‹ Jeanne d'Arc;Chapitre 30 sur 43 · Procès, éd. 1827, 12 mars, p · texte numérisé non relu

Procès, éd. 1827, 12 mars, p

2. Procès, éd. 1827, 14 mars, p. 108. Elle répond ie lendemain à une question analogue qu’elle fuirait encore, si Dieu le permettait : « Faceret ipsa wne entreprinse, allegans proverbium gallicum : « Ayde-toi, Dieu te aydera. » Procès ms., 15 mars.

qu'il fait de leurs âmes, je n’en sais rien; mais je sais bien qu'ils seront mis hors de France, sauf ceux qui y périront :.

— N'est-ce pas un péché mortel de prendre un homme à rançon et ensuite de le faire mourir ? — Je ne l'ai point fait. — Franquet d'Arras n’a-t-il pas été mis à mort ? — J'y ai consenti, n’ayant pu léchanger pour un de mes hommes ; il a confessé être un brigand et un traître. Son procès a duré quinze jours au bailliage de Senlis. — N’avezvous pas donné de l’argent à celui qui a pris Franquet ? — Je ne suis pas trésorier de France, pour donner argent ?.

— Croyez-vous que votre roi a bien fait de tuer ou faire tuer monseigneur de Bourgogne ? — Ce fut grand dommage pour le royaume de France. Mais, quelque chose : qu'il y eût entre eux, Dieu m'a envoyée au secours du roi de France.

— Jehanne, savez-vous par révélation si vous échapperez ? — Cela ne touche point votre procès. Voulez-vous que je parle contre moi ? — Les voix ne vous en ont rien dit ? — Ce n’est point de votre procès ; je m’en rapporte à Notre-Seigneur, qui en fera son plaisir...» Et après un silence : « Par ma foi, je ne sais ni l’heure, ni le jour. Le plaisir de Dieu soit fait. — Vos voix ne vous en ont donc rien dit en général? — Eh bien ! oui, elles m'ont dit que je serais délivrée, que je soie gaie et hardie 4... »

Un autre jour elle ajouta : « Les saintes me disent que je serai délivrée à grande victoire; et elles me disent encore : « Prends tout en gré ; ne te soucie de ton mar-

. Interrogatoire du 17 mars, éd. Buchon, 1827, p. 127. . Interrogatoire du 14 mars, p. 112.

. Interrogatoire du 17 mars, éd. Buchon, 1827, p. 130. . Ibidem, 3 et 14 mars, p. 79, 111.

« tyre; tu en viendras enfin au royaume de Paradis :. » — Et depuis qu’elles ont dit cela vous vous tenez sûre d’être sauvée et de ne point aller en enfer ? — Oui, je crois aussi fermement ce qu’elles m’ont dit que si j'étais sauvée déjà. — Cette réponse est de bien grand poids. — Oui, c’est pour moi un grand trésor. — Ainsi vous croyez que vous ne pouvez plus faire de péché mortel ? — Je n’en sais rien; je m’en rapporte de tout à Notre- Seigneur. »

Les juges avaient enfin touché le vrai terrain de l’accusation, ils avaient trouvé là une forte prise. De faire passer pour sorcière, pour suppôt du diable, cette chaste et sainte fille, il n’y avait pas apparence, il fallait y renoncer ; mais dans cette sainteté même, comme dans celle de tous les mystiques, il y avait un côté attaquable : la voix secrète égalée ou préférée aux enseignements de l’Église, aux prescriptions de l’autorité, l'inspiration, maïs libre, la révélation, mais personnelle, la soumission à Dieu ; quel Dieu ? le Dieu intérieur.

On finit ces premiers interrogatoires par lui demander si elle voulait s’en remettre de tous ses dits et faits à la détermination de l’Église. A quoi elle répondit :-« J'aime l’Église et je la voudrais soutenir de tout mon pouvoir. Quant aux bonnes œuvres que j'ai faites, je dois m'en rapporter au Roi du ciel qui m'a envoyée 2. »

La question étant répétée, elle ne donna pas d’autre réponse, ajoutant : « C’est tout un, de Notre-Seigneur et de l’Église. »

On lui dit alors qu’il fallait distinguer, qu’il y avait l’Église friomphante, Dieu, les saints, les âmes sauvées, et l'Église militante, autrement dit, le pape, les cardinaux,

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