Procès, interrog. du 12 mars, p. 97, éd
4. « Apportaverat stolam.... adjuraverat. » Jbidem, déposition de Catherine, femme du charron.
Elle se plaignit à lui du refus de Baudricourt : « Et cependant, dit-elle, avant qu'il soit la mi-carême, il faut que je sois devers le roi, dussé-je, pour m'y rendre, user mes jambes jusqu'aux genoux. Car personne au monde, ni rois, ni ducs, ni fille du roi d'Écosse, ne peuvent reprendre le royaume de France, et il n’y a pour lui de secours que moi-même, quoique j'aimasse mieux rester à filer près de ma pauvre mère, car ce n’est pas là mon ouvrage ; mais il faut que j'aille et que je le fasse, parce que mon Seigneur le veut. —— Et quel est votre Seigneur? — C'est Dieu !.. » Le gentilhomme fut touché. Il lui promit « par sa foi, la main dans la sienne, que sous la conduite de Dieu, il la mèneroit au roi. » Un jeune gentilhomme se sentit aussi toucher et déclara qu’il suivrait cette sainte fille.
Il paraît que Baudricourt envoya demander l’autorisation du roi'. En attendant il la conduisit chez le duc de Lorraine qui était malade et voulait la consulter. Le duc n’en tira rien que le conseil d’apaiser Dieu en se réconciliant avec sa femme. Néanmoins il l’encouragea:.
De retour à Vaucouleurs, elle y trouva un messager du roi qui l’autorisait à venir. La perte d’une nouvelle bataille décidait à essayer de tous les moyens. Elle avait annoncé le combat le jour même qu’il eut lieu. Les gensde Vaucouleurs, ne doutant point de sa mission, se cotisèrent
r. Comparer sur ce point important Lebrun et Laverdy. Je suis loin de croire que Jeanne ait été choisie et designée, comme quelques-uns le disent, du bon et brave André Hofer (Lewald, Tyrol, 2° band, 1835 München). Mais je croirais volontiers que le capitaine Baudricourt consulta le roi, et que sa belle-mère, la reine Yolande d'Anjou, s’entendit avec le duc de Lorraine sur le parti qu’on pouvait tirer de cette fille. Elle fut encouragée au départ par le duc, et à son arrivée accueillie par la reine Yolande, comme on le verra.
2. Chronique de Lorraine, ap. D. Calmet, Preuves, t. II, p. 6 [lire III, vi].
pour l’équiper et lui acheter un cheval :. Le capitaine ne lui donna qu’une épée.
. Elle eut encore à ce moment un obstacle à surmonter. Ses parents, instruits de son prochain départ, avaient failli en perdre le sens ; ils firent les derniers efforts pour la retenir ; ils ordonnèrent, ils menacèrent. Elle résista à cette dernière épreuve et leur fit écrire qu’elle les priait de lui pardonner.
C'était un rude voyage et bien périlleux qu’elle entreprenait. Tout le pays était couru par les hommes d’armes des deux partis. Il n’y avait plus ni route, ni pont; les rivières étaient grosses; c'était au mois de février 1429.
S’en aller ainsi avec cinq ou six hommes d’armes, il y avait de quoi faire trembler une fille. Une Anglaise, une Allemande, ne s’y fût jamais risquée ; l’indélicatesse d’une telle démarche lui eût fait horreur. Celle-ci ne s’en émut pas ; elle était justement trop pure pour rien craindre de ce côté. Elle avait pris l’habit d'homme, et elle ne le quitta plus; cet habit serré, fortement attaché, était sa meilleure sauvegarde. Elle était pourtant jeune et belle. Mais il y avait autour d'elle, pour ceux même qui la voyaient de plus près, une barrière de religion et de crainte ; le plus jeune des gentilshommes qui la conduisirent, déclare que, couchant près d’elle, il n’eut jamais l’ombre même d’une mauvaise pensée.
Elle traversait avec une sérénité héroïque tout ce pays désert ou infesté de soldats. Ses compagnons regrettaient d’être partis avec elle ; quelques-uns pensaient que peut-être elle était sorcière ; ils avaient grande envie de l’abandonner. Pour elle, elle était tellement paisible, qu’à chaque ville elle voulait s'arrêter pour entendre la messe.
1. « Equum pretii xvi francorum. » Procès ms. de Révision, déposition de Jean de Metz.
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« Ne craignez rien, disait-elle, Dieu me fait ma route; c’est pour cela que je suis née. » Et encore: « Mes frères de paradis me disent ce que j'ai à faire’. »
La cour de Charles VIT était loin d’être unanime en faveur de la Pucelle. Cette fille inspirée qui arrivait de Lorraine, et que le duc de Lorraine avait encouragée, ne pouvait manquer de fortifier près du roi le parti de la reine et de sa mère, le parti de Lorraine et d’Anjou. Une embuscade fut dressée à la Pucelle à quelque distance de Chinon, et elle n’y échappa que par miracle 2.
L'opposition était si forte contre elle que, lorsqu’elle fut arrivée, le conseil discuta encore pendant deux jours si le roi la verrait. Ses ennemis crurent ajourner l'affaire indéfiniment en faisant décider qu’on prendrait des informations dans son pays. Heureusement, elle avait aussi des amis, les deux reines, sans doute, et surtout le duc d'Alençon, qui, sorti récemment des mains des Anglais, était fort impatient de porter la guerre dans le nord pour recouvrer son duché. Les gens d'Orléans, à qui, depuis le 12 février, Dunois promettait ce merveilleux secours, envoyèrent au roi et réclamèrent la Pucelle.
Le roi la reçut enfin, et au milieu du plus grand appareil ; on espérait apparemment qu’elle serait déconcertée. C'était le soir; cinquante torches éclairaient la salle ;° nombre de seigneurs, plus de trois cents chevaliers étaient réunis autour du roi. Tout le monde était curieux de voir la sorcière ou l’inspirée.
La sorcière avait dix-huit ans3; c'était une belle
1. « Sui fratres de paradiso. » Procès ms. de Révision, déposition de Jean de Metz.