‹ Jeanne D'ArcChapitre 11 sur 83 · Procès, interrog. du 12 mars, éd. 1827, p. 97 {lire · texte numérisé non relu

Procès, interrog. du 12 mars, éd. 1827, p. 97 {lire

rait se défendre, qu’elle se laisserait plutôt condamner, marier. Au grand étonnement de tout le monde, elle alla à Toul, elle parut en justice, elle parla, elle qui s’était toujours tue. |

Pour échapper à lPautorité de sa famille, il fallait qu’elle trouvât dans sa famille même quelqu’un qui la crût; c'était le plus difficile. Au défaut de son père, elle convertit son oncle à sa mission. Il la prit avec lui, comme pour soigner sa femme en couches. Elle obtint de lui qu’il irait demander pour elle Pappui du sire de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs. L'homme de guerre reçut assez mal le paysan, et lui dit qu’il n’y avaït rien à faire, sinon de la ramener chez son père, « bien souffletée : ». Elle ne se rebuta pas; elle voulut partir, et il fallut bien que son oncle l’accompagnât. C'était le moment décisif; elle quittait pour toujours le village et la famille; elle embrassa ses amies, surtout sa petite bonne amie Mengette, qu’elle recommanda à Dieu; mais pour sa grande amie et compagne, Haumette, celle qu’elle aimait le plus, elle aima mieux partir sans la voir ?.

Elle arriva donc dans cette ville de Vaucouleurs, avec ses gros habits rouges de paysanne 3%, et alla loger avec son oncle chez la femme d’un charron, qui la prit en amitié. Elle se fit mener chez Baudricourt, et lui dit avec fermeté : « Qu'elle venait vers lui de la part de son Seigneur, pour qu’il mandât au dauphin de se bien maintenir, et qu’il n’assignât point de bataille à ses ennemis, parce que son Seigneur lui donnerait secours dans la mi-carême... Le royaume n’appartenait pas au dauphin, mais à son Seigneur; toutefois son Seigneur voulait que le dauphin devint roi, et qu’il eût ce royaume en

H. « Daret ei alapas.» Notices des mss., t. IE, p. 301.:

2. « Nescivit recessum.. Multum flevit. » Procès ms. de Révision, déposition d’Haumette, é de « Pauperibus vestibus rubeis. » Fbidem, dép. de Jean de 2. ‘

Fa

dépôt. » Elle ajoutait que malgré les ennemis du dauphin, il serait fait roi, et qu’elle le mènerait sacrer. Le capitaine fut bien étonné; il soupconna qu’il y avait là quelque diablerie. Il consulta le curé, qui apparemment eut les mêmes doutes. Elle n’avait parlé de ses visions à aucun homme d’Eglise1. Le curé vint donc avec le capitaine dans la maison du charron; il déploya son étole et adjura Jeanne de s’éloigner, si elle était envoyée du mauvais esprit ?. Mais le peuple ne doutait point; il était dans l’admiration. De toutes parts on venait la voir. Un gentilhomme lui dit pour l’éprouver : « Eh bien! ma mie, il faut donc que le roi soit chassé et que nous devenions Anglais.» Elle se plaignit à lui du refus de Baudricourt : « Et cependant, dit-elle, avant qu'il soit la mi-carême, il faut que je sois devers le roi, dussé-je, pour m’y rendre, user mes jambes jusqu’aux genoux. Car personne au monde, ni rois, ni ducs, ni fie du roi d'Ecosse, ne peuvent reprendre le royaume de France, et il n’y a pour lui de secours que moi-même, quoique j’aimasse mieux rester à filer près de ma pauvre mère, car ce n’est pas là mon ouvrage; mais il faut que j'aille et que je le fasse, parce que mon Seigneur le veut. — Et quel est votre Seigneur? — C’est Dieu!» Le gentilhomme fut touché. Il lui promit « par sa foi, la main dans la sienne, que sous la conduite de Dieu, il la mèneroit au roi». Un jeune gentilhomme se sentit aussi toucher et déclara qu’il suivrait cette sainte fille. I1 paraît que Baudricourt envoya demander l’autofisation du roi°, En attendant il la conduisit chez

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