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ÉPREUVE
— En nom Dieu (1), vous mettez (2) trop à m'envoyer, car, aujourd’hui le gentil (3) dauphin a eu assez près d’Orléans un bien grand dotnmage; et sera t-il taillé (4) encore de l’avoir plus grand, si ne m’envoyez bientôt vers lui.
C’était le 12 février, jour où Charles Vil perdit, à Rouvray-Saint-Dcnis, la bataille connue dans l’histoire sous le nom de « Journée des Harengs ». Jeanne avait eu révélation, par ses voix, de cette défaite, au moment même où elle se produisait.
Pour le coup, le sire de Baudricourt se rendit, et Jeanne obtint de lui licence de partir.
Dès le lendemain, qui était le premier dimanche de Carême, 13 février 1429, elle put se disposer à partir, avec sa petite mais fidèle escorte. C’étaient Jean de Metz et Bertrand de Poulengy avec leurs servants Jean de Iloncourt et Julien, et deux autres, Colet de Vienne, le messager royal» et Richard l’archer.
D’aucuns s’effrayaient de la voir partir, en si faible compagnie, pour traverser un pays ennemi, infesté par des gens de guerre pillards et bandits. De Vaucouleurs à Cliinon, où était Charles VII, le trajet est long. Il fallait traverser plusieurs cours d’eaux (5), et les Anglais ou les Bourguignons gardaient les ponts et les passages. Les villes aussi jusqu’à la Loire leur appartenaient, on ne pouvait pas s’y hasarder.
Le bon charron de Vaucouleurs le représentait à sa jeune hôtesse. Mais, elle, qui mettait sa confiance dans le Seigneur, lui répondit, tranquille et sereine :
— Je ne crains pas les hommes d’armes, mon chemin est préparé. S’il y a des ennemis sur le chemin, moi j’ai
1. Au nom de Dieu. — C’est la formule d’affirmation de Jeanne, depuis sa mission.