du siècle où elle vécut, attachait à son nom ; et dès lors il est bien légitime de l'écrire selon qu'elle l'entendait. Elle l'écrivait Darc, et on le dut écrire ^nsi tant que la particule, après l'élision, s*unit à la voyelle initiale du mot suivant, sans apostrophe ; mais depuis que ce signe est devenu en usage, on a le droit de l'appliquer à ce nom comme aux autres ; ou, pour être conséquent, iL faudrait écrire, comme autrefois, Dharcourt, Darmagnac, etc.: car peu importe que le mot exprime un lieu ou autre chose. En employant la forme d*Arc^ on peut être assuré qu'on ne fait pas autre chose que ce qu'eût fait la famille au temps où elle prenait l'arc pour emblème, si l'apostrophe eût été alors usitée. C'est donc par une fausse fidélité à l'ancienne orthographe, que Charles du Lis écrivait ce nom comme il le trouvait dans les pièces du temps ; et les pièces officielles ne font pas même autorité en cette matière : le nom du Lis, que cet héritier de la famille de Jeanne d'Arc écrit constamment en deux mots, selon l'étymologie, se trouve écrit Dulis dans les lettres patentes qu'il obtint de Louis XII pour réunir dans un même écusson les armoiries de sa famille. Nous nous conformerons donc h l'usage suivi depuis, et consacré, on le peut dire, par le livre qui sera désormais la source de toute histoire de Jeanne d'Arc: l'édition des àeuxProcès, parM.J.Quicherat. Un mot encore, non plus sur le nom, mais sur le prénom de Jeanne. M. Michelet est tenté d'y voir une prédestination au mysticisme : < Il semble, dit-il, annoncer dans tes familles qui le donnaient à leurs enfants, une sorte de tendance mystique; > et il cite, parmi les hommes célèbres qui ont porté ce nom au moyen âge , Jean de Parme, Jean Fidenza (saint
Bonaventare), Jean Gerson, Jean Petit, etc. (Hùt. de France, t. V, p. 51.) Pour le nom de Jeanne, porté par la Pucelle, on pourrait citer plus justement Jean Moreau, Jean Le Lan« gart, Jean Rainguesson, et Jean Barrey, qui furent ses parrains ; Jeanne Tbiesselin, Jeanne Thévenin et Jeanne Lemaire Âubéry, qui, avec deux ou trois autres, furent ses marraines (on sait que Tusage était d'en prendre plusieurs).. Quant aux parents de Jeanne, une chose diminue l'idée qu'on voudrait se faire de leur mysticité : c'est que s'ils ont choisi, avec ce patron, ces parrains et marraines pour leur fille, et nommé encore un de leurs fils Jean, le père s'appelait Jacques et le fils aîné Jacques, nonobstant « Toppo- . sition de Jean et de Jacques » signalée par M. Michelet au tome IV de son histoire.
Sur le pays de Jeanne d'Arc.
On a disputé sur la nationalité de Jeanne d'Arc. Jeanne d'Arc était- elle Lorraine, était-elle Française*? Il semble étrange qu'on ait pu poser cette question. Toute l'histoire dé Jeanne d'Arc prouve assez qu'elle appartient à la France, et il importe médiocrement que la limite entre le comté de Bar et la Champagne ait été en deçà ou au delà de la maison où la Pucelle est née. Mais pour ceux qui auraient quelque scrupule à cet égard, il a été établi que Domremy se partageant entre les deux pays, la partie où l'on retrouve encore la maison de Jeanne d'Arc était sur le terri-
1. Dans le premier sens, M. Lepage (Nancy, 1852); dans l'autre, M. Renard ( Chaumont , 1853). Voy.M.Valletde Viriville, Athenxum français , 10 juin 1854, p. 528.
