‹ Jeanne d'Arc;Chapitre 32 sur 43 · Notices des mss · texte numérisé non relu

Notices des mss

eût voulu attendre la réponse de l'Université de Paris, dont on demandait lavis. La réponse de Paris n’était pas douteuse ; le parti gallican, universitaire et scolastique, ne pouvait être favorable à la Pucelle ; un homme de ce parti ‘, l’évêque de Coutances, avait dépassé tous les autres par la dureté et la bizarrerie de sa réponse. Il écrivit à l'évêque de Beauvais qu’il la jugeait livrée au démon, « parce qu’elle n’avait pas les deux qualités qu’exige saint Grégoire, la vertu et l’humanité » et que ses assertions étaient tellement hérétiques que quand même elle les révoquerait, il n’en faudrait pas moins la tenir sous bonne garde.

L’importante question de savoir si les révélations intérieures doivent se taire, se désavouer elles-mêmes, : lorsque l’Église l’ordonne, cette question débattue au dehors et à grand bruit, ne s’agitait-elle pas en silence dans l’âme de celle qui affirmait et croyait le plus fortement? Cette bataille de la foi ne se livrait-elle pas au sanctuaire même de la foi, dans ce loyal etsimple cœur ?.… J'ai quelque raison de le croire.

Tantôt elle déclara se soumettre au pape et demanda à lui être envoyée. Tantôt elle distingua, soutenant qu’en matière de foi, elle était soumise au pape, aux prélats, à l’Église, mais que, pour ce qu'elle avait fait, elle ne pouvait s’en remettre qu'à Dieu. Tantôt, elle ne distingua plus, et, sans explication, s’en remit « à son Roi, au juge du ciel et de la terre ».

Quelque soin qu’on ait pris d’obscurcir ces choses, de cacher ce côté humain dans une figure qu'on voulait toute divine, les variations sont visibles. C’est à tort qu’on

1. Il écrivit à l’évêque, ne voulant pas apparemment reconnaitre l’inquisiteur comme juge. Jbidem, 53.

a prétendu que les juges parvinrent à lui faire prendre le change sur ces questions. « Elle était bien subtile, dit avec raison un témoin, d’une subtilité de femme :. » J’attribuerais volontiers à ces combats intérieurs, la maladie dont elle fut atteinte et qui la mit bien près de la mort. Son rétablissement n’eut lieu qu’à l’époque où ses apparitions changèrent, comme elle nous l’apprend elle-même, au moment où l’ange Michel, l'ange des batailles qui ne la soutenait plus, céda la place à Gabriel, ange de la grâce et de l’amour divin.

Elle tomba malade dans la semaine sainte. La tentation commença sans doute au dimanche des Rameaux ?. Fille de la campagne, née sur la lisière des bois, elle qui toujours avait vécu sous le ciel, il lui fallut passer ce beau jour de Pâques fleuries au fond de la tour. Le grand secours qu'invoque l’Église 3 ne vint pas pour elle ; la porte ne s’ouvril point 4.

Elle s’ouvrit le mardi, mais ce fut pour mener l’accusée à la grande salle du château par devant ses juges. On lui lut les articles qu’on avait tirés de ses réponses, et préalablement l’évêque lui remontra, « que ces docteurs étaient tous gens d’Eglise, clercs etlettrés en droit, divin et humain, et tous benins et pitoyables, voulaient procéder doucement, sans demander vengeance ni punition cor-

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