‹ Jeanne D'ArcChapitre 12 sur 83 · Procès, interrog. du 12 mars, p. 97, éd · texte numérisé non relu

Procès, interrog. du 12 mars, p. 97, éd

2. « Apportaverat stolam.., adjuraveraf, » Ibidem, déposition de Catherine, femme du charron.

3. Comparer sur ce point important Lebrun et Laverdy. Je suis loin de croire que Jeanne ait été choisie et désignée, comme quelques-uns le disent, du bon et brave André Hofer (Lewald, Tyrol, 2° band, 1835 München). Mais je croirais volontiers que le capitaine Baudricourt consulta le roi, et que sa belle-mère, la reine Yolande d'Anjou, s’entendit avec Île

le duc de Lorraine qui était malade et voulait la consulter, Le duc n’en tira rien que le conseil d’apaiser Dieu en se réconciliant avec sa femme. Néanmoins il lencouragea 1.

De retour à Vaucouleurs, elle y trouva un messager du roi qui l’autorisait à venir. La perte d’une nouvelle bataille décidait à essayer de tous les moyens. Elle avait annoncé le combat le jour même qu’il eut lieu. Les gens de Vaucouleurs, ne doutant point de sa mission, se cotisèrent pour léquiper et Iui acheter un cheval ?. Le capitaine ne lui donna qu’une épée.

Elle eut encore à ce moment un obstacle à surmonter. Ses parents, instruits de son prochain départ, avaient failli en perdre le sens; ils firent les derniers efforts pour la retenir; ils ordonnèrent, ils menacèrent. Elle résista à cette dernière épreuve et leur fit écrire qu’elle les priait de lui pardonner.

C'était un rude voyage et bien périlleux qu’elle entreprenait. Tout le pays était couru par les hommes d’armes des deux partis. Il n’y avait plus ni route, ni pont; les rivières étaient grosses; c'était au mois de février 1429.

S’en aller ainsi avec cinq ou six hommes d’armes, il y avait de quoi faire trembler une fille. Une Anglaise, une Allemande, ne s’y fût jamais risquée; lPindélicatesse d’une telle démarche lui eût fait horreur. Celle-ci ne s’en émut pas; elle était justement trop pure pour rien craindre de ce côté. Elle avait pris lhabit d'homme, et elle ne le quitta plus; cet habit serré, fortement attaché, était sa meilleure sauvegarde. Elle était pourtant jeune et belle. Mais

duc de Lorraine sur le parti qu’on pouvait tirer de cette fille, Elle fut encouragée au départ par le duc, et à son arrivée accueillie par la reine Yolande, comme on le verra.

1. Chronique de Lorraine, ap. D. Calmet, Preuves, t. II, p. 6 [lire III, vil. ne

2. « Equum pretii xvi francorum.» Procès ms. de Révision, déposition de Jean de Metz. ;

il y avait autour d’elle, pour eeux même qui la voyaient de plus près, une barrière de religion et de crainte; le plus jeune des gentilshommes qui la conduisirent, déclare que, couchant près d'elle, il n’eut jamais l'ombre même d’une mauvaise pensée.

Elle traversait avec une sérénité héroïque tout ce pays désert ou infesté de soldats. Ses compagnons regrettaient d’être partis avec elle; quelques-uns pensaient que peut-être elle était sorcière; ils avaient grande envie de l’abandonner. Pour elle, elle était tellement paisible, qu’à chaque ville elle voulait s’arrêter pour entendre la messe. « Ne craignez rien, disait-elle, Dieu me fait ma route; c’est pour cela que je suis née.» Et encore : « Mes frères de paradis me disent ce que j'ai à faire 1,»

La cour de Charles VII était loin d’être unanime en faveur de la Pucelle. Cette fille inspirée qui arrivait de Lorraine, et que le duc de Lorraine avait encouragée, ne pouvait manquer de fortifier près du roi le parti de la reine et de sa mère, le parti de Lorraine et d’Anjou. Une embuscade fut dressée à la Pucelle à quelque distance de Chinon, et elle n’y échappa que par miracle 2. S

L’opposition était si forte contre elle que, lorsqu’elle fut arrivée, le conseil discuta encore pendant deux jours si le roi la verrait. Ses ennemis crurent ajourner l'affaire indéfiniment en faisant décider qu’on prendrait des informations dans son pays. Heureusement, elle avait aussi des amis, les deux reines, sans doute, et surtout le duc d’Alencon, qui, sorti récemment des mains des Anglais, était fort impatient de porter la guerre dans le nord pour recouvrer son duché. Les gens d'Orléans, à qui, depuis le 12 février, Dunois promettait ce merveil-

1. « Sur fratres de paradiso.» Proces ms. de Révision, déposition de Jean de Metz. “ 2, Ibidem, dépos. de frère Séguin.

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leux secours, envoyèrent au roi et réclamèrent la Pucelle.

Le roi la reçut enfin, et au milieu du plus grand appareil; on espérait apparemment qu’elle serait déconcertée. C'était le soir; cinquante torches éclairaient la salle; nombre de seigneurs, plus de trois cents chevaliers étaient réunis autour du roi. Tout le monde était curieux de voir la sorcière ou l’inspirée.

La sorcière avait dix-huit ans !; c’était une belle fille ? et fort désirable, assez grande de taille, la voix douce et pénétrante à,

Elle se présenta humblement, «< comme une pauvre petite bergerette‘», démêla au premier regard le roi qui s’était mêlé exprès à la foule des seigneurs, et quoiqu'il soutint d’abord qu’il n’était pas le roi, elle lui embrassa les genoux. Mais, comme il n’était pas sacré, elle ne l’appelait que dauphin : « Gentil dauphin, dit-elle, j'ai nom Jehanne la Pucelle. Le Roi des cieux vous mande par moi que vous serez sacré et couronné en la ville de Reims, et vous serez lieutenant du Roi des cieux qui est roi de France. » Le roi la prit alors à part, et après un moment

1. Elle déclara, en février 1431 : € Qu’elle avait dix-neuf ans ou environ.» Procès, interrog, du 21 février 1431, p. 54, éd. 1827. Vingt témoins déposèrent dans le même sens, Voy. le résumé de tous les témoignages dans Berrlat-Saint-Prix,

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