Voy. le tome IV de notre Histoire de France
2. Selon quelques-uns, cette dame était déja sa maîtresse ; quoi qu'il en soit, le fait de la bigamie est incontestable. (Cf. Lingard, Turner, etc.)
3. J'ai caractérisé déja cette grasse et molle Flandre. J'ai dit comment, avec sa coutume féminine, elle a sans cesse passé d’un maître à l’autre, convolé de mari en mari. Les Flamandes ont souvent fait comme la Flandre. Les divorces sont communs dans ce pays (Quételet, Recherches, 1822, p. 101). Sous ce point de vue, l’histoire de Jacqueline est fort curieuse; la vaillante comtesse aux quatre maris, qui défendit ses domaines contre le duc de Bourgogne, ne se garda pas si bien elle-même. Elle finit par troquer la Hollande contre un dernier époux. Retiréeavec lui dans un vieux donjon, elle s’amusait, dit-on, tout en tirant auperroquet, à jeter dans les fossés des cruches, bien vidées, par-dessus sa tête. On assure qu'une de ces cruches retirées des fossés portait une inscription de quatre vers, dont voici le sens : « Sachez que dame Jacqueline, ayant bu une seule fois dans cette cruche, la jeta par-dessus sa tête dans le fossé où elle disparut. » (Reïffenberg, notes sur Barante, IV, 396; voy. les Archives du nord de la France, t. IV, 1°° livraison, d’après un ms. de la bibl. de l’Université de Louvain, et le travail que prépare M. Van Ertborn.) — Le 1° décembre 1424, Jacqueline fit exposer les causes de nullité de son mariage avec le duc de Brabant : « Doudit mariage et alliance sentoit sa conscience blechie, se estoit confessée et l’en avoit estet baillie absolution, moyennant XII cr. couronnes à donner en amonsnes et en penance de corps que elle avoit accomplit. » Particularités curieuses sur Jacqueline de Baviere, p. 76, in-8, Mons, 1838.
mit au monde trois cent soixante-cinq enfants'. Les princes du pays, sans aller jusque là, semblent du moins essayer d'approcher. Un comte de Clèves a soixantetrois bâtards 2. Jean de Bourgogne, évêque de Cambrai, officie pontificalement avec ses trente-six bâtards et fils de bâtards qui le servent à l’autel5.
Philippe le Bon n’eut que seize bâtards 4, mais il n’eut pas moins de vingt-sept femmes, trois légitimes et vingtquatre maitresses 5. Dans ces tristes années de 1429 et 1430, pendant cette tragédie de la Pucelle, il était tout entier à la joyeuse affaire de son troisième mariage. Cette fois, il épousait une infante de Portugal, Anglaise par sa mère, Philippa de Lancastre 6. Aussi les Anglais eurent beau lui donner le commandement de Paris7, ils ne purent le retenir ; il avait hâte de laisser ce pays de famine, de retourner en Flandre, d'y recevoir sa jeune épousée. Les actes, les cérémonies, les fêtes, célébrées, interrompues, reprises, remplirent des mois entiers. À Bruges surtout, il y eut des galas inouïs, de fabuleuses réjouis-
1. Art de vérifier les dates, Hollande, année 1276, III, 184 [lire 204].
2. Ibidem, Clèves, III, 184. La partie relative aux Pays-Bas est, comme on le sait maintenant, du chanoine Ernst, le savant auteur de l'Histoire du Limbourg, éditée par M. Lavalleye, Lièges 1837.
3. Reïffenberg, Hist. de la Toison d'or, p. xxv [lire xxiv] de l’introduction.
4. Il reste je ne sais combien de lettres et d'actes de cet excellent prince, relativement aux nourritures de bâtards, pensions de mères et nourrices, etc. (Voy. particulièrement Archives de Lille, chambre de comptes, inventaire, t. VIII.)
s. Reïffenberg, Histoire de la Toison d’or, introd., p. xxv [lire xxiv].
6. Le père était le brave bâtard Jean I*, qui venait de fonder en Portugal une nouvelle dynastie, comme le bâtard Transtamare en Castille. C'était le beau temps des bâtards. L’habile et hardi Dunois avait déclaré à douze ans qu’il n'était pas fils du riche et ridicule Canny, qu’il ne voulait pas de sa succession, qu’il s'appelait le « bâtard d'Orléans ».
7. Les Anglais semblent y avoir été forcés : « Fut par les Parisiens requis au duc de Bourgogne qu'il lui plût à entreprendre le gouvernement de Paris. » (Monstrelet, V, 264.)
sances, des prodigalités insensées, à ruiner tous les seigneurs ; et les bourgeois les éclipsaient. Les dix-sept nations qui avaient leurs comptoirs à Bruges, y étalèrent les richesses du monde. Les rues étaient tendues des beaux et doux tapis de Flandre. Pendant huit jours et huit nuits coulaient les vins à flot, les meilleurs ; un lion de pierre versait le vin du Rhin, un cerf celui de Beaune, une licorne, aux heures des repas, lançait l’eau de rose et le malvoisie :.
Mais la splendeur de la fête flamande, c’étaient les Flamandes, les triomphantes beautés de Bruges, telles que Rubens les a peintes dans sa Madeleine de la Descente de croix. La Portugaise ne dut pas prendre plaisir à voir ses nouvelles sujettes. Déjà l’Espagnole Jeanne de Navarre s'était dépitée en les voyant, et elle avait dit malgré elle: « Je ne vois ici que des reines 2. »
Le jour de son mariage (10 janvier 1430), Philippe le Bon institua l’ordre de la Toison d’or 3, « conquise par Jason », et il prit la conjugale et rassurante devise : « Autre n’auray. »
La nouvelle épouse s’y fia-t-elle ? Cela est douteux. Cette toison de Jason, ou de Gédéon + (comme l’Église se hâta de la baptiser), était, après tout, la toison d’or, elle rappelait ces flots dorés, ces ruisselantes chevelures d’or que Van Eyck, le grand peintre de Philippe le
r. Monstrelet, V, 275, etc.