toire de la France. Le fait de la nationalité de Jeanne d'Arc, en laissant de côté ces minnlies, ^t d'ailleurs établi par Tenquète anglaise au procès de condamnation : c Et est oriunda in villa de Grus, pâtre lacobo d^Àrc^ matre Ysabella, ejus uxore ; nutrita in juventate usque ad zvm annum aetatis ejus vel eo circa, in villa de Dompremi super fluvium Mosœ, diocesis TuUensis» in bailliviatu de Cha^/^ morU-en-Bassigny et prœpositura de Monteclere et (TAnddo. » T. I, p. 209. (Monteclaire est une colline voisine d'Andelot.) Une autre preuve décisive que son pays natal appartenaità la France (et cette preuve était déjà donnée par Charles du Lis, Traité sommaire, p. 3-4), c'est que Charles VII, en con* sidération de ses services, accorda(Chàteau*Thierry, 31 juillet ]429) exemption d'impôts à Domremy et à Greux (c'étaient comme deux parties du même village); et Domremy en profila jusqu'au jour où, pour résoudre une question de frontière, on le céda à la Lorraine (15 février 1571). Quand la Lorraine, à son tour, fut réunie à la France (1766), les habitants de Domremy sollicitèrent en leur faveur le rétablissement du privilège dont ceux de Greux, qui n'avaient pas cessé d'être Français, continuaient de jouir, et ils envoyèrent à l'appui de leur demande la copie authentique de la charte royale ^ Cette requête amena un échange de notes entre l'intendant de la généralité de la Lorraine et du Barrois et le contrôleur général , et eut pour résultat de faire retirer le privilège aux habitants de Greux, sans qu'il fût rendu aux habitants de Domremy (1776). Voy. Vallet de Viriville, dans le Bulletin de la Société de V histoire de France (1854), p. 103 et suiv.
1. Cette copie est aujourd'hui' aux Archives, Secl. doman. H. 153S. 3. M. Vallet de Viriville en a donné le texte dans la Bibl. ijie l'école det Chartes 3- sérié (t 54), t. V, p. 271.
Étendard de Jeanne d'Arc.
Il y a quelques diversités dans les descriptions qui nous sont faites de l'étendard de la Pucelle. Jeanne d'Arc dit elle-même qu'il était blanc et semé de lis; qu'on y voyait le monde et deux anges aux côtés avec cette inscription : Jésus, Maria. < Respondit quod habebat vexiUum (GaUice, estendart ou banière) cujus campus erat seminatus liliis ; et erat ibi mundus fignratus, et duo angeli a lateribus; eratque coloris albi de tela alba vel boucassino , eraotque ibi scripta ista noniina jhesus , maru, sicut ei videtur, et erat fimbriatum de serico. » (T. I, p. 78.) Cette expression le monde y est expliquée un peu plus loin : c'est Dieu tenant le monde : « Deum tenentem mundum, et duos angelos; — Regem cœli » {Ibid.^ p. 117);cr, p. 181 : < Ipsa fecit ibi fieri istam figuram Dei et angelorum, » et dans le 58' des articles proposés contre elle : « Fecit depingi vexillum suum, ac in eo describi duos angelos assistenles Deo tenenti mundum in manu sua, icum his nominibus jhssus, maria, et aliis pîcturis.* (Ibid., p. 300.) Selon Jeanne d'Arc, la principale figure est donc Noire-Seigneur ; selon le Journal du siège, il semble que ce soit la sainte Vierge. Il ditde Jeaune à son entrée dans Orléans : « Et faisoit porter devanf elle un estendard qui estoit pareillement blanc, oiiquel avait deux anges tenant chacun une fleur de lis en leur main; et ou panon estoit paincte comme une Aimonciation (c'est l'image de Notre-Dame ayant devant elle ung ange luy présentant ung liz). » (T. IV, p. 152), Mais la description est double et incomplète : l'auteur décrit incomplètement le
