‹ Jeanne D'ArcChapitre 55 sur 83 · Déposition de Jean Toutmouillé, Notices des mss., t. II · texte numérisé non relu

Déposition de Jean Toutmouillé, Notices des mss., t. II

Après cette explosion de douleur, elle revint à elle et se confessa, puis elle demanda à communier. Le -frère était embarrassé; mais l’évêque consulté répondit qu’on pouvait lui donner la communion «et tout ce qu’elle demanderait ». Ainsi, au moment même où il la jugeait hérétique relapse et la retranchaït de l'Eglise, il lui donnait tout ce que l’Eglise donne à ses fidèles. Peut-être un dernier sentiment humain s’éleva dans le cœur du mauvais juge, il pensa que c’était bien assez de brûler cette pauvre créature, sans la désespérer et la damner. Peut-être aussi le mauvais prêtre, par une légèreté d’esprit fort, accordait-il les sacrements comme chose sans conséquence qui ne pouvait après tout que calmer et faire taire le patient. Au reste, on essaya d’abord de faire la chose à petit bruit, on apporta l’eucharistie sans étole et sans lumière. Mais le moine s’en plaignit; et l’église de Rouen, dûment avertie, se plut à témoigner ce qu’elle pensait du jugement de Cauchon; elle envoya le corps du Christ avec quantité de torches, un nombreux clergé, qui chantait des litanies et disait le long des rues au peuple à genoux : « Priez pour elle 1.»

Après la communion qu’elle reçut avec beaucoup de larmes, elle apercut l’évêque et elle lui dit ce mot : « Evêque, je meurs par vous...» Et encore : «Si vous m'’eussiez mise aux prisons d’Eglise et donné des gardiens ecclésiastiques, ceci ne fût pas advenu.. C’est pourquoi j'en appelle de vous devant Dieu?!»

Puis, voyant parmi les assistants Pierre Morice, l’un de ceux qui l’avaient prêchée, elle lui dit : « Ah! maître Pierre, où serai-je ce soir? — N'avez-vous pas bonne espérance au Seigneur? — Oh! oui, Dieu aidant, je serai en Paradis! »

E Déposition de frère Jean de Levozoles (Lebrun, IV, 183). Fr) Déposition de Jean Toutmouillé. Notices des mss., IT,

I1 était neuf heures, elle fut revêtue d’habits de femme et mise sur un chariot. À son côté, se tenait le confesseur frère Martin l’Advenu, l'huissier Massieu était de l’autre. Le moine augustin frère Isambart, qui avait déjà montré tant de charité et de courage, ne voulut pas la quitter. On assure que le misérable Loyseleur vint aussi sur la charrette et Iui demanda pardon; les Anglais lPauraient tué sans le comte de Warwick 1.

Jusque-là la Pucelle n’avait jamais désespéré, sauf peut-être sa tentation pendant la semaine sainte, Tout en disant, comme elle le dit parfois: «Ces Anglais me feront mourir », au fond elle n’y croyait pas. Elle ne s’imaginait point que jamais elle pût être abandonnée. Elle avait foi dans son Roi, dans le bon peuple de France. Elle avait dit expressément : « Il y aura en prison ou au jugement quelque trouble, per quoi je serai délivrée. délivrée à grande victoire 21... » Mais quand le roi et le peuple lui auraient manqué, elle avait un autre secours, tout autrement puissant et certain, celui de ses amies d’en haut, des bonnes et chères Saintes. Lorsqu'elle assiégeait Saint-Pierre, et que les siens l’abandonnèrent à l’assaut, les Saintes. envoyèrent une invisible armée à son aide. Comment délaisseraient-elles leur obéissante fille; elles lui avaient tant de fois promis salut et délivrance!

Quelles furent donc ses pensées, lorsqu'elle vit que vraiment il fallait mourir, lorsque, montée sur la charrette, elle s’en allait à travers une foule trem-

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