‹ Jeanne d'Arc;Chapitre 19 sur 43 · Barante, d’après les Chroniques àe Bretagne · texte numérisé non relu

Barante, d’après les Chroniques àe Bretagne

3. « Laquelle icelui duc alla voir au logis où elle estoit, et parla à elle

aucunes paroles, dont je ne suis mie bien recors, jà soit ce que j'y estois présent. » (Monstrelet, V, 294.)

du temps. Prisonnière de guerre, fille, si jeune fille, vierge surtout, parmi de loyaux chevaliers, qu’avait-elle à craindre : ? On ne parlait que de chevalerie, de protection des dames et damoiselles affligées ; le maréchal Boucicaut venait de fonder un ordre qui n’avait pas d’autre objet 2. D'autre part, le culte de la Vierge, toujours en progrès dans le moyen âge, étant devenu la religion dominante 3, la virginité semblait devoir être une sauvegarde inviolable.

Pour expliquer ce qui va suivre, il faut faire connaitre le désaccord singulier qui existait alors entre les idées et les mœurs, il faut, quelque choquant que puisse être le contraste, placer en regard du trop sublime idéal, en face de la Pucelle, les basses réalités de l'époque ; il faut (j'en demande pardon à la chaste fille qui fait le sujet de ce récit) descendre au fond de ce monde de convoitise et de concupiscence. Si nous ne le connaissions pas tel qu’il fut, nous ne pourrions comprendre comment les chevaliers livrèrent celle qui semblait la chevalerie vivante, comment, sous ce règne de la Vierge, la Vierge apparut pour être méconnue si cruellement.

1. Voy. ce que j'ai dit plus haut sur l'influence des femmes au moyen âge, sur Héloïse, sur Blanche de Castille, sur Laure, etc.

2. « Font à scavoir les treize chevaliers compaignons, portanz en leur devise l’escu verd à la Dame blanche, premièrement, pourceque tout chevalier est tenu de droict de vouloir garder et défendre l'honneur, l’estat, les biens, la renommée et la louange de toutes dames et damoiselles, etc.» Livre des faicls du maréchal de Boucicault, collection Petitot, VI, 507.

3. Les fêtes de la Vierge vont toujours se multipliant : Annonciation, Présentation, Assomption, etc. Dans l’origine, sa fête principale est la Purification ; au xxr° siècle, elle a si peu besoin d’être purifiée, que la Conception immaculée triomphe de toute opposition et devient presque un dogme. M. Didron à remarqué que la Vierge, d’abord vieille dans les peintures des catacombes, rajeunit peu à peu dans le moyen âge. Voy. son Iconographie chrétienne. — Dès le xvrr: siècle, la Vierge perd beaucoup; on se moqua de l’ambassadeur du roi d’Espagne, qui de la part du roi son maître, demandait à Louis XIV d'admettre la Conception f”maculce.

La religion de ce temps-là, c’est moins la Vierge que la femme ; la chevalerie, c’est celle du petit Jehan de Saintré'; seulement le roman est plus chaste que l'histoire.

Les princes donnent l’exemple. Charles VII reçoit Agnès en présent de la mère de sa femme, de la vieille reine de Sicile ; mère, femme, maîtresse, il les mène avec lui, tout le long de la Loire, en douce intelligence.

Les Anglais, plus sérieux, ne veulent d'amour que dans le mariage ; Glocester épouse Jacqueline ; parmi les dames de Jacqueline, il en remarque une, belle et spirituelle, il l'épouse aussi 2.

Mais la France, mais l'Angleterre, en cela, comme en tout, le cèdent de beaucoup à la Flandre, au comte de Flandre, au grand duc de Bourgogne. La légende expressive des Pays-Bas est celle de la fameuse comtesse qui

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