‹ Jeanne D'ArcChapitre 18 sur 83 · Procès ms. de Révision, déposition de Simon Charles · texte numérisé non relu

Procès ms. de Révision, déposition de Simon Charles

gile, la réconciliation avant le sacrifice, dicta une belle lettre pour le duc de Bourgogne; sans rien rappeler, sans irriter, sans humilier personne, elle lui disait avec beaucoup de tact et de noblesse : « Pardonnez l’un à l’autre de bon cœur, comme doivent faire loyaux chrétiens. »

Charles VII fut oint par l’archevêque de l’huile de la sainte ampoule qu’on apporta de Saint-Remi. Il fut, conformément au rituel antique 1, soulevé sur son siège par les pairs ecclésiastiques, servi des pairs laïques et au sacre et au repas. Puis il alla à Saint-Marcou toucher les écrouelles 2. Toutes les cérémonies furent accomplies, sans qu’il y manquât rien. 11 se trouva le vrai roi, et le seul, dans les croyances du temps. Les Anglais pouvaient désormais faire

sacrer Henri; ce nouveau sacre ne pouvait être, .

dans la pensée des peuples, qu’une parodie de lautre.

Au moment où le roi fut sacré, la Pucelle se jeta à genoux, lui embrassant les jambes et pleurant à chaudes larmes, Tout le monde pleurait aussi.

On assure qu’elle lui dit : «O gentil roi, maintenant est fait plaisir de Dieu qui voulait que je fisse lever le siège d'Orléans, et que je vous amenasse en votre cité de Reims, recevoir votre saint sacre, montrant que vous êtes vrai roi, et qu’à vous doit appartenir le royaume de France. »

La Pucelle avait raison; elle avait fait et fini’ce qu’elle avait à faire. Aussi, dans la joie même de cette triomphante solennité, elle eut l’idée, le pressentiment peut-être, de sa fin prochaine. Lorsqu'elle entrait à Reims avec le roi, et que tout le peuple venait au-devant en chantant des hymnes : « O le bon

1. Voy. Varin, Archives de Reims, et mes Origines du droit, 2. Un anonyme du xu siècle parle déjà de ce don transmis à nos rols par saint Marculphe, Acta SS, ord. S. Bened., t. VI. M. de Reiffenberg donne la liste des auteurs qui en D ae pis mention. Notes de son édition de Barante, t, EV, p. 261. ASS

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et dévot peuple! dit-elle. Si je dois mourir, je serais bien heureuse que lon m’enterrât icil — Jeanne, lui dit larchevêque, où croyez-vous donc mourir? — Je n’en sais rien, où il plaira à Dieu... Je voudrais bien qu’il lui plût que je m'en allasse garder les moutons avec ma sœur et mes frères. Is seraient si joyeux de me revoir! J'ai fait du moins ce que Notre-Seigneur m'avait commandé de faire. » Et elle rendit grâces en levant les yeux au ciel. Tous ceux qui la virent en ce moment, dit la vieille chro-

nique, « crurent mieux que jamais que c'estoit chose

venue de la part de Dieu».

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