côté principal, le seul dont Jeanne ait parié ; et il décrit de plus le revers, car Tétendard était peint sur les deux faces. C'est ce qui résulte du témoignage de Perceval de Gagny : « La Pucelle print son estendart ouquel estoit empainturé Dieu en sa majesté, et de l'austre costé... et ung escu de France tenu par deux anges. » (T. lY, p. 12.) La lacune, comme le remarque M. J. Quicherat, peut être remplie au moyen de Tindication donnée plus haut par Thistorien : « Elle fist faire ung estandart ouquel estoit l'image de Nostre*Dame. » (/2»i(2., p. 5.) Car on ne peut entendre parla cette autre bannière confiée à Pasquerel et aux prêtres; ou bien il faudrait prendre dans le même sens la bannière décrite par le Journal du siège à l'entrée de Jeanne : or, la bannière des prêtres accompagnait alors les troupes qui étaient allées passer la Loire à Blois ; et l'on sait d'ailleurs, par le témoignage de Pasquerel, qu'on y voyait l'image du crucifix. (T. III, p. 104). Telles étaient donc, dans leurs traits principaux, les peintures de l'étendard de Jeanne d'Arc. Les autres témoignages ne font que les reproduire en résumé, ou y joindre quelques traits accessoires. La Chronique de la Pucelle se borne à dire : « Un estendart blanc auquel elle flst pourtraire la représentation du sainct Sauveur et de deux anges.» (T. IV, p. 215.) Pasquerel ne parle que d'un ange tenant un lis que bénissait le Seigneur, siégeant sur les nuées: « In quo depingebatur imago Salvatoris nostri sedentis in judicio in nubibuscœli, et erat quidam angélus depictus tenens in suis manibu? floremliliiquembenedicebat imago.» (T. III p. 103.) Eberhard de Windecken, trésorier de l'empereur Sigismond, qui doit écrire d'après les relations ofQcielles venues de France, modifie simplement l'attitude du Sauveur : « Une bannière de soie blanche sur laquelle était peint Notre-Seigneur Dieu, assis sur l'arc en ciel, montrant ses plaies, et ayant de chaque côté un ange qui tenait un lis à la main* > (T. IV, p. 490.) Dunois, par une confusion évi-
dente, dit que c^était le Seigneur qui tenait le lis : « Vexillum.... album.... in quo erat figura Doixiini nostri, tenens florem lilii in manu sua. » (T. III, p. 7.)
Une addition, ou, pour mieux dire, une modification plus considérable aux descriptions connues, est celle que M. de Certain a tirée du Mystère du stége (fOrUans^ mystère qu*il est à la veille de publier et dont il a donné ce fragment dans la Bibliothèque de l'École des Chartes (mars-ayril 1859), à Toccasion d'une tapisserie où Jeanne d'Arc est re* présentée visitant le roi à Chinon (cette tapisserie a été offerte par M. d'Âzeglio au musée historique d*Orléans). Voici comme la bannière y est représentée :
Un estendart avoir je vaeil Tout blanc, sans nulle autre couleur, Ou dedans sera un souleil Reluisant ainsi qu'en chaleur; Et ou milieu en grant honneur En leclre d'or escript sera Ces deux mots de digne valeur Qui sont cest : ave mabu.
Et au-dessus notablement Sera une Majesté Pourtraicle bien et jolyment Falote de grant auctorîté.
Aux deux coustés seront assis Deux anges, que chascun tiendra En leur main une fleur de liz, L'autre le soleil soustiendra.
On voit combien de traits de fantaisie l'auteur a joints à quelques traits exacts. M. de Certain me parait expliquer fort bien comment Jeanne n'a parlé que d'un côté de son étendard. Elle n'a pas Thabitude de répondre à ses juges plus qu'ils ne lui demandent, et ils ne lui ont pas demandé
si Fétendard était peint de deux c6tés. Mais il diminue trop l'autorité de sa description, sous prétexte que < la simple jeune fille n'avait pas acquis une grande connaissance des choses d'art. » Elle avait pu, en commandant son étendard au peintre, ne pas lui marquer fort exactement Fordonnance du sujet ; mais l'ouvrage fait, elle savait aussi bien et mieux que personne ce qu'il représentait.
