‹ Jeanne d'Arc la VénérableChapitre 12 sur 45 · Dans une ville royale · texte numérisé non relu

Dans une ville royale

2. Allusion au projet dès lors mis en avant de marier Marguerite d’Écosse au fils du roi, encore enfant. (Quicherat, t. II, p. 436, cité par H. Wallon op. cit t. I, p. 96.)

Que savait-on, si la Pucelle parlait véritablement au nom de Dieu? L’esprit qui la poussait était-il le bon, ou bien n’obéissait-elle pas au malin?

Pour s’en éclaircir, en bon chrétien qu’il était, il recourut aux prières de l’Eglise. Sur son invitation, le curé de Vaucouleurs l’accompagna chez le charron, revêtu de son étole et se mit en devoir d’exorciser la voyante.

— S’il y a maléfice, dit l’exorciste, retire-toi de nous. Sinon, approche.

Jeanne s’approcha et se mit à genoux.

Toujours humble et docile entant de l’Eglise, elle gardait sa candeur et sa noble liberté de langage.

— Messire, fit-elle, vous n’avez pas bien fait, puisque vous m'avez entendue en confession : vous devez donc savoir si c’est l’esprit malin qui parle par ma bouche.

Le curé la voyait souvent à l’église, il l’avait confessée trois fois (1), depuis son retour à Vaucouleurs. Pourquoi donc recourir aux exorcismes, envers une jeune fille dont il avait pu apprécier la sincérité et la droiture?

Malgré tout, Baudricourt hésitait encore.

— Ne connaissez-vous donc pas la prophétie ? lui dit Jeanne.

Et elle rappela la prédiction populaire dans le pays, qu’une femme perdrait la France et qu’une jeune fille la sauverait.

La femme du charron, présente à la scène, témoigna du saisissement qu’elle éprouva, en entendant Jeanne s’appliquer aussi résolument à elle-même la prophétie qu’elle connaissait bien.

1. Celui qui se confesse sincèrement, dit saint Ambroise, n’a rien à redouter des accusations de Salon. Le maudit a perdu sur lui tout pouvoir parce que, comme l’enseigne saint Augustin, la confession est le salut de l’âme, la destruction des vices. Elle restaure les vertus, et met les démons en fuite. Jeanne, se confessant souvent, tenait le démon sous ses pieds, loin d’en être l’esclave. Loin de Limiter, elle faisait le contraire de ses œuvres, et de ce à quoi tendent ses pompes. (Bouudeillus, Dissertation sur la Source des Rèvtlalions'jde laJPucelle.')

Le capitaine, plus difficile à convaincre que ses gens d’armes, ne se rendit point. Jeanne s’en impatientait. « Le temps, dit la femme de Henri Le Royer, le temps lui durait, comme à une femme qui va être mère. »

Cependant, Jean de Metz songeait à tenir sa parole jurée.

Lorsque Jeanne lui avait témoigné son impatience de partir « plutôt aujourd’hui que demain, » il s’était écrié :

— Mais, voulez- vous donc partir avec les vêtements que vous avez là? Cela ne me semble pas possible.

— Je sais, répliqua la Pucelle à qui ses voix donnèrent à cet égard les instructions qui lui furent plus tard si perfidement reprochées à Rouen, je sais qu’il me faut prendre des habits d’homme; eh bien! je le ferai volontiers.

Le loyal soldat lui fit remettre l’équipement d’un de ses serviteurs.

Mais, le menu peuple, de plus en plus gagné à la vocation de la Pucelle, voulut y concourir. Les pauvres se cotisèrent pour offrir à la vaillante envoyée de Dieu son complet équipement militaire : justaucorps, chausses longues rattachées au justaucorps par des aiguillettes, tunique tombant jusqu’aux genoux, guêtres hautes, avec les éperons, le haubert, le chaperon, la lance et le reste du costume des gens de guerre à cette époque.

L’oncle acheta le cheval, avec le concours d’un habitant de Vaucouleurs. Tout le peuple voulait être représenté dans les frais d’équipement et de route. Jeanne était du peuple, et par elle tout le peuple s’en allait au secours de son roi malheureux.

Mais elle ne voulait pas partir, comme une aventurière, au hasard et sans honneur. Son oncle et un certain Jacques

Alain de Vaucouleurs, lui ayant fait prendre un jour le chemin de France, la conduisirent à Saint-Nicolas-de- Séfonds, pèlerinage célèbre, où elle pria longtemps. De Saint-Nicolas, elle demanda à être ramenée à Vaucouleurs parce que, dit-elle, « il ne serait point honnête de s'en aller de la sorte. »

« Cependant, la renommée avait porté jusqu’au duc de Lorraine, alors malade dans sa capitale, les merveilleux récits qui commençaient à se répandre dans la vallée de la Meuse et dans les marches de Lorraine, sur la Pu celle de Domrémy. Ce prince désira la voir et lui envoya un saufconduit. Jeanne consentit à se rendre à son invitation, espérant que peut-être il lui viendrait en aide. Elle lui demanda de lui donner son gendre, René d’Anjou, et quelques hommes d’armes pour la conduire au dauphin. Mais le duc lui parla surtout de sa maladie, et, confondant cette jeune hile avec la troupe vulgaire des charlatans et des guérisseur, il la pria de lui dire s’il recouvrerait la santé. Jeanne répondit qu’elle n’en savait rien, mais qu’il lui accordât sa demande, et qu’elle prierait pour sa guérison. Elle lui donna aussi, dit-on, le conseil de reprendre sa bonne femme, qu’il avait lâchement renvoyée. Le prince ne prit point cet avis en mauvaise part; il la congédia (1) » avec honneur, et lui donna, diton, encore un cheval et quelque argent pour sa route.

En quittant Nancy, la pieuse héroïne n’oublia point d’aller faire scs dévotions à Saint-Nicolas-du-Port, le célèbre pèlerinage lorrain, situé à trois lieues environ de la ville.

Elle rentra bien vite ensuite à Vaucouleurs, car le moment était venu.

On était aux premiers jours du Carême 4 429. Baudricourt résistait encore. Jeanne vint le trouver, le samedi après les Cendres, et lui tint ce langage inspiré :

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