‹ Jeanne d'Arc;Chapitre 27 sur 43 · Notices des mss., III · texte numérisé non relu

Notices des mss., III

ler examinateur. Mais il réserva le rôle le plus actif, celui de promoteur du procès, à un certain Estivet, un de ses chanoines de Beauvais, qui l'avait suivi. Il trouva moyen de perdre un mois dans ces préparatifs: ; mais enfin, le jeune roi ayant été ramené à Londres (9 février), Winchester, tranquille de ce côté, revint vivement au procès ; il ne se fia à personne pour en surveiller la conduite ; il crut avec raison que l’œil du maître vaut mieux, et s'établit à Rouen pour voir instrumenter Cauchon.

La première chose était de s’assurer du moine qui représentait l’inquisition. Cauchon, ayant assemblé ses assesseurs, prêtres normands et docteurs de Paris, dans la maison d’un chanoine, manda l’inquisiteur et le somma de s’adjoindre à lui. Le moine répondit que « si ses pouvoirs étaient jugés suffisants, il ferait ce qu’il devait faire». L’évêque ne manqua pas de déclarer les pouvoirs bien suffisants. Alors, le moine objecta encore « qu’il voudrait bien s’abstenir, tant pour le scrupule de sa conscience que pour la sûreté du procès » ; que l'évêque devrait plutôt lui substituer quelqu’un jusqu’à ce qu’il fût bien sûr que ses pouvoirs suffisaient.

Il eut beau dire, il ne put échapper; il jugea bon gré mal gré. Ce qui sans doute, après la peur, aida à le retenir, c’est que Winchester lui fit allouer vingt sols d’or pour ses peines 2. Le moine mendiant n’avait peut-être vu jamais tant d’or dans sa vie.

5. Le 13 janvier, Cauchon assemble quelques abbés, docteurs et licenciés, et leur dit qu’on peut extraire des informations déjà prises quelques articles sur lesquels on interrogera l’accusée. Dix jours sont employés à faire ce petit extrait; il est approuvé le 23,et Cauchon charge le Normand Jean de la Fontaine, licencié en droit canonique, de faire cet interrogatoire préliminaire, sorte d’instruction préparatoire, d'enquête sur vie et mœurs par laquelle commençaient les procès ecclésiastiques. Nofices des mss.,t. III, 17. Voy. surtout l’Introd. de Quicherat.

2. Voy.la quittance dans les pièces copiées par M. Mercier aux archives de Saint-Martin-des-Champs. Note de l'abbé Dubois, dissertation, éd. Buchon, 1827, p. 219.

au

Le 21 février, la Pucelle fut amenée devant ses juges. L’évêque de Beauvais l’admonesta « avec douceur et charité », la priant de dire la vérité sur ce qu’on lui demanderait, pour abréger son procès et décharger sa conscience, sans chercher de subterfuges. — Réponse : « Je ne sais sur quoi vous me voulez interroger; vous pourriez bien me demander telles choses que je ne vous dirais point. » Elle consentait à jurer de dire vrai sur tout ce qui ne touchait point ses visions : « Mais pour ce dernier point, dit-elle, vous me couperiez plutôt la tête. » Néanmoins, on l’amena à jurer de répondre « sur ce qui toucherait la foi ».

Nouvelles instances le jour suivant, 22 février, et encore le 24. Elle résistait toujours : « C’est le mot des petits enfants, qu'on pend souvent les gens pour avoir dit la vérité. » Elle finit, de guerre lasse, par consentir à jurer « de dire ce qu'elle saurait sur son procès, mais non tout ce qu'elle sauraitr. »

Interrogée sur son âge, ses nom et surnom, elle dit qu’elle avait environ dix-neuf ans. « Au lieu où je suis née, on m appelait Jehannette et en France Jehanne..…. » Mais quant au surnom (la Pucelle), il semble que, par un caprice de modestie féminine, elle eût eu peine à le dire ; elle éluda par un pudique mensonge : « Du surnom, je n’en sais rien. »

Elle se plaignait d’avoir les fers aux jambes. L’évêque lui dit que, puisqu'elle avait essayé plusieurs fois d’échapper, on avait dû lui mettre les fers. « Il est vrai, dit-elle, je lai fait; c’est chose licite à tout prisonnier. Si je pouvais m'échapper, on ne pourrait me reprendre d’avoir faussé ma foi ; je n’ai rien promis. »

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