Aux descriptions données, ajoutons celles des lettres patentes de Louis XII sur les armoiries de la Pucelle, quelque peu officielle que soit cette pièce en cette matière. Il y est dit qu' « elle estoit de toile blanche semée de fleurs de lis d'or avec la figure d'un ange qui présentoit un lis à Dieu porté par la vierge sa mère. » (Procès, t. V, p. 229.) — On trouve dans les comptes le nom du peintre et ce qui lui fut payé pour les deux étendards : « Et à Hauves Poulnoir, paintre demeurant à Tours, pour avoir paint et baillée estoCTes pour ung grand estandart et ung petit pour la Pucelle, 25 livres tournois (141 fr.).» T. V,p. 258.
Lettre de Jeanne aux habitants de Tournai.
(25 juin 1429.)
« f Jhesus, f Maria.
• Gentilz loiaux Franchois de la ville de Tournay, la Pucelle vous faict savoir des nouvelles de par dechà que en vm jours elle a cacbié les Âtiglois jiors de toutez les places qu'ilz tenoient sur la rivire de Loire, par assaut ou auUrement ; où il en a eu mains mors et prinz, et lez a desconfis en bataille. Et croies que le conte de Suffort (SuCTolk), Lapoulle
(Pôle) son frère, le sire de Tallebord (Talbot), le sire de Scallez (Scales), et messires Jdian Falscof (Falslolf) et plusieurs chevaliers et capitainez ont esté prinz, et le frère du conte de Soffort et Glasdas mors. Maintenés vous bien loiaux Franchois, je vous en pry, et vous pry et vous requiers que vous sciés tous prestz de venir au sacre du gentil roy Charles à Rains où nous serons briefnient , et venés au devant de nous quand vous saurés que nous aprocherons. A Dieu vous commans» Dieu soit garde de vous et vous doinst sa grâce que vous puissiés maintenir la bonne querelle du royaume de France. Escript à Gien le xxv* jour de juing. » — Sur t adresse : « Aux loiaux Franchois de la ville de Tournay. » — {Procès, t. V, p. 125, tirée des Archives du Nordf nouvelle série, 1. 1, p. 520.)
Lettre de Jeanne aux habitant! de Troye»
(4 juillet 1429.)
« Jhesns, t Maria.
c Très chiers et bons amis, s'il ne tient à vous, seigneurs, bourgeois et habitans de la ville de Troies, Jehanne la Pucelle vous mande et fait sçavoir de par le roy du ciel, son droitturier et souverain seigneur, duquel elle est chascun jour en son service roial, que vous fassiés vraye obéissance et recongnoissance au gentil roy de France quy sera bien brief à Reins et à Paris, quy que vienne contre, et en ses bonnes villes du sainct royaume, à Tayde du roy Jliesus. Loiaulx François, venés au devant du roy Charles et qu'il n'y ait point de faulte; et ne vous doublés de voz corps ne
de voz biens, se ainsi le faictes. Et se ainsi ne le faictes, je vous promectz et certiffie sur voz vies que nous entrerons à Tayde de Dieu en toultes les villes quy doibvent estre du sainct royaulme, et y ferons bonne paix fermes, quy que vienne contre. A Dieu vous commant, Dieu soit garde de vous, s'il luy plaist. Responce brief. Devant la cité de Troyes, escrit à Saint-Fale, le mardy quatriesme jour de jullet, »
Au dos desquelles lectres estoit escrit : « Aux seigneurs bourgeois de la cité de Troyes. » {Procès^ t. IV, p. 287- 288.)
Christine de Pisan.
