‹ Jeanne d'Arc la VénérableChapitre 14 sur 45 · Il est en péril · texte numérisé non relu

Il est en péril

5. La Marne, l’Aube, la Seine, l’Yonne, à l’époque de l’année où leurs lits sont remplis par les crues d’hiver.

Dieu, mon Seigneur, qui saura m’ouvrir une voie pour aller jusqu’au dauphin; car je suis née pour le sauver.

Ce n’était point une armée que ses voix l’avaient amenée à demander à Vaucouleurs, mais uniquement la première reconnaissance officielle de sa mission. Une petite escorte lui suffisait. Elle partit.

Au départ, le capitaine de Baudricourt vint saluer la petite troupe. 11 recommanda aux compagnons de Jeanne de faire bonne et sûre conduite. Il alla même jusqu’à donner une épée à la vaillante enfant, mais, hésitant jusqu’au bout, il laissa percer ses angoisses, quand il lui dit, en adieu :

— Va donc, va, et advienne que pourra !

Jean de Metz, lui, tout confiant qu’il fût en la mission de Jeanne, estimait nécessaire de se précautionner. Au grand désespoir de la pieuse voyante, qui se scandalisait de cette prudence trop humaine, il prit les chemins les moins fréquentés, marchant le plus ordinairement de nuit, évitant les villes et les gros bourgs.

Le premier soir, on fit halte à l’abbaye de Saint-Urbain. Jeanne en eut une grande joie, parce qu’elle entendrait ainsi la messe, le lendemain, avant de se remettre en marche. Elle n’eut ce bonheur que deux fois, à Saint- Urhain et à Auxerre, pendant les onze jours que dura le voyage. Elle s’en plaignait à Jean de Metz, qui le rapporte au procès :

— Si nous pouvions entendre la messe tous les jours, lui disait-elle, nous ferions bien.

Mais Jean redoutait les embuscades et les surprises de l’Anglais.

— N’ayez peur, répondait la Pucelle, j’ai une mission à

Page 1