Ibidem, dépos. de frère Séguin
3. Elle déclara, en février 1431 : « Qu’elle avait dix-neuf ans ou environ. » Procès, interrog. du 21 février 1431, p. 54, éd. 1827. Vingt témoins déposèrent dans le même sens. Voy. le résumé de tous les témoignages dans Berriat-Saint-Prix, p. 178, 179.
fille : et fort désirable, assez grande de taille, la voix douce et pénétrante 2.
Elle se présenta humblement, « comme une pauvre petite bergerette 3 », démêéla au premier regard le roi qui s'était mêlé exprès à la foule des seigneurs, et quoiqu'il soutint d’abord qu'il n’était pas le roi, elle lui embrassa les genoux. Mais, comme il n’était pas sacré, elle ne l’appelait que dauphin : « Gentil dauphin, dit-elle, j'ai nom Jehanne la Pucelle. Le Roi des cieux vous mande par moi que vous serez sacré et couronné en la ville de Reims, et vous serez lieutenant du Roi des cieux qui est roi de France. » Le roi la prit alors à part, et après un moment d’entretien, tous deux changèrent de visage ; elle lui disait, comme elle l’a raconté depuis à son confesseur : « Je te dis de la part de Messire, que tu es vrai héritier de France et fils du roi 4. »
1. « Mammas, quæ pulchræ erant. » Dépositions, Nofices des mss., t. II, p. 373. M. Lebrun de Charmettes voudrait en faire une beauté accomplie. L'Anglais Grafton, au contraire, dans son amusante fureur, dit : « Elle était si laide qu’elle n’eut pas grand mal à rester pucelle (because of her foule face). » Grafton, p. 534. — Le portrait de Jeanne d’Arc, qu’on trouve à la marge d’une copie du procès, n’est qu’un griffonnage du greffñer. Voy. le fac-simile des mss. de la Bibliothèque royale, dans la seconde édition de M. Guido Goerres, Die Jungfrau von Orleans,
2. Philippus Bergam. De claris mulieribus, cap. CLvIt; d'après un seigneur italien qui avait vu la Pucelle à la cour de Charles VIT. Jbidem [Lebrun], p. 369.
3. « Paupercula bergereta.… » Procès ms. de Révision, déposition de Gaucourt, grand maître de la maison du roi.
4. Quinzième témoin. Nofices, p. 348. Selon un récit moins ancien, mais très-vraisemblable, elle lui rappela une chose qu'il savait seul : Qu'un matin dans son oratoire il avait demandé à Dieu la grâce de recouvrer son royaume, s’il était l'héritier légitime, sinon celle de ne point périr ni de tomber en captivité; mais de pouvoir se réfugier en Espagne ou en Écosse. Sala, Exemples de hardiesse, ms. français de la Bibl. royale, n° 180. Lebrun, t. I,p. 180-183 [lire 379-85]. — Il semble résulter des réponses, du reste fort obscures, de la Pucelle à ses juges, que cette cour astucieuse abusa de sa simplicité, et que pour la confrmer dans ses visions, on fit jouer devant elle une sorte de mystère où un ange apportait la couronne. Procès, p. 77, 94, 95, 102-106,éd. 1827.
PT
Ce qui inspira encore l’étonnement et une sorte de crainte, c’est que la première prédiction qui lui échappa se vérifia à l’heure même. Un homme d’armes qui la vit et la trouva belle, exprima brutalement son mauvais désir, en jurant le nom de Dieu à la manière des soldats : « Hélas! dit-elle, tu le renies, et tu es si près de ta mort! » Il tomba à l’eau un moment après et se noya :.
Ses ennemis objectaient qu'elle pouvait savoir l’avenir, mais le savoir par inspiration du diable. On assembla quatre ou cinq évêques pour l’examiner. Ceux-ci, qui sans doute ne voulaient pas se compromettre avec les partis qui divisaient la cour, firent renvoyer l’examen à l’université de Poitiers. Il y avait dans cette grande ville université, parlement, une foule de gens habiles.
L’archevêque de Reims, chancelier de France, présidant le conseil du roi, manda des docteurs, des professeurs en théologie, les uns prêtres, les autres moines, et les chargea d'examiner la Pucelle.
Les docteurs introduits et placés dans une salle, la jeune fille alla s'asseoir au bout du banc et répondit à leurs questions. Elle raconta avec une simplicité pleine de grandeur? les apparitions et les paroles des anges. Un dominicain lui fit une seule objection, mais elle était grave : « Jehanne, tu dis que Dieu veut délivrer le peuple de France; si telle est sa volonté, il n’a pas besoin de gens d’armes. » Elle ne se troubla point : « Ah! mon Dieu, dit-elle, les gens d'armes batailleront, et Dieu donnera la victoire. »
Un autre se montra plus difficile à contenter; c'était un frère Séguin, Limousin, professeur de théologie à l’université de Poitiers, « bien aigre homme », dit la