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nière : « Le Christ, disait l’un d’'eux, c'était un Français que les Anglais crucifièrent à Londres; Ponce Pilate était un officier au service de la Grande- Bretagne. »
Jamais les juifs ne furent si animés contre Jésus que les Anglais contre la Pucelle. Elle les avait, il faut le dire, cruellement blessés à Fendroit le plus sensible, dans lestime naïve et profonde qu’ils ont pour eux-mêmes. À Orléans, linvincible gendarmerie, les fameux archers, Talbot en tête, avaient montré le dos; à Jargeau, dans une place et derrière de bonnes murailles, ils s’étaient laissé prendre;.à Patay, ils avaient fui à toutes jambes, fui devant une fille. Voilà qui était dur à penser, voilà ce que ces taciturnes Anglais ruminaient sans cesse en euxmêmes. Une fille leur avait fait peur, et il n'était pas bien sûr qu’elle ne leur fit peur encore, tout enchainée qu’elle était. Non pas elle, apparemment, mais le diable dont elle était lagent, ils tâchaient du moins de le croire ainsi et de le faire croire.
À cela, il y avait pourtant une difficulté, c’est qu’on la disait vierge, et qu’il était notoire et parfaitement établi que le diable ne pouvait faire pacte avec une vierge. La plus sage tête qu’eussent les Anglais, le régent Bedford, résolut d’éclaircir ce point; la duchesse, sa femme, envoya des matrones qui déclarèrent qu’en effet elle était Pucelle ?. Cette déclaration favorable tourna justement contre elle, en donnant lieu à une autre imagination superstitieuse. On conclut que c'était cette virginité qui faisait sa force, sa puissance; Ja Jui ravir, c'était la désarmer, rompre le charme, la faire descendre au niveau des autres femmes.
La pauvre fille, en tel danger, n'avait eu jusque-là
1. Faut-il dire que le duc de Bedford, si généralement estimé, comme un homme honnête et sage, « erat in quodam < ren, ubi videbat Joannam visitari.» Notices des mes., » » à
de défense que l’habit d'homme. Mais, chose bizarre, personne n'avait jamais voulu comprendre pourquoi elle le gardaïit., Ses amis, ses ennemis, tous en étaient scandalisés. Dès le commencement, elle avait été obligée de s’en expliquer aux femmes de Poitiers. Lorsqu'elle fut prise et sous la garde des dames de Luxembourg, ces bonnes dames la prièrent de se vêtir comme il convenait à une honnête fille. Les Anglaises surtout, qui ont toujours fait grand bruit de chasteté et de pudeur, devaient trouver un tel travestissement monstrueux et intolérablement indécent. La duchesse de Bedford 1 lui envoya une robe de femme, mais par qui? par un homme, par un tailleur 2. Cet homme, hardi et familier, osa bien entreprendre de lui passer la robe, et comme elle le repoussait, il mit sans façon la main sur elle, sa main de tailleur sur la main qui avait porté le drapeau de la France... elle lui appliqua un soufflet.
Si les femmes ne comprenaient rien à cette question féminine, combien moins les prêtres? Ils citaient le texte d'un concile du 1v° siècle, qui anathématisait ces changements d’habits. Ils ne voyaient pas que cette défense s’appliquait spécialement à une époque où l’on sortait à peine de l’impureté