Dans un petit poème, écrit à Tftge de soixante- sept ans, après avoir rappelé Texil du roi, elle exprime sa joie de le voir enfin revenir :
L*an mil quatre cens vingt et neuf
Reprint à luire li soleil,
11 ramené le bon temps neuf.
Elle entreprend de raconter ce miracle :
Chose est bien digne de mémoire Que Dieu, par une vierge tendre, Ait adès voulu (chose est voire) Sur France si grant grâce estendre.
Tu, Johanne, de bonne heure née, Benoist loit cil qui te créa !
ÂPPENBICBS. 241
Elle cite Moïse délivrant Israël ; Josué :
n estoit homme Fort et paissant. Mais tout ea somme Veci femme, simple bei^ère Plus preux qu*onc homs ne fut à Romme.
Quant à Dieu, c'est chose légère.
Gédéon, Esther, Judith et Débora ; mais Dieu a fait plus encore par la Pucelle :
Car Merlin, et Sébile et Bede, Plus de cinq cens a la veïrent En esperit.
Elle rappelle le siège d'Orléans :
Héel quel honneur au féminin
Sexei**«
Une fillete de seize ans
(N'est-ce pas chose fors nature?)
A qui armes ne sont pesans,
Ains semble que sa norriture
Y soit, tant y est fort et dure.
Si rabaissez, Anglois, vos cornes.
Car jamais n'aurez beau gibier En France, ne menez vos sornes; Matez estes en l'eschiquier.
Vous ne pensiez pas Pautrier Où tant vous monstriez périlleux ; Mais n'estiez encour ou sentier Où Dieu abat les orgueilleux.
Jà cuidiés France avoir gaingnée.
Et qu'elle vous deust demeurer.
Autrement va, faulse mesgniéel
Vous irës ailleors taboarer, 1 16
Se ne voidei assavcrarcr La mort, comme vos compaignons, Que kMipft porroient bien devom'er, Car morê gifleot par les sillon».
Etsacbez que, par elle, Anglois Seront mis jus sans relever, Car Dieu le veult, qui ot les voix Des bons qu'ils ont voulu grever.
Le sanc des occis sans lever Crie contre eulz. Dieu ne veult plus Le souffrir; ains les resprouver Comme mauvais, il est conclut.
Elle entrevoit un plus vaste horizon :
En cbrestienté et en TEglise Sera par elle mis concorde.
Des Sarrasins fera essart
En conquérant la Sainte Terre.
Mais le sentiment national la ramène aux Anglais :
Si est tout le mains qu'affaire ait Que destruire l'Englescherie
Le temps advenir mocquerie En sera faict : jus sont rué.
Elle interpelle les Français rebelles :
Ne voiez-vous qu'il vous fast mieulx Estre alez droit que le revers Pour devenir aux Anglais serfs?
Mais maintenant le roi est sacré :
A très grant triomphe et puiSMnee, Pu Charles coanmiié à Ralns.
AI'PBNBIGES. 243
Elle ne doute point que la France ne lui revienne :
Avecques lui la Pucellette, En retournant par son païs, Cité, ne chastel, ne villette Ne remaint. Âmez ou hays Qu'ils soient, ou soient esbaïs, Ou asseurez, les habitans Se rendent ; pou sont envabys Tant sont sa puissance doubtansl
Paris pourtant lui donne quelque inquiétude :
Ne sçai se Paris se tendra, Car encoures n'y sont-ilz mie, Ne se la Pucelle attendra.
Mais elle ne tfj arrête pas :
Car ens entrera, qui qu'en groingne :
La Pucelle lui a promis.
Paris, tu cuides que Bourgoigne Défende qu'il ne soit ens mis?
Non fera, car ses ennemis Point né se fait. Nul n'est puissance Qui l'en gardast, et tu soubmis Seras et ton oultrecuidance.
Elle date sa pièce :
L'an dessusdit mil quatre cens Et vingt et neuf, le jour où fine Le mois de juillet.
