Rex eam habebat caram et eam emerat. Ibidem
ne mourût sans rien rétracter, soit que cet affaiblissement du corps donnât espoir qu’on aurait meilleur marché de Pesprit, les juges firent une tentative (18 avril). Ils vinrent la trouver dans sa chambre et lui remontrèrent qu’elle était en grand danger, si elle ne voulait prendre conseil et suivre l’avis de l’Église : « Il me semble, en effet, ditelle, vu mon mal, que je suis en grand péril de mort. Sil est ainsi, que Dieu veuille faire son plaisir de moi, je voudrais avoir confession, recevoir mon Sauveur et être mise en terre sainte. — Si vous voulez avoir les sacrements de l’Église, il faut faire comme les bons catholiques et vous soumettre à l’Église. » Elle ne répliqua rien. Puis, le juge répétant les mêmes paroles, elle dit : « Si le corps meurt en prison, j'espère que vous le ferez mettre en terre sainte ; si vous ne le faites, je m’en rapporte à Notre-Seigneur. »
Déjà, dans ses interrogatoires, elle avait exprimé une de ses dernières volontés. Demande : « Vous dites que vous portez l’habit d'homme par le commandement de Dieu, et pourtant vous voulez avoir chemise de femme en cas de mort ? — Réponse : Il suffit qu’elle soit longue '. » Cette touchante réponse montrait assez, qu’en cette extrémité, elle était bien moins préoccupée de la vie que de la pudeur.
Les docteurs prêchèrent longtemps la malade, et celui qui s'était chargé spécialement de l’exhorter, un des scolastiques de Paris, maître Nicolas Midy, finit par lui dire aigrement : « Si vous n’obéissez à l’Église, vous serez abandonnée comme une Sarrasine. — Je suis bonne chrétienne, répondit-elle doucement, j'ai été bien baptisée, je mourrai comme une bonne chrétienne. »