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qui, avant qu’il soit un an, fera sacrer le roi de France, à Reims.
On était au 26 décembre 1428, quand elle fit cette confidence à l'un de ses amis d’enfance. Le jeune villageois en fut frappé et il en témoignait avec émotion devant les juges de Jeanne.
Une autre fois, c’est à Gérardin d’Epinal, lequel n’était pas Armagnac, qu’elle dit, à demi mot :
— Compère (l), si vous n’étiez Bourguignon, je vous dirais quelque chose
Mais Gérardin ne comprit point. Il crut qu’il s’agissait d’un projet de mariage, que la jeune Lorraine aurait voulu lui confier.
D’ailleurs, on n’ignorait pas à Domrémy son voyage à Vaucouleurs et l’opinion devenait de plus en plus attentive parmi ces bons villageois, tous, sauf un, bons Armagnacs c’est-à-dire bons patriotes.
A quelques jours delà, peu après le commencement de l’année 1429, la grande et glorieuse année où le Christ qui aime les Francs allait déployer en leur faveur ses puissantes miséricordes, les voix se firent plus pressantes.
Partir! et cette fois pour toujours, le ciel le voulait, Jeanne obéit.
— Quand j’aurais eu cent pères et cent mères, répondrat-elle à ses juges qui lui reprocheront cette docilité aux ordres d’en haut, et, quand j’aurais été fille de roi, je serais partie.
Ce n’est pas que son cœur ne saignât, à la pensée du chagrin mortel où elle allait laisser son père et sa mère. 3n angoisse s’asseoirait au foyer de la famille, là même où sa place, demeurée vide, rappellera, le soir, aux siens désolés, les charmantes qualités et les douces vertus de l’absente.
1. Elle avait tenu sur les fonts de l'église de Domrémy, un enfant de ce Gérardin, qu'elle interpellait ainsi joyeusement, témoignant par ce ton que la haine n’était point dans son cœur et que l’esprit de parti ne la rendait point indifférente aux pieuses affections de l’affinité spirituelle.
Mais, encore une lois. Dieu avait parlé et la France attendait.
Pour ménager la douleur des siens et leur épargner les tristesses de la séparation , elle eut de nouveau recours à son oncle de Burey. Durand Lascart accourut à l’appel de cette nièce, qu’il vénérait à l’égal d’une sainte. Jeanne n’eut point de peine à le persuader qu'il demandât à son père de l’autoriser à repartir avec lui, sous le prétexte d’aller servir à Burey la femme de Lascart, pour lors en couches.
Elle partit donc, sans prendre autrement congé de son vénérable père, de cette mère bien-aimée qui lui survivra pour faire réhabiliter la mémoire de la chaste héroïne. Plus tard, elle rappelait le serrement de cœur qui la prit, quand elle franchit le seuil de cette chaumière natale, qu’elle ne devait plus revoir.
Au sortir de la maison paternelle, elle passa devant celle où habitait M engette., l’amie préférée de son cœur. Elle y entra, lui dit adieu et s’éloigna en hâte, la recommandant an ciel. Elle dit aussi adieu au père do Gérard Guillemette, un des amis de son père. Mais le courage lui manqua d’embrasser une dernière fois son autre compagne de choix, Ilauviette. Elle n’aurait pu lui cacher son secret, et Hanviette, dans sa déposition, témoigne naïvement comme elle a pleuré, parce que Jeanne était partie sans la voir, et elle ajoute, en son. simple langage :
— C’est que Jeanne était bonne!
Enfin, la voici aux dernières maisons du village. Une fois encore, elle se retourne vers l’église de son baptême et, le cœur angoissé mais ferme, elle continua sa route.
Elus tard, Jeanne écrivit à ses parents, pour leur demander un pardon qu’elle obtint. « C’est la beauté, dit M. Marins Sepet, c’est le mérite sans égal des vertus domestiques, d’inspirer aux nobles âmes des sentiments si hauts, qu’au jour marqué, ceux qui les ont pratiquées les sacrifient, avec douleur, mais avec courage, à des vertus d’un ordre plus élevé : le patriotisme et l’obéissonce à Dieu, »