{Procèfy t. V, p* 4 et suiv.)
Lettre de Jeanne au duc de Bourgogne.
(17 juiUet 1429.)
« f Jhesus Maria. — Hault et redoublé prince, duc de Bourgoingne, Jehanne la Pucelle yous requiert de par le Roy du ciel, mon droicturier et souverain seigneur^ que le roy de France et vous, faciez bonne paix ferme, qui dure longuement. Pardonnez l'un à l'autre de bon cuer, entièrement, ainsi que doivent faire loyaulx chrestians; et s'il vous plaist à guerroier, si alez sur les Sarrazins. Prince de Bourgoingne, je vous prie, supplie et requiers tant humblement que requérir vous puis, que ne guerroiez plus ou saint royaume de France, et faictes retraire incontinent et briefment voz gens qui sont en aucunes places et forteresses dudit saint royaume ; et de la part du gentil roy de France, il est prest de faire paix & vous, sauve son honneur, s'il ne tient en vous. Et vous faiz à savoir de par le Roy du ciel, mon droicturier et souverain seigneur, pour vostre bien et pour vostre honneur et sur voz vie, que vous n'y gaignerez point bataille à rencontre des loyaulx François, et que tous ceulx qui guerroient oudit saint royaume de France, guerroient contre le roy Jhesus, roy du ciel et de tout le monde, mon droicturier et souverain seigneur. Et vous prie et requiers à jointes mains, que ne faictes nulle bataille ne ne guerroiez contre nous, vous, voz gens ou subgiez; et croiez seurement que, quelque nombre de gens que amenez contre nous, qu'ilz n'y gaigneront mie, et sera grant pitié de la grant bataille et du sang qui y sera respendu de ceulx qui y vendront contre nous. Et a trois sepmaines que je vous avoye escript et envoie bonnes lettres
par uug béraalt, que feussiez au sacre du roy qui, aujourdui dimenche xvij* jour de ce présent mois de juillet, ce fait en la cité de Reims : dont je n'ay eu point de response,* ne n*ouy oncques puis nouvelles dudit hérault. A Dieu tous commens et soit ^rde de vous, s'il lui plaist ; et prie Dieu qu'il y mecte bonne pais, Escript audit lieu de Reims, ledit xvij* jour de juillet. »
Swr V adresse : < Au duc de Bourgoigne. » (Procès^ U Y, p. 126. L'original est encore aux archives de Lille.)
Lettre de Jeanne aux habitants de Reims.
(5 août 1429.)
c Mes chiers et bons amis, les bons et loyaux François de la cité de R^ins, Jehanne la Pucelle vous faict à savoir de ses nouvelles, et vous prie et vous requiert que vous ne faictes mil doubte en la bonne querelle que elle mayne pour le sang royal ; et je vous promet et certiffy que je ne vous abandoneray poinct tant que je vivray. Et est vray que le roy a faict trêves au duc de Bourgogne quinze jours durant, par ainsi qu'il ly doibt rendre la cité de Paris paisiblement au chieff de quinze jour. Cependant ne vous donnés nule merveille se je ne y entre si brieffvement, combien que des trêves qui ainsi sont faictes, je ne soy point contente et ne sçày si je les tendroy ; mais si je les tiens, ceseta seulement pour garder l'honneur du roy ; combien aussy que ilz ne rabuseront point le sang royal, car je Uendray et maintiendray ensemble l'armée du roy pour eslre toute preste au chief desdictz quinze jours, s'ils ne font la paix. Pour ce, mes très chiers et parfaicts amis, je vous prie que vous ne
TOUS en donnés malaise tant comme je vivray, mez toos requiers que vous faictes bon guet et gardez la boime cité du roy ; et me faictes savoir scil y a nuls triteurs qui vous veullènt grever, et au plus brlef que je pourray, je les en osteray ; et me faictes savoir de vos nouvelles. A Diea vous commande qui soit garde de vous.
c Escript ce vendredy, cinquiesme jour d'aonst, etnprès un logis sur champ ou chemin de Paris. »
Sur V adresse : < Aux loyaux Francxois faabitans en la ville de Rains. • {Procès, t. V, p. 139.)
Lettre de Jeanne aux habitants de Riom.
novembre 1429.)
c Ghers et bons amis, vous savez bien comment la ville de Saint- Pierre le Moustier a esté priuse d*assault; et, à l'aide de Dieu, ay entencion de faire vuider les autres places qui sont contraires au roy ; mais pour ce que grant despense de pouldres, trait et autres habillemens de guenre a esté faicte devant ladicte ville, et que petitement les seigneurs qui sont en ceste ville et moy en sommes pourveuz pour aler mectre le siège devant la Charité, où nous alons présentement : je vous prie sur tant que vous aymez le bien et honneur du roy et aussi de tous les autres de par deçà, que vueillez tncontinant envoyer et aider pour ledit siège, de pouldres, salpestre, souffre, trait, arbelestres fortes e( d'autres habillemens de guerre. Et en ce faictes tant que, par faulte desdictes pouldres et autres habillemens de guerre, la chose ne soit longue, et que on ne vous puisse dire en ce estre négligens ou refasans. Ghiersetbons amis.
Nostre Sire soit g^rde de tous. Escript à Molins, le neufviesmejour de novembre. » — Signé : c Jehanne. »
Sur V adresse : « A mes chers el jDons amis, les gens d'Église, bourgois et habitans de la ville de Rion. » (Procès, t. V, p. 147.)
Lettre de Jeanne aux habitants de Reims.
(1« man ItôO.)
« Très chiers et bien amés et bien desiriés à veoir Jehanne la Pucelle ay reçue vous letres faisent mancion que vous vous dopliés d'avoir le sciege. Veîlhés saTOÎr que vous n'arés point , si je les puis rencontrer ; et ci âînrf fut que je ne les rencontrasse, ne eux Tcnissent devant vous, si vous fermés vous pourtes, car je serey bien brief vers vous ; et sy eux y sont, je les ferey chausser leurs espérons si à aste qu'il ne sauront por ho les prendre, et leur seil {essil, destruction) y est si brief que ce sera bientost. Autre chouse que (ce) ne vous escry pour le présent ; mes que soyez toutjours bons et loyals. Je pry à Dieu que vous yait en sa guarde. Escrit à Sully, le xvi* jour de mars.
c Je vous mandesse anquores augunes nouvelles de quoy vous sériés bien joyeux ; mais je double que les letres ne fussent prises en chemin et que l'on ne vit les dittes nouvelles. — Signé : Jehanne. »
Sv/r V adresse : « A mes très chiers et bons aimés, gens d'Église, bourgois et autres habitans de la ville de Rains. >
Aux mêmes (28 mars).
c Très chiers et bons amis, plese vous savoir que je ay rechu vous letres, lesquelles font mantion comment on a raporté au roy que dedens la bone cité de Rains il avait moult de mauvais. Si veulez savoir que c'est bien vray que on uy a raporté, voirement qu*il y en avoit beaucoup qui estoient d'une aliance, lesquelz estoient d'une aliance et qui dévoient tralr la ville et mettre les Bourguignons dedens. Et depuis , le roy a bien seu le contraire , par ce que vous lui en avez envoyé la certaineté : dont il est très contens de vous ; et crgiez que vous estes bien en sa grasce ; et si vous aviez à besoingnier, il vous secouroit, quant au regard du siège; et cognoie bien que vous avez moult à soufrir pour la durté que vous font ces traitrez Bourguignons adversaires ; si vous en délivrera au plesir Dieu bien brief, c'est assavoir le plus tost que fere se pourra. Sj vous pris et requier, très chiers amis, etc., « (voy. ci-dessus, p. 181). {Procès, t. V, p. 